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C’est fou ce qu’on peut faire avec un panier. Les courses, bien sûr — mais je préfère le caddie. Aller ramasser les pommes — ben oui je suis normande et pour ramasser les pommes, cela prend un grand panier en fil de fer tressé. Et ensuite on met le panier sous son nez et on respire à grande goulée de l’air parfumé. Cela sent la pomme, cela sent la douceur, la rondeur, les chatoiement sur la langue, comme autant de promesse de calva au coin du feu. On peut aussi mettre le linge dedans et aller l’étendre dehors pour laisser le vent faire claquer les fibres et repasser les tissus à sa manière. Ensuite on reprend le même panier pour rentrer à la maison le linge sec qui sent bon les parfums de dehors — ben oui je mets pas d’assouplisseur parce que sentir 24/24 365/365 la lavande ou les fleurs blanches, cela me tue le plaisir. Alors quand j’attrape un tisheurt dans l’armoire je le sens. Je ne suis même pas passée au stade oral, je suis restée au stade nasal. Je sens mes vêtements, ma nourriture, mes amis… C’est mon cerveau le plus archaïque qui décide ce qui sent bon pour moi. Et c’est parfait.
Les courses, des pommes, du linge, les secrets du petit chaperon rouge, les pelotes de laine, le courrier…Très récemment à Versailles, j’ai découvert un autre usage du panier. Très étrange.
S’installer dans le parc de l’Orangeraie de Madame, contourner l’énorme Prunus violet foncé centenaire plusieurs fois, marcher de merle en merle jusqu’aux ruches. Et là, s’arrêter net. Il est tellement grand le panier que je ne peux même pas mettre la tête par-dessus — oui je sais je suis petite. Il est tellement grand le panier que je n’arrive même pas à voir le tronc du Tilleul qui est dedans, j’en vois juste les branches. faut être drôlement costaud pour soulever un panier pareil avec un Tilleul en fleurs dedans. Alors je ne sais pas. Est-ce un effet des législations européennes qui imposent le panier pour protéger les promeneurs des abeilles quand un tilleul en fleur se trouve à proximité ou est-ce ce un panier pour collecter les graines de ce tilleul splendide. Tilleul qui serait en fait un porte-graines renommé. Un étalon d’arbre en quelque sorte. Je-ne-sais-pas et cela m’intrigue !!!

Rue Saint-Gilles, Paris, juin 2009
— Walt, il est temps de reprendre les rênes de ta vie… (…) J’ai un plan de rédemption pour toi en quatre points.
(…)
— ta vie est un gâchis, ta maison est un vrai foutoir, et tu es dans un état pitoyable. Il est grand temps que tu penses à faire un peu de ménage (…) Il n’est pas question de temps, d’énergie ou d’argent. Il est question d’envie.
— Le point deux, c’est quoi ?
— On te remet en forme.
(…)
— Te trouver une femme est le troisième point.
(…)
— Et le point quatre, c’est quoi ?
— La spiritualité, mais il se peut qu’il faille quelqu’un’un d’autre pour t’amener là.
Extrait d’un merveilleux roman que j’ai dévoré et adoré : Little Bird de Craig Johnson aux Editions Gallmeister (2009). L’histoire d’un shérif un peu âgé qui aimerait qu’on lui fiche la paix. Mais la vie est têtue, elle remet souvent le couvert !

Perce-neige, Blois, 14 février 2009
— Comment tu te sens ?
— Je me dis que je ne te dirai sans doute pas une deuxième fois au revoir.
— Ben oui, c’est possible, tu as raison. Et cela te fait quoi ?
— Je sais bien qu’il faut que je disparaisse…
Samedi, elle était pleine de détermination à vouloir boire, se lever, à trouver ma main trop chaude, à me trouver assise trop près. Rien n’allait tout à fait. Elle m’a demandé de revenir le lendemain.
Dimanche, elle semblait tellement frêle et fragile sous son drap jaune d’hôpital… oisillon décharné, peau parcheminée. Elle entendait ma voix, a abandonné sa main dans la mienne quand je l’ai massée. Mais plus un mot, plus un regard, les yeux sont restés cachés sous les paupières closes, les lèvres ne s’entrouvraient plus que pour essayer de laisser passer un peu d’air.
Elle avait raison, il n’y aura pas d’autre au revoir.
Comme le dit très bien Gilles Vigneault, le temps que l’on prend pour se dire je t’aime, c’est le seul qui reste au bout de nos jours.

Amaryllis Red lion, hippeastrum
« Le poème est l’amour réalisé du désir demeuré désir » René Char
Le jardin botanique d’Aubrac est tout petit mais d’une richesses incroyable. J’y suis allée pour voir le fameux lys martagon (lilium martagon) que je n’arrivais pas à voir pour de vrai dans la campagne. Il était bien là tout desséché parce que la saison était presque finie. Lui et un monsieur tout en noir qui m’observait du coin de l’oeil et a engagé la conversation. Nous avons causé botanique un moment, c’était super chouette. Je lui faisais part de ma tristesse d’être sur les terres natales du Lys et de n’en voir point. Il m’a demandé où j’étais en vacances et m’a indiqué un endroit, où, le week-end précédent, il était aller faire de la photo, de lys précisément. Nous avons aussi parlé des bouleaux nains (betula nana) de la tourbière de Lajo. Tourbière qui vaut le déplacement, même en plein hiver, parce qu’on y voit de jolies traces d’animaux, certains moins engageants que d’autres…
Aussitôt dit, presqu’aussitôt fait, le lendemain je pars à la croisade du lys. J’ai passé mon après-midi au lieu désigné, magnifique, à sauter de barbelés en barbelés, à jouer à cache cache avec des troupeaux d’Aubrac, à essayer d’arracher mes chaussures au marécage qui en était tombé raide dingue amoureux. J’ai vu quantité de fleurs que je n’avais jamais vues ailleurs, c’était une merveille, mais de lys point l’ombre d’un pétale. Faudra que je retourne en Lozère plut tôt dans la saison !!!
Ces étoiles d’or sont une variété de Joubarbe si je me souviens bien…
Je triche parce que cette photo c’est ma fille qui l’a faite. Je regardais ce morceau étrange de couleurs, elle n’a pas hésité et a tire une série de clichés très intéressants. J’aime beaucoup les couleurs et la sobriété de celui-ci. Il manque pourtant la texture de l’écorce et du bois sous les doigts, ce crissement très particulier ; et puis l’odeur de la sève aussi qui entête. Cela ne se décrit pas.





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