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Encore une fiche de lecture ? Oh non ! Oh si ! D’un de mes auteurs de polar préféré Andrea Camilleri. Autant j’aime son commissaire Salvo Montalbano autant je ne goute pas ses écrits plus sociaux. Salvo est rattrapé par lavieillesse qui le taraude le matin au réveil sous la forme de “quand viendra le jour de ta mort”. Charmant réveil matin, non ?
Bon Salvo se retrouve embringué dans une enquête presque par hasard, parce qu’il était là au mauvais moment. Au moment où une soeur inquiète, Michela, vient annoncer la disparition depuis deux jours (oui, vous avez bien lu deux jours) de son frère Angelo (cela ne s’invente pas). Qui s’avère être bel et bien mort, lamoitié du visage meportée par uen balle et dans une équivoque position dans son bureau en terrasse. Rapidement la question devient mais qui est donc cet Angelo Pardo, qui est-il vraiment ?
Salvo s’empiffre un peu moins que d’habitude même s’il fait honneur aux harengs d’Indrid, et à son saumon, douce métaphore de son appétit pour elle. Mais ce roman ci est moins une apologie à la cuisine italienne que d’autres tomes. Sa fantomatique compagne Livia est aussi un peu moins présente que parfois. Mais les femmes de la vie d’Angelo font largement la différence. Michela soeur possessive, Elena panthère aux aguets, Paola ancienne maitresse écartée quiracontent une histoire, une vraie lune de papier.
Les deux morceaux d’anthologie sont cette fois la lettre que Salvo s’écrit à lui même pour se mettre les idées au clair :
“Cher commissaire Montalbano,
je sais qu’en ce moment, vous en avez vraiment archi plein les burnes du fait tout à fait personnel que la vieillesse est en train de frapper avec entêtement à votre porte, mais je me permets par la présente de vous rappeler à vos devoirs en vous soumettant quelques observations…“
Et les batailles homériques de Catarella pour tenter de venir à bout des mots de passe de l’ordinateur du défunt. Un régal.
J’ai trouvé pourquoi j’aime tant John Rebus.
C’est un homme talentueux, passionné et profondément indiscipliné, ou du moins d’une discipline unique, la sienne. C’est d’ailleurs ce qui lui vaut, dans sa treizième aventure, de se retrouver en session de recyclage avec d’autre policiers, qui, comme lui, ne sont pas en odeur de sainteté dans leur structure, chacun pour des raisons différentes.
Rien de tel que la formation-action, et voilà la bande de policiers indisciplinée sommée de se mettre au travail, en équipe pour résoudre une vieille histoire non résolue. Seulement voilà l’histoire non résolue les concerne tous plus ou moins et va exacerber les tensions et révéler le meilleur, ou le pire, de chacun.
J’ai lu cette enquête comme une métaphore de certains stages en entreprise, stages où l’enjeu est de comprendre son fonctionnement – en l’occurence plutôt ses dysfonctionnements – sous stress intense. Un homme averti en vaut deux, et donc si, manager d’entreprise, vous découvrez brutalement que sous stress vous êtes totalement allergique à l’autorité vaut mieux le savoir avant que de se retrouver ‘en vraie crise dans sa boite…
C’est une métaphore aussi de certains stages en entreprise où le contrat passé entre l’entreprise et les stagiaires n’est pas si clair. C’est un stage pour votre bien, sous entendu pour que vous soyez encore mieux ajusté, adapté, asservi aux exigences de votre entreprise. C’est un stage où vous allez travailler sur des études de cas ; toute ressemblance ou similitude avec des faits réels ou ayant déjà existes est évidemment délibérée. Bref un stage d’entreprise qui ne respecte pas les gens qu’elle emploie et qui ne mérite pas de les garder en son sein.
Pensez à la victime qui attend que le criminel soit puni martèle l’instructeur (j’avais tapé instructueur ce qui me semble d’ailleurs plus juste…) ! Comme si c’était la justification de tous les excès : travailler 24/24 ou 7/7 au choix. C’est marrant mais cela ressemble curieusement au “Le client d’abord”, ou ” tout pour le client” et autres avatars utiles pour faire intérioriser aux salariés toutes les contraintes que l’entreprise nomme affectueusement “compétences comportementales”…
Bref, ouvrez ce 13e épisode des aventures de John Rebus et laissez vous guider par les talents de conteur de Ian Rankin. Là au moins, vous êtes sur(e) que c’est de la fiction…
Ce grand monsieur de l’ethno polar est mort aujourd’hui. J’ai adoré plonger dans la culture navajo au fil de ses romans, m’imprégner d’un mode de pensée si différent du mien, où le temps ne se décompte pas comme le nôtre, où le clan apporte immanquablement les fils qui manquent pour dénouer les écheveaux emmêles, le clan, ou la parole d’un ancien, un commentaire qui prend tout à coup un éclairage singulier.
J’ai hurlé des conditions de vie des navajos dans les réserves, j’ai pleuré des chagrin de Jim Lee (même si entre nous il est un peu niaiseux parfois), ses déchirements entre deux cultures. J’ai adoré la subtilité géniale de Joe Lephorn qui reste fondamentalement jusqu’au bout un nomade. Oui je me sens orpheline de Joe Lephorn. Orpheline des cérémonies de réconciliation.
Si vous voulez en savoir plus sur chacun des romans, allez rendre visite au magnigique site de Phlippe Cottet: Le vent sombre qui commente 18 romans de cet auteur.




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