Sens dessus dessous

J’ai attrapé le métro tôt ce matin, le panonceau du quai affichait ???? en guise d’horaire et j’ai filé à l’arc de triomphe. En sortant des escaliers sur les Champs, j’ai été bouleversée par le silence, si inhabituel pour le lieu. Pas d’oiseaux, pas de voitures, juste le bruit des conversations comme si la vile était plongée dans l’ouate. Incroyable.

J’ai commencé d’un côté puis changé d’avis pour rester du côté du soleil et découvrir ce projet singulier de Nature capitale. Les naseaux envahis par les odeurs de conifères, j’ai fermé les yeux pour mieux profiter de ce parfum inhabituel à Paris. Puis l’odeur de résine s’est atténuée, c’est devenu plus herbacé, entre deux bouffées de tabac brûlé. Avant de les voir j’ai humé les oliviers, puis la lavande, deviné dans les bourgeons encore fermés le violet vibrant de la Provence.

Plus bas des écorces d’arbre tuilées composaient avec des sacs de moules ou  d’huitres une mosaïque iodée en noir et blanc. Moins surprenant au nez finalement parce que cela évoque les effluves qui s’échappent des échoppes des écaillers des boulevards.

Puis le jaune vibrant de la moutarde qui jouxte les cannes à sucre avant de laisser place aux feuilles digne d’un bananier des plants de café. Merveilleux camaïeux de verts mais dépourvus d’arômes puissants, et très vite couverts par le suint des moutons à peine adouci par l’odeur chaude et enveloppante des trois vaches égarées dans un enclos de châtaigner. Comme si on avait voulu les parquer dans une boite de camembert.

Et tout autour des barrières de sécurité. Ben oui quoi on est en France, pays de la sécurité alors on protège les plantes et il faut attendre 9h30 pour aller déambuler au plus près des poireaux, batavias, plans de tomates, choux et autres légumes verts de nos paniers. Seuls les photographes attitrés et les gardiens oranges peuvent baguenauder dans les enclos avant la ruée du peuple. J’ai regretté de ne pas m’être levée encore plus tôt pour sentir l’odeur de la terre qui monte avec les premiers rayons solaires.

J’ai passé un long moment amusée à regarder les feux tricolores réguler un trafic invisible entre les plantes de ce paysage éphémère.  Un autre long moment à observer le balais des gardiens qui contiennent les touristes en réalisant pour eux les photos dont ils rêvent, les photos  de la plus belle avenue du monde recouverte de végétations. Et commencent par se faire expliquer régulièrement le fonctionnement des appareils photos ! Un régal.

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6 réflexions sur “Sens dessus dessous

  1. Mettre des vaches dans une boite de camembert… C’est par le nez qu’on tombe en amour. C’est souvent par le nez qu’on comprend le lien qui nous unit à la vie, la seule vie qui nous traverse comme elle travers les plantes.

  2. Nature capitale, un projet singulier.

    Singulier car, comme dirons les grincheux, a-t-on besoin de planter du blé sur les champs Élysée pour deux jours ? En dépensant tout cet argent et toute cette énergie ne contribue-t-on par à la crise actuelle. Oui sans doute, mais n’est-ce pas un moyen de sensibiliser le monde sur l’enjeu climatique ?

    Singulier car on trouve dans cette manifestation toute la schizophrénie de notre société. On retrouve le côté événementiel avec une foule dense et le besoin de se reconnecter à la nature. C’était marrant de voir les promeneurs faire de la macro sur les plantes !

    Singulier et beau car le contraste entre l’avenue, les boutiques et grands hôtels et ces champs a quelque chose d’insolite et de beau. Le contraste entre l’odeur de la ville et l’odeur des champs.

    Je suis revenu avec des photos et j’espère avoir saisi cette singularité. Il me reste le travail de post-production. Je croise les doigts.

  3. PS. Je n’ai pas commencé mon travail de post-prod car après ma visite sur les champs hier soir je me suis précipité chez Truffaut afin de transformer ma bout de terrasse en jardin. Trois races de tomates, basilique et coriandre. Je n’ai pas ramené ni poule, lapin mouton, vache…

    :o)

  4. Fred, merci pour le lien vers tes photos. Faut que je mette en ligne ma préférée. pas très spectaculaire, mais une jolie heterotopie à sa façon…

    Jeandler, pitié, pitié. les villes vont mourir asphyxiées. Gardons la campagne pour nous replier et nous essaimer !

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