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Erablière, Québec, octobre 2008

Erablière, Québec, octobre 2008

Le monde n’a pas besoin de moi, mais j’ai besoin du Monde.

Une phrase bien courte, c’est vrai, mais qui a changé ma vie. Cela me permet de prendre un recul salvateur pour savourer ce qui peut l’être plutôt que m’épuiser avec zèle derrière des chimères, surtout professionnelles. Et vous, c’est quoi votre phrase choc ?

Songe d'automne

Songe d'automne

Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant d’une terre familière et pourtant farouche ;  elle m’a façonnée dans sa glaise, baignée dans ses rivières, dénudée et caressée de ses brises d’automne.  Elle porte l’odeur des miens dans ses guirlandes de lichens, elle abrite ma maison partout entre ses grandes branches souples. J’ignore où elle est, et cela importe peu. Elle sait me cacher des frénésies du monde, me plonger dans des contemplations apaisantes, me donner la paix où me ressourcer, un lieu calme et lointain où nul autre ne peut aller.

La vie facétieuse défonce les murs qui m’entourent pour m’exposer à la morsure du vent. Elle submerge mes remparts aux équinoxes pour m’apprendre à gouter, sans naufrage, le flottement et l’incertain. Elle exile les jours anciens, mes certitudes, sur des terres arides et inaccessibles, me laissant seule avec mon flot de pensées vaines que le vent emportera. Elle se glisse, légère et insolente dans toutes les brêches que je ne peux plus colmater, elle nettoie les plaies, balaie les plaintes avec soin.  La vie me traverse insouciante et la lumière revient dans le brouillard qui danse.

Québec, octobre 2008

Québec, octobre 2008

Le musée de la civilisation de la ville de Québec est un endroit extraordinaire. D’abord par la qualité de son accueil. Ensuite parce que j’y ai mangé une de soupes les plus extraordinaires qui soit composée avec les légumes du potager des visionnaires (cela ne s’invente pas !!!) au milieu d’une foule gigantesque qui faisait patiemment la queue devant les échoppes de soupe. Inimaginable en France . Enfin parce que l’expo sur les 400 ans de Québec permet à chaque habitant de la ville  (et aux touristes dont je suis) de comprendre d’où il vient, comment ce pays s’est construit, sans qu’à aucun moment cela ne sente l’endoctrinement sur le registre “nos ancêtres les gaulois”. Belle leçon d’intégration dans le respect de la diversité.

C’est à cela que me fait penser cette splendide fontaine qui répand une pluie très fine sur une végétation incertaine. Et pourtant la vie continue !

Fred Pellerin est un conteur, tout jeune et bigrement talentueux. Il vient d’achever une tournée à Paris de son quatrième spectacle “l’arracheuse de temps” avant de repartir au Québec pour la sortie de son film Babine – le fou du village, fils de la fameuse arracheuse de temps.

Fred Pellerin nous fait rire de la mort, sujet pas bien facile, et qu’il met admirablement en scène. Pendant une heure trente, seul avec son banjo, une guitare, et un mug, il nous raconte un conte, chante des chansons, nous fait écouter la voix de grand mère, joue de ses instruments. Il nous tient à son souffle pour ne pas qu’on rende le dernier.

Il nous raconte un conte, un conte de Sainte Elie de Caxton, son village. Un conte que lui a raconté sa grand-mère qui a un grenier, le plus incroyable des greniers. Un conte qui parle d’un arbre a deux branches, l’une produit des pommes qui donnent la mort, l’autre non, mais personne ne sait plus laquelle est laquelle… Il jongle avec la langue avec une virtuosité de saltimbanque, il jongle aussi entre le français du Québec et le français de France. C’est lumineux, c’est touchant, c’est poignant.

Il tient le fil ténu de son histoire entre ses doigts, fait mille broderies comme autant de digressions. Tant et si bien que parfois il semble lui même perdre le fil. Et reprend sa narration après un bref éclat de rire facétieux. Il coud et découd ensemble les propos des anciens qui tissent la trame du conte.

Il met en scène les personnages de son village de Mauricie, Toussaint Brodeur le vendeur de bière, le forgeron et sa fille si jolie, le belle Lurette, le curé “tout neuf”, Méo le coiffeur qui parfume le village tous les samedi soir de sa tarte assaisonnée de cannelle, Les Gélinas et une femme mystérieuse, une riche étrangère, qui vit à l’écart du village et que tout le mode appelle la Stroop. Par une facétie du facteur Mme Stevenson Troop est devenue La STroop. Chose curieuse, depuis qu’elle est au village, la mort n’a frappé personne. Oui c’est peut être une coïncidence, mais peut être pas…

Au Québec vit une communauté francophones de 6 millions d’habitants, 6 millions qui luttent contre l’envahissement culturel agressif de 320 millions de Nord américains.  6 millions de descendants des colons qui ont débarqué il y a quatre cent ans. Au Québec on chante des chansons traditionnelles françaises, et notamment : il était une bergère. Le plus extraordinaire, dit Fred Pellerin, c’est qu’il n’y a jamais eu de bergère à garder ses blancs moutons au Québec…

Marché du vieux port, Québec, Octobre 2008

Marché du vieux port, Québec, Octobre 2008

Parfois le rêve et la réalité se confondent, je me réveille ne sachant plus bien si mon souvenir est un rêve ou un événement qui s’est produit, qui s’est produit concrètement. Cela survient parfois avec les images, la photo semble tout à coup complètemetn truquée, fabriquée, artificielle. Comme si deux mondes se téléscopaient.

Le marché couvert de Québec sur le vieux port est bien sympathique, même s’il me semble plus attrape-touriste que centre commercial à part entière. On y trouve des produits locaux, c’est vrai.  Des confitures de gadelles, des cidres de glace à profusion, et à mourir de bonheur, du beurre de pomme, des tomates cerises de toutes les couleurs, des physalis crème, vert, jaune orange, rouge, un peu de fromages locaux, du poisson. On y trouve surtout des commerçants tous plus gentils les uns que les autres, et au travers, en écoutant bien, la voix de quelques français emmigrés et installés là…

Lac du Bas Saint Laurent (encore & toujours), Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent (encore & toujours), Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Lac du Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Je ne résiste pas à la tentation de la parodie :

(…) Des nuages noirs
Qui viennent du nord
Colorent la terre,
Les lacs, les rivières
C’est le décor
Du Connemara discret Québec.
(…)
On y croit encore
Aux monstres des lacs
Qu’on voit nager
Certains soirs d’été d’automne
Et replonger
Pour l’éternité.

On y voit encore
Des hommes d’ailleurs
Venus chercher
Le repos de l’âme
Et pour le coeur,
Un goût de meilleur.

Canard Huard plongeon, Bas saint Laurent, Québec,octobre 2008

Huard plongeon, Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Oui j’aime les huards, je les trouve absolument magnifiques, et cela m’amuse de les regarder plonger pour essayer de deviner à quel endroit ils vont réapparaitre…

Canards inconnus, Bas saint Laurent, Québec,octobre 2008

Oiseaux inconnus, Bas Saint Laurent, Québec, octobre 2008

Et quand j’étais absorbée dans la contemplation du huard, ces deux canards sont passés au-dessus de ma tête, histoire de me rappeler que le monde c’est d’abord la diversité, et que m’enfermer avec les seuls huards, n’était pas une bonne idée, le monde est plus grand, lemonde est plus vaste !

NB oui, mon objectif est tâché, c’est moche ! Malheureusement…!

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