Ecoute-moi

J’ai plongé en apnée dans ce livre fascinant, effrayant, bouleversant de Margareth Mazzantini.

Ecoute-moi (Ne bouge pas en VO) est la confession douloureuse et sans concessions qu’un père fait à sa fille ado alors qu’elle est entre la vie et la mort sur la table du neurochirurgien qui l’opère.  Il lui raconte les trois femmes de sa vie : elle, son épouse, sa maitresse.

Timoteo est un chirurgien connu établi et respecté, marié à une très jolie et brillante femme. Un jour il tombe en panne de voiture au milieu de nulle part. Désoeuvré, en état de choc, il viole la femme qui lui offre l’hospitalité pour téléphoner et prévenir sa famille. Et il recommence, encore et encore, jusqu’à se rendre compte qu’en fait cette femme si loin de lui, socialement, il l’aime. Il vit écartelé entre sa femme pour qui il n’éprouve plus grand chose et cette maitresse, Italia (fallait oser !).  Les deux femmes tombent enceintes, au même moment. L’un des embryons c’est Angela qui vient d’avoir un accident grave de scooter.

Ce livre est un coup de poing dans le ventre, il m’a laissée K.O. KO au démarrage tellement la montée dramatique est remarquablement écrite. Le coeur se serre, l’estomac aussi, on le sent bien que l’horreur est là toute proche, séparée de nous d’un mot ou deux, d’une épaisseur de papier à cigarettes. KO aussi parce que la passion pour Italia qui brûle Timoteo se mêle avec le dégoût qu’il éprouve aussi pour elle, elle que l’un de ses « amis » trouve laide et vulgaire. Il est d’une ambivalence stupéfiante à son égard, il veut et en même temps il ne veut pas, ambivalence qui le déchire et qui est retraduite dans le livre par des passages plus ou moins long en italique. Ce sont des discours intérieurs d’une violence inouïe, violence tournée vers lui ou vers Italia.

Le roman décrit très bien la tension qui envahit Timoteo qui oscille et vacille dans sa propre vie. La rencontre avec Italia scelle la rencontre avec son passé. Un passé très modeste caché par sa mère qui refuse sa misère et lui refuse tout contact avec les enfants vivats et sales qui jouent dehors. Italia c’est la somme de tous ces enfants qui le fascinaient et avec lesquels il n’a jamais eu le droit de vivre. Italia c’est l’irruption du vivant dans un monde lisse, routinier, écrit et aseptisé. Italia c’est une invitation à réconcilier en lui les deux mondes dans lesquels il a vécu et qui se sont toujours tenus à distance l’un de l’autre.

Réussira-t-il ?

Lisez le livre ou allez voir l’adaptation du roman au cinéma, réalisée par le mari de la romancière, Sergio Castellitto. Cela s’appelle A corps perdus et c’est avec Pénélope Cruz… et prévoyez au moins un paquet de mouchoirs…

Extraits

« Tu ne veux pas d’enfant parce que le monde est violent, pollué, vulgaire ? Reviens ici. Redescends vers moi. Je suis nu sur le lit à t’attendre. Donne-moi une meilleure réponse. »

« Le sang qui me faisait peur était le sien, comme son amour m’avait fait peur. Elle était déjà là. La personne qu’on aime est toujours déjà là. Elle est là avant qu’on la connaisse, elle est là avant nous. »

Editions Robert Laffont, repris en collection 10/18, 2001 (2004 en français)

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s