Un ami devenu trop rare sur ces ondes me dit qu’il trouve qu’il y a de moins en moins de lecteurs sur les blogues. Sur son adresse hyper connue, il a sans doute les moyens de constater ce lent déclin. Moi pas, ami lecteur tu es sur un blogue à discussion confidentielle (si tu en doutes, va lire le bilan 2011), comme un peu tout ce que je fais d’ailleurs. Mais est-ce un problème ?

C’est vrai qu’en théorie, avec  un blogue je peux être connectée à plus de personnes que je ne le pourrais dans la “vraie” vie sauf à me transformer en oratrice irrésistible qui fait salle comble au zénith tous les soirs (j’ai fait cela une fois pour ma boite, très impressionnant de prendre parole sur scène devant un telle foule). Ma taille de salle confortable c’est plutôt les Bouffes du Nord. Là où j’ai entendu Angélique Ionatos pour la première fois de ma vie, chantant des textes de Sappho de Mytilène. Là où je suis tombée raide amoureuse des percussions de Christian Boisset. Une salle où il est possible de se regarder les yeux dans les yeux, de se parler d’âme à âme.

Revenons au blogue et aux autres moyens d’échanges. J’ai succombé aux sirènes de face de bouc que j’aime pour l’interactivité possible. Pour le fil ténu de proximité que cela permet de tisser comme une broderie, une enluminure au blogue. Reste que sur face de bouc, le plaisir de la langue, la musique des mots, la recherche d’un rythme est absente. Un “billet” n’est guère plus long qu’un gazouillis de twitter. C’est un bloc notes pour moi. Ici beaucoup moins. C’est plus un carnet de voyages au pays de la vie. Un collage fluctuant et inégal de mots et d’images – la musique m’est moins cruciale.

J’ai ouvert un blogue en 2007 parce que je m’étais cassé le poignet et j’ai investi mes huit longues semaines d’arrêt dans l’exploration de ce truc dont j’avais entendu le nom mais qui n’avait pas corps. Je lui ai donné des couleurs, un corps turquoise et jaune, des tons gais et lumineux. J’ai exploré  comme une gourmande cet univers là, fait des bourdes, déniché des merveilles, beaucoup ri, parfois pas compris. J’ai butiné, butiné, j’avais une liste très longue de liens qui a fondu avec le temps, qui s’est renouvelée en partie aussi. J’ai eu ma phase accro aux stats, accro aux commentaires, accro aux nouveaux lecteurs, accro aux abonnés, etc, etc.

J’ai changé trois fois d’hébergeurs, et maintenant je suis là, je pose des mots sur ce que j’ai envie de partager. Quand j’ai envie de partager.  Si tu passes et que tu lis, je suis contente, mission accomplie. Si tu passes et que tu commentes, je suis contente aussi. Si tu ne passes pas, je patiente. Si tu arrives chez moi avec une recherche gougueule, parfois je lance la même recherche que toi et je voyage alors comme un passager clandestin sur un chemin que je n’ai pas prémédité. Un délice. Parfois je souris juste en essayant d’imaginer qui tu es pour avoir  tapé “bar à harengs” ou “piercing insolite” ou “Adrien payette en anglais”.

Bref, ce cybercarnet, comme tous mes autres carnets, témoigne de moments sans continuité préméditée. Bien sur il garde des traces que j’oublie et que j’ai plaisir à redécouvrir en replongeant dans les archives. Bien sur je trouve des lignes de trame à posteriori dans les écrits que j’ai déposé là qui se font et se défont selon mes réflexions du moment. Ce qui m’importe c’est ce que j’y fais dans l’instant, d’instant en instant.