Alizarine et autres brèves

Et si d’un geste, là, maintenant, je sortais mon cœur de sa cage souple, de sa boite d’os déboitables, seriez-vous intrigué ? Oui le sang giclerait en un spectacle peu réjouissant peut-être, mais imaginez les splendides arabesques sur la toile blanche. Imaginez que ces arabesques enchâssent des gouttes d’un vert Véronèse parfait. Cela aurait de l’allure, non ? Et au milieu de ce coeur recouvert de laque de garance, un camaïeu d’automne, de roux, d’or, de feu, de bruns cramoisi. De couleurs si proches qu’il n’est plus possible de savoir où commence l’une ou finit l’autre.  Des couleurs qu’il devient impossible de reproduire à l’identique. Et si vous reculez d’un pas à présent et que vous embrassez du regard tout le tableau, voyez-vous toujours ce cœur sanglant ?

 

Chanteuse de Jazz

Plongée dans la nuit du silence, elle se concentre, elle se ramasse au plus profond d’elle même, à la source de tout, là où tout danse ensemble. Un froissement dans la salle, les chaises qui s’ajustent, le bruit mat d’un verre qu’on repose. Elle sait que c’est à elle. La musique reprend tranquillement d’abord puis enveloppante. La musique la déplie comme un serpent sans charmeur, vertèbre après vertèbre. Les spots l’effleurent, la caressent, dessinant d’elle un pointillé au rythme noir et lumineux. Et quand elle déroule l’ultime cervicale,  sa chevelure flamboyante, jusque là sagement retenue, tombe net comme un rideau de théâtre.

 

Plumes d’ange

Le ciel est blanc, lavé de toutes couleurs. Il attend tranquillement le réveil du soleil. Le ciel est blanc, blanc comme plumes, blanc comme une averse de neige. Le ciel est tout à son silence blanc sur la palette du peintre. Tout à coup, des plumes s’échappent d’un secret oreiller pour une promenade singulière. Elles descendent doucement, virevoltent au ralenti ; pas de course folle, pas de compétition. Juste la douceur de l’air. Certaines s’égrainent dans l’immense robe  du ciel,  d’autres viennent piqueter la crinière de nuages. Toutes finissent leur chemin telles des feuilles d’automne dans un moelleux abandon qui se colore de teintes tendres : abricot de lait, vert timide, rouge adolescent. Les tranches de ciel floconneux  s’assemblent à pans coupés pour devenir robe d’ange.

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5 réflexions sur “Alizarine et autres brèves

  1. …robe de créateur
    est la nudité insensée
    Les plumes d’ange
    peuvent gratter…
    Mais pour les coeurs en vitrine
    prêt-à-porter qui me sied
    Le mien implose et nul le sait

  2. C’est beau d’avoir élu
    Domicile vivant
    Et de loger le temps
    Dans un coeur continu,
    Et d’avoir vu ses mains
    Se poser sur le monde
    Comme sur une pomme
    Dans un petit jardin,
    D’avoir aimé la terre,
    La lune et le soleil,
    Comme des familiers (…)
    Jules Supervielle

  3. moi j’aime bien que tu aies rompu ton jeûne de silence !
    tu as vu « Scribie, la gang » dans ma liste de blogues ? t’as pas envie d’un peu de stimuli à plusieurs ?

  4. Eva, je suis pour libérer inconditionnellement tous les cœurs en vitrine, et les autres !

    Laure, merci ! Tu as raison la rupture du jeune est festive ou n’est pas. J’étais allée voir Scribie mais je me suis laissé intimider… J’y retourne humer les effluves du jour.

  5. si tu veux l’adresse du webmaster JMD ( dans ma liste de blogs aussi) …ou avoir mon sentiment sur cet atelier, n’hésites pas. j’y débute moi aussi.

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