De la couleur dans la voix

Daniel Pennac que j’écoutais récemment discuter avec Fred Pellerin de la langue française, chacun dans son avatar métropolitain ou québécois, avait cette phrase fort juste. Il disait que dans les médias en France, tout le monde parle le français d’ile de France.

Et moi j’ajoute que c’est le plus plat et le moins mélodieux de tous les français. Je n’avais en effet jamais réalisé qu’aucune présentateur télé ou radio n’a l’accent de Nice ou chti ou de Lozère. Tout le monde parle un français aseptisé et lisse. Gris, gris comme la grisaille de Paris.

Je suis très étonnée, qu’au nom de la diversité et de la représentativité, les accents ne soient pas plus mélangés. Il me semble que nous aurions tout à gagner à ouvrir nos oreilles et élargir le spectre des sons que nous écoutons pour rompre la monotonie. Le métro et la rue me semblent bien plus vivants que la radio ou la télé de ce point de vue là.

Il en va de même des portes des maisons, des peintures des murs, de la couleur du bitume (cf le billet de Moukmouk), des trottoirs, etc etc.

Allez c’est décidé, demain je prends des cours pour développer un accent plus musical que le parisien.

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6 réflexions sur “De la couleur dans la voix

  1. Il n’y a pas de cours pour cela. C’est l’immersion qu’il te faut et le laisser aller… et tu as.

  2. A Paris, il y a tellement de non parisiens qu’il suffit d’ouvrir le dialogue autour de nous, et laisser les accents nosu toucher et nous posséder ce qui est la meilleure façon de les posséder en retour… mais il est bien vrai qu’à Paris se dressent aussi des frontières invisibles tenaces entre les individus. Alors même ou peut être en raison de cette multitude d’endroits (métro, rue, boutiques, etc) bondés qui nous précipitent les uns dans les bras des autres sans nous demander pourquoi. Carapaces déployées, en lieu et place des ailes que pourraient devenir ces bras…
    Tiens, cela n’a peut-être rien à voir, mais hier mercredi je m’amusais en piscine avec mes enfants à un de ces jeux de course et attrape auquel on rajoutais la difficulté de courir dans l’eau (j’en suis toute courbaturée aujourd’hui !) et l’envie m’est venue soudainement, alors que j’étais toute en difficulté et en excitation, de m’agripper à un Monsieur qui nous regardait jouer, de me fondre dans ses bras et lui demander de me protéger, de m’aider, et puisque cette protection serait dérisoire, -il suffisait à mon enfant de me toucher pour que je sois « le chat », même lové sur les genoux de quelqu’un-, découvrir qu’il se prend au jeu et endosser ce rôle de chat à ma place dans son impuissance pour m’en éviter le poids.
    Ceci a été une fulgurance, riche, dense, au point que j’ai couru dans l’autre sens tellement je m’y croyais déjà ! C’est peut-être cela, l’inhabituel d’un échange qui nous tire aux tripes quand on ne porte rien sur soi… Ou juste l’accent.

  3. Merci du lien. Il y a quelques années la télé d’état avait développé un accent particulier, neutre et sans intonation, et bien sûr beaucoup cherchaient à en être. Heureusement les patrons ont changé et cette forme d’élitisme a été combattue.

    « Être de Paris » attire fortement. Il sera difficile de combattre cet accent particulier. Pourtant il y a tellement de belles façons de dire dans ce pays aux très nombreuses réalités régionales. J’espère qu’elles survivront.

  4. Bonjour
    merci de votre remarque sur cette uniformisation nivellante et sans saveur
    mais il me semble que le parler le plus neutre est celui de la Touraine, par forcément la rurale qui fleure bon encore et toujours un terroir.
    Paris donne un accent plus pointu et tonique dont Arletty avait bien montré la typicité en son temps, mais les parigots sont de plus en plus cosmopolites aussi.
    Depuis l’abbé Grégoire et surtout la conscription et la fusion de la première geurre mondiale, les parlers régionaux ont lentement mais surement régressé, même si il y a encore des conteurs locaux.
    Il faudrait remettre les compteurs non à zéro mais montrer au nom de la diversité que les régions et les langues ou dialectes (une bonne trentaine tout de même) existent et s’incarnent dans le quotidien.
    Ici à Toulouse l’Occitan n’est pas très parlé mais survit, il y a des magazines sur France 3, des articulets dans la presse et les médias institutionnels, l’annonce des stations de métro est bilingue, les calandretas prospèrent aussi et l’institut d’études occitanes se porte bien.
    Mais voila le centralisme et le jacobinisme de nos élites, le parisianisme élitiste qui jauge et juge la provinces, les provinciaux et les bouseux, ne s’accomodent pas trop de ces parlers rocailleux à fleur de relief, pourtant c’est une réalité incontournable.
    Merci de votre plaidoyer (pro domo) afin que nous puissions réveiller le petit enfant qui sommeille en chacun et a bien des souvenirs dans une langue étrange, l’usage de mots spécifiques et connotés, typiques et de pays, comme disait Braudel, représentatifs d’un lieu culturel et de vie pas encore passé au rouleau compresseur des médias nationaux.

  5. Lola, j’irai bien faire une immersion en Ardèche, en Drôme provençale… m’adosser au Vercors (où Pennac a une maison) et me laisser glisser

    Eva, je vous recommande la lecture de l’excellent blog « l’inconnu du métro », c’est gouleyant à souhait. http://linconnudumetro.wordpress.com/

    Moukmouk, le cercle des conteurs est bien important pour conserver des particularismes locaux et précieux

    Thierry, je ne me lasse pas du feu qui mourrine, des poules qui s’accroupionnent et du temps qui s’abernaudit (surtout en ces jours de pseudo été). Je suis née avec ces mots là, ils sont une partie de la matière dont je suis faite. Je les comprends mais ne les parle pas.

  6. Quel cadeau Tanakia ! Merci… Cet inconnu devient connu, et je le fréquenterai assidûment parmi mes Favoris.

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