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Songe d'automne

Songe d'automne

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant d’une terre familière et pourtant farouche ;  elle m’a façonnée dans sa glaise, baignée dans ses rivières, dénudée et caressée de ses brises d’automne.  Elle porte l’odeur des miens dans ses guirlandes de lichens, elle abrite ma maison partout entre ses grandes branches souples. J’ignore où elle est, et cela importe peu. Elle sait me cacher des frénésies du monde, me plonger dans des contemplations apaisantes, me donner la paix où me ressourcer, un lieu calme et lointain où nul autre ne peut aller.

La vie facétieuse défonce les murs qui m’entourent pour m’exposer à la morsure du vent. Elle submerge mes remparts aux équinoxes pour m’apprendre à gouter, sans naufrage, le flottement et l’incertain. Elle exile les jours anciens, mes certitudes, sur des terres arides et inaccessibles, me laissant seule avec mon flot de pensées vaines que le vent emportera. Elle se glisse, légère et insolente dans toutes les brêches que je ne peux plus colmater, elle nettoie les plaies, balaie les plaintes avec soin.  La vie me traverse insouciante et la lumière revient dans le brouillard qui danse.

Lac du Bas Saint Laurent (encore & toujours), Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent (encore & toujours), Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Je ne résiste pas à la tentation de la parodie :

(…) Des nuages noirs
Qui viennent du nord
Colorent la terre,
Les lacs, les rivières
C’est le décor
Du Connemara discret Québec.
(…)
On y croit encore
Aux monstres des lacs
Qu’on voit nager
Certains soirs d’été d’automne
Et replonger
Pour l’éternité.

On y voit encore
Des hommes d’ailleurs
Venus chercher
Le repos de l’âme
Et pour le coeur,
Un goût de meilleur.

Lac du Bas-Saint-Laurent, Québec, octobre 2008

Lac du Bas-Saint-Laurent, Québec, octobre 2008

Le matin tôt, l’eau du lac est tellement plus chaude que la température de l’air, que le lac fume comme une chaudière et se recouvre d’une étrange et épaisse couche de brume qui ouvre l’imagination à tous ses excès. J’ai vécu mon enfance avec des histoires effrayantes et ésotériques de Dame blanche, alors là, je suis servie ! J’ai longuement guetté le monstre écumant du lac, celui qui souffle si fort cette fumée fétide sur nous. J’espérais réaliser LA photo de l’année, mais le seul scoop que j’ai gagné c’est de me geler les fesses, franchement. Et d’apprécier au centuple ma tasse de thé bouillant, au chaud dans la maison, les yeux perdus dans ceux du lac !

C’est bien connu, le monde, l’avenir, Paris appartient (yeurk) à ceux qui se lèvent tôt ! Hauts les coeurs !

Lac du Bas Saint Laurnet, Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Le lac est un personnage à part entière, miroir de projection intime, c’est sûr, surface de réflection du ciel, absolument certain, mais aussi témoin du présent immédiat. Impossible d’être au passé ou au futur près d’un lac, seul le présent compte, changeant, fluctuant. La lumière est à saisir dans l’instant même, la lumière, le nuage noir, le nuage rose, les huards.

Ce jour là, le vent du Nord faisait assez violemment son oeuvre et le lac s’est mis à mugir, à gronder comme la mer lointaine, à écumer, à briser ses vagues sur le front de sable et de galets. En guise de frontière des éléments, non pas les familières algues brunes, mais les feuilles rouges des érables et des chênes de la montagne.

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