De quoi sont faites les relations ?

Il en est des relations comme des recettes de cuisine, elles sont faites d’ingrédients particuliers, différents, ce qui donnent des saveurs spécifiques, avec des tours de main (et certainement pas juste en un tournemain !) qui nous sont propres. Avec le temps, plus on se rapproche de soi-même plus on peut oser des ingrédients plus complexes. Nourrir une relation avec un autre, c’est aussi nourrir une relation nouvelle avec soi même.

Dans Volkswagen blues, Jacques Poulin raconte l’’histoire de Jack, écrivain silencieux, qui décide, après quinze ans de silence, de rechercher son frère Théo. Ce dernier lui avait envoyé une énigmatique carte postale de Gaspé. En route, il rencontre une jeune femme métisse Pitsémine, alias Grande sauterelle, qui s’avère un copilote efficace et un mécanicien émérite pour s’occuper du vieux minibus Volks avec lequel il sillonne les routes. Ensemble ils partent de Gaspé pour remonter la trace de Théo, ce qui les conduit sur la piste de l’Orégon, dans les traces des hommes et des femmes partis à la conquête de l’Ouest. Et jusqu’à San Fransisco. En chemin, ils apprennent à se connaitre, à trouver un rythme ensemble dans le huis clos du minibus.

Ce qui m’a plu
C’est un road movie comme Poulin sait si bien les faire. Il met ensemble deux personnages, qui se rencontrent par hasard, et il les regarde vivre en essayant d’intervenir le moins possible dans le bout de chemin qu’ils décident de faire ensemble. C’est subtil, plein de pudeur, de délicatesse, de respect, de liberté. Les étapes du chemin sont autant de prétexte pour explorer les musées, l’histoire du Canada, de ses « héros », des pionniers d’Amérique, des indiens des plaines et de leur extermination. C’est terriblement et délicieusement québécois.

Extraits
« Dans les librairies, elle volait les livres sans aucun scrupule , car elle trouvait que la plupart des libraires aimait plus l’argent que les livres ; dans les bibliothèques, cependant, elle les empruntait, c’est-à-dire qu’elle les glissait sous ses vêtements ou dans son sac et les retournait par le poste après les avoir lus. »

« – Je n’aime pas la morale, dit-il. Vous êtes libre et vous n’êtes pas à moi. Et je commence à m’endormir. Je n’ai pas dormi assez.
Elle mit un bras autour de sa taille.
– Ce que j’aime le plus en vous, dit-elle, c’est votre douceur et votre respect pour les gens.
– Mais je ne suis pas un vrai doux, dit-il avec impatience. Maintenant il faut m’excuser. Je ne vais pas bien du tout depuis deux jours et il faut que je dorme.»

« Il y a des gens qui disent que l’écriture est une façon de vivre. Moi je pense que c’est aussi une façon de ne pas vivre. Je veux dire : vous vous enfermez dans une histoire et vous ne faites pas très attention à ce qui se passe autour de vous. »

« Il ne faut pas juger les livres un par un. Je veux dire : il ne faut pas les voir comme des choses indépendantes. Un livre n’est jamais complet en lui même ; si on veut le comprendre, il faut le mettre en rapport avec d’autres livres. Non seulement avec les livres du même auteur, mais aussi avec des livres écrits par d’autres personnes. »

« Le complexe du scaphandrier, dit-il, c’est… un état pathologique dans lequel on se renferme quand on est en présence de difficultés qui paraissent insurmontables. Mais en réalité, on ne sait pas trop ce qui se passe, on agit de manière… instinctive. On sent qu’il est absolument nécessaire de se protéger, alors on s’enferme dans le scaphandre (…). Finalement on arrive au fond de l’eau : c’est le calme et on est très bien. Il y a un tout petit peu de lumière. On n’a presque pas envie de bouger. On est dans un nouveau monde. On est vraiment très bien. On voudrait rester là toujours…»

Léméac – Babel Actes Sud, 1988.

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3 réflexions sur “De quoi sont faites les relations ?

  1. Beau sujet et ce livre semble montrer une voie prometteuse avec au cœur le respect de l’autre, respect de ce qu’il est, respect de sa liberté. C’est une voie riche qui permet à chacun de « grandir » et qui donne de la légèreté à la relation. C’est une voie exigeante et le chemin n’est pas toujours facile à trouver.

    D’autres formes de relation existent. Elles sont souvent basées sur nos peurs et nous étouffent, nous asphyxie.

    C’est pourquoi il est important de se connaître soi pour avancer sur ce chemin d’une relation épanouissante.

    Merci pour ce partage, un livre de plus à mettre sur la liste de ceux à lire.

  2. Je retiens, je ne connais pas cet auteur. Mais je n’achète plus de livres ou rarement. Direction Médiathèque et là….On verra !
    J’ai adoré l’histoire du petit oiseau. Tu es très observatrice affectueuse. Pendant ce temps là, on ne bosse pas mais ensuite on sera plus efficace dans les relations humaines. ? Ah ha Ah !

  3. Lôlà et Fred le Zèbre, ah les chanceux que vous êtes d’avoir le plaisir intacte de la découverte. Tournée d’automne dont j’avais parlé dans un précédent billet est très bien aussi. Moins empreint de l’histoire du Québec et des pionniers mais très beau en termes d’histoire.

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