La mort (du corps) au travail

Avant les vacances, j’ai lu le livre des consultations de Souffrance au travail de Marie Pezé. Bouleversant et édifiant, un titre fort « Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés ». J’ai lu ensuite en rentrant Prière à la lune de Fatima Elayoubi, l’une des analysantes avec lesquelles Marie Pezé a travaillé. Beau texte d’une femme qui ré émerge à la lumière, à la vie. Les deux sont, pour moi, autrement plus poignantes que Florence Aubenas dans « Quai de Ouistreham » que j’ai trouvé trop lisse, trop « reportage ». J’avais encore plus été déçue par les « tribulations d’une caissière ». Ce qu’Anna Sam décrit de l’univers des grandes surfaces (côté employeur et côté client) est horrible, mais cela manque de corps, comme si elle était extérieure à elle-même quand elle parle.

J’ai lu cette fin de semaine « Les nettoyeurs » de Vincent Petitet dans lequel il décrit l’univers feutré et impitoyable des consultants conseil en organisation, fusion, acquisition et dégraissage. Les règles et codes implicites et explicites de cette frange particulière de consultants. Pas un grand roman, mais bien écrit, avec une intrigue qui tient en deuxième partie.

Sur ma table m’attendent encore « Le travail intenable » de Laurence Théry, et en fin de semaine le livre de Nathalie Kupermann qui sort « Nous étions des êtres vivants« .

Je me demande comment il est possible alors que de partout des voix s’élèvent pour alerter sur la souffrance au travail (il y a même eu le rapport Bien être & efficacité au travail rendu au premier ministre en février) persiste un tel déni collectif chez les dirigeants ? Faut-il qu’il y ait des suicides et des burn-out dans toutes les boites du CAC40 pour que ce sujet soit réellement pris en compte et arrive en priorité numéro 1 des comités exécutifs ? Parce que c’est un problème de système managérial, et pas seulement de quelques individus qui dysfonctionnent.

Il me semble que ce qui se passe en management n’est pas très loin de ce qui se passe en terme de climat planétaire. C’est notre modèle de croissance et de toujours plus qui nous emmène dans le mur. Chacun, à son niveau, peut agir sans pour autant avoir le sentiment que cela change quoi que ce soit au final. Et c’est désespérant.

Notre modèle de management n’est plus tenable… et pourtant !

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4 réflexions sur “La mort (du corps) au travail

  1. Dans la machine folle, seul compte le profit. l’entreprise n’est plus un lieu de regroupement des expertises qu’on envoie chez les consultants, mais il faut des petites mains pour faire tourner la machine. Mais ces petits mains n,ont plus d’importance et sont jetables sans autres formes de procès.

    les lois françaises protègent un peu plus les employés c’est pourquoi elles sont si décriées. Dans le guerre au profit, il est normal de perdre des soldats, et les ressources humaines sont là pour dire qu’on pourrait s’en occuper.

  2. La comparaison avec le climat est intéressante. En effet, nous n’arrivons pas à sortir de la logique court terme pour s’intéresser au développement durable au-delà de son utilisation marketing.

    Cela nous rappel aussi que la force de travail est une ressource et qu’elle se gère, GRH, avec les avantages et les inconvénients que cela recouvre.

  3. Moukmouk, nous plongeons vers toujours plus d’anonymes, d’interchangeables, de différence gommées. Et en même temps nous revendiquons une singularité, une identité, une unicité d’être, terrible !
    Parfois je me demande si c’est la même standardisation qui produit au développement des hermaphrodites, plus porte-vêtements que femmes.

    Zèbre, pression du temps et du court terme qui nous conduit à travailler jusqu’à en perdre la vie tragiquement parfois, s’épuiser souvent, se vider. Difficile de faire entendre la note tenue de soi dans le vrombissement des injonctions.

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