M comme mauve espagnol

Elle a surgi au milieu d’une pile de sœurs et de cousines. Entre deux murs qui coupent l’univers intérieur en deux. J’ai arrêté net de respirer. Émotion immédiate. Elle me prend et me suspend. E-motion. Le corps tout entier s’accorde en une fraction de seconde. L’image s’est déposée sur ma rétine et se distille au dedans dans un silence total, battement de paupière après battement