Episser ?

Nouer ou  dénouer, épisser les morceaux de vie
Nouer ou dénouer

Le bonheur, me dit un ami, ce midi à déjeuner, ce n’est pas le but, c’est le chemin. Oui, le chemin de soi, rester au plus près de soi même. Ne pas s’écarter pour ne pas se perdre, pour ne pas perdre la flamme. Oui peut être, rester debout sur le chemin quand tout s’effondre. A bien réfléchir, en fait ce n’est jamais le réel qui s’effondre, ce sont les chimères construites inlassablement et qui cachent le chemin. Autant les laisser s’effondrer plutôt que de continuer à gaspiller l’énergie à effectuer de vaines réparations sur des murs sans fondation.

Oui, à chaque instant se pose la question de savoir ce qui lie et délie nos morceaux de vie, et si nous pouvons les nouer ou les denouer. Oui c’est rassurant d’épisser les torons disparates de nos vies, de chercher à donner un semblant de cohérence. Mais au fond, au nom de quoi ? Je ne sais pas bien répondre à la question. Il me semble que ce sont les projets de vie qui donnent la structure, qui canalisent l’énergie et permettent d’avancer sur le chemin. Quand l’habitude l’emporte sur le projet, cela ramollit, c’est la marée des « à quoi bon » qui monte. Marée de grande équinoxe ou simple clapot sur la plage écrue.

Il faut beaucoup de courage pour abandonner ses habitudes et renoncer. La sagesse serait sans doute de ne pas renoncer mais de chercher plutôt le chemin pour s’en détacher, chemin encore plus caillouteux !

Les amitiés et les présences douces sont très précieuses sur le chemin, quand on n’est pas sage… et quand on l’est aussi !

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Le potager des visionnaires

Québec, octobre 2008
Québec, octobre 2008

Le musée de la civilisation de la ville de Québec est un endroit extraordinaire. D’abord par la qualité de son accueil. Ensuite parce que j’y ai mangé une de soupes les plus extraordinaires qui soit composée avec les légumes du potager des visionnaires (cela ne s’invente pas !!!) au milieu d’une foule gigantesque qui faisait patiemment la queue devant les échoppes de soupe. Inimaginable en France . Enfin parce que l’expo sur les 400 ans de Québec permet à chaque habitant de la ville  (et aux touristes dont je suis) de comprendre d’où il vient, comment ce pays s’est construit, sans qu’à aucun moment cela ne sente l’endoctrinement sur le registre « nos ancêtres les gaulois ». Belle leçon d’intégration dans le respect de la diversité.

C’est à cela que me fait penser cette splendide fontaine qui répand une pluie très fine sur une végétation incertaine. Et pourtant la vie continue !

L’arracheuse de temps

Fred Pellerin est un conteur, tout jeune et bigrement talentueux. Il vient d’achever une tournée à Paris de son quatrième spectacle « l’arracheuse de temps » avant de repartir au Québec pour la sortie de son film Babine – le fou du village, fils de la fameuse arracheuse de temps.

Fred Pellerin nous fait rire de la mort, sujet pas bien facile, et qu’il met admirablement en scène. Pendant une heure trente, seul avec son banjo, une guitare, et un mug, il nous raconte un conte, chante des chansons, nous fait écouter la voix de grand mère, joue de ses instruments. Il nous tient à son souffle pour ne pas qu’on rende le dernier.

Il nous raconte un conte, un conte de Sainte Elie de Caxton, son village. Un conte que lui a raconté sa grand-mère qui a un grenier, le plus incroyable des greniers. Un conte qui parle d’un arbre a deux branches, l’une produit des pommes qui donnent la mort, l’autre non, mais personne ne sait plus laquelle est laquelle… Il jongle avec la langue avec une virtuosité de saltimbanque, il jongle aussi entre le français du Québec et le français de France. C’est lumineux, c’est touchant, c’est poignant.

Il tient le fil ténu de son histoire entre ses doigts, fait mille broderies comme autant de digressions. Tant et si bien que parfois il semble lui même perdre le fil. Et reprend sa narration après un bref éclat de rire facétieux. Il coud et découd ensemble les propos des anciens qui tissent la trame du conte.

