Drôle d’ascenseur

Vendredi soir, je suis allée dîner chez une bonne amie (j’adore cette expression, cela ne se raisonne pas). Un diner de filles. Elle habite sous les toits dans un quartier délicieux et dans un immeuble étriqué. On croirait un pin qui a poussé à toute vitesse pour choper un peu de soleil et qui a peiné à grossir. Bref un immeuble un peu Tom pouce. Et dans cet immeuble, ô merveille, ô miracle il y a un ascenseur juste assez grand pour une adulte et un sac. Je ne suis pas certaine qu’une femme enceinte puisse tourner dans la cabine tant elle est exiguë.

L’ascenseur se cache deux ou trois pas plus loin que la porte de l’immeuble. Discret. En guise de bouton d’appel, un digicode. Ce soir là, l’ascenseur était capricieux et refusait parfois de descendre jusqu’au sol. Pour connaitre son humeur, la seule manière c’était de grimper dedans, se tasser pour que la porte se referme, s’accroupionner (c’est du patois normand mais cela se comprend, non ?) taper le code et attendre que l’influx parvienne au cerveau de l’ascenseur. A l’aller, pas de problème, il a bien voulu m’emmener jusqu’ en haut où j’ai pu retrouver les autres rescapées de l’ascenseur. Mais en fin de soirée, il devait trouver qu’une heure du matin, c’était pas une heure pour un ascenseur, il a accepté de descendre jusqu’au premier étage mais pas plus bas. On ne sait jamais à cette heure là, rejoindre le sol et les noctambules c’est dangereux. J’ai donc fini à pied par l’escalier. En méditant chaque pas.

Chaque marche de l’escalier permet de sentir dans son corps la distance réelle entre deux étages. La perception est bien plus floue avec l’ascenseur, plus trompeuse éventuellement.

Et j’ai trouvé que l’ascenseur, c’était un peu comment l’information circule dans les entreprises. Dans certaines, pas d’ascenseur, tout le monde monte et descend les escaliers. Se croise, se parle, se salue, éprouve la présence de l’autre.

Dans d’autres les escaliers peuvent être séparés, ou les ascenseurs, le côté direction et le côté reste du monde. §Je me souviens de la cantine  des cadres quand j’ai commencé à travailler à la fin des années 80. Cela m’avait estomaquée.

Dans certaines sociétés,  les ascenseurs sont accessibles à tous. On y monte. On évite de croiser les regards. On murmure un bonjour du bout des lèvres auquel un autre murmure répond parfois. On se faufile bien vite lorsque les portes s’ouvrent à son étage mais on ne va pas voir ailleurs. Un enfant aurait, lui, tôt fait d’explorer tous les étages, de constater les différences d’espace, d’aménagement, de mobilier et de s’en étonner. Un adulte non. Il est poli et va son chemin.

Dans d’autres encore les ascenseurs sont codés, tout le monde peut descendre, les ordres, les informations, les commandes ; en revanche pour monter il faut être invité. Sinon on reste bloqué en bas. les informations ne remontent pas ou sous forme filtrée de questionnaire, d’invitations choisies. Les gens ne se rencontrent guère, seuls les rôles travaillent ensemble le temps d’une réunion.

Le métier que j’aime,  c’est d’accompagner les managers qui ont envie d »enlever les codes des ascenseurs et de remettre les escaliers en service. C’est chouette, non ? Mais on me demande encore trop souvent de trouver des solutions pour que les ascenseurs descendent plus vite.

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5 réflexions sur “Drôle d’ascenseur

  1. C’est très curieux Tanakia ! Je me suis vue comme un marche-pied il y a quelques jours ! J’aide les gens à se hisser à condition de me laisser marcher dessus… mais c’est curieux parce que la plupart des fois ils ne veulent plus remonter mais s’asseoir par terre avec moi… ; )

  2. Eva, vous êtes un marche pieds comme la main du parent qui tient – ou ne tient plus – la selle de l’enfant qui apprend le vélo. Un jour il n’est plus besoin de courir après le vélo…
    Mon rêve le plus fou c’est que tous ensemble nous puissions vivre à hauteur humaine, tout simplement.

  3. Des escaliers pour tous et haut et pagaille à tous les étages ! Vive la révolution des digi-cons !
    Oups, qu’est ce que j’ai ce soir ? J’ai loupé une marche ???

  4. Il est de bon ton de renvoyer l’ascenseur, dit-on, mais que d’abus à force d’en abuser!
    J’ai horreur des ascenseurs et monte pédestrement les escaliers:il y a de l’espace; c’est aéré et on peut s’arrêter à mi-côte pour discuter.

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