Il met en scène les personnages de son village de Mauricie, Toussaint Brodeur le vendeur de bière, le forgeron et sa fille si jolie, le belle Lurette, le curé « tout neuf », Méo le coiffeur qui parfume le village tous les samedi soir de sa tarte assaisonnée de cannelle, Les Gélinas et une femme mystérieuse, une riche étrangère, qui vit à l’écart du village et que tout le mode appelle la Stroop. Par une facétie du facteur Mme Stevenson Troop est devenue La STroop. Chose curieuse, depuis qu’elle est au village, la mort n’a frappé personne. Oui c’est peut être une coïncidence, mais peut être pas…

« Au Québec vit une communauté francophones de 6 millions d’habitants, 6 millions qui luttent contre l’envahissement culturel agressif de 320 millions de Nord américains.  6 millions de descendants des colons qui ont débarqué il y a quatre cent ans. Au Québec on chante des chansons traditionnelles françaises, et notamment : il était une bergère. Le plus extraordinaire, dit Fred Pellerin, c’est qu’il n’y a jamais eu de bergère à garder ses blancs moutons au Québec…« 

Drôle d’endroit pour un perchoir

Marché du vieux port, Québec, Octobre 2008
Marché du vieux port, Québec, Octobre 2008

Parfois le rêve et la réalité se confondent, je me réveille ne sachant plus bien si mon souvenir est un rêve ou un événement qui s’est produit, qui s’est produit concrètement. Cela survient parfois avec les images, la photo semble tout à coup complètemetn truquée, fabriquée, artificielle. Comme si deux mondes se téléscopaient.

Le marché couvert de Québec sur le vieux port est bien sympathique, même s’il me semble plus attrape-touriste que centre commercial à part entière. On y trouve des produits locaux, c’est vrai.  Des confitures de gadelles, des cidres de glace à profusion, et à mourir de bonheur, du beurre de pomme, des tomates cerises de toutes les couleurs, des physalis crème, vert, jaune orange, rouge, un peu de fromages locaux, du poisson. On y trouve surtout des commerçants tous plus gentils les uns que les autres, et au travers, en écoutant bien, la voix de quelques français emmigrés et installés là…

Un peu de couleurs

Lotus, juillet 2007
Lotus, juillet 2007

Chaque goutte de lumière est un bonheur à regarder en cette saison. C’est si lourd de partir dans la nuit le matin et de rentrer dans la nuit encore le soir. Comme si la nuit commençait à l’heure du goûter pour s’étirer paresseusement jusqu’au lendemain. Oui et dans nos sociétés dites modernes il n’est pas question de ralentir. Oublié le temps des saisons sauf pour ceux qui ont balcons ou des jardins et qui voient la gelée blanche, la terre fermée et plus tard, bien plus tard l’éclosion du printemps. L’hiver est un temps de production, comme l’été. Quel dommage ! Ce serait tellement plus gouteux de se replier sur soi, reprendre ses forces, vider son paniers des encombrants inutiles de l’année pour faire de la place, renaitre à la vie, à ses expansions, avec le mouvement de la sève des arbres.

Une journée particulière

un cadeau de la vie
un cadeau de la vie

Aujourd’hui c’est un peu spécial, la princesse – toute mouillée – a quatorze ans. Vous souvenez vous de ce que vous faisiez vous, il y a quatorze ans ?

Elle arrivait sur cette planète avec trois semaines d’avance (cela lui est resté d’être en avance sur les plannings…), juste à l’heure de l’apéro, le jour du Beaujolais nouveau..! J’ai dû attendre une  semaine pour y goûter cette année-là, ceti pas malheureux ! Sitôt née, presque sitôt confisquée par les infirmières, les nurses, bref la grande médicalisation. Son père a quand même eu le droit de l’hhabiller. C’est bien connu les bébés cela préfère le bain immédiat et les habits aux calins, dixit les infirmières. Je suis restée dans le potage une journée avant de retrouver mes fondamentaux. Pas touche à ma fille, non ! Elle ne dormira pas à la nursery au milieu des hurlements des autres. Non, non, non. Elle dort avec moi. Et oui, elle dort comme un ange de minuit à six heures. Pourquoi se plaindre ?

J’avais prévu d’acheter les draps popur son lit le jou où elle est née. Dommage !!! Je devais passez deux jours plus tard une radio parce que le gynéco pensait qu’elle ne passerait pas « par les voies naturelles ». Il avait tort, tant mieux, et j’ai pris un plaisir jubilatoire à annuler ce rendez-vous inutile.

Donc elle a signalé son arrivée imminente à l’heure du réveil – normal – a pris son temps pour arriver – histoire que son papa aille un peu travailler – puis elle est née. Grosse émotion, je me sentais très intimidée devant ce petit bout d’humain. Quatorze ans plus tard, je crois que nous avons assez bien réussi notre apprivoisement (j’écris sous son regard alors faut que je fasse attention…) et quand je vois le nombre de personnes qui lui ont fêté son anniversaire aujourd’hui, même en chanson en plein cours, je ne suis pas inquiète pour elle. Elle croque la vie avec le même bonheur qu’elle plonge dans l’eau fraiche du lac du moulinet, c’est tout dire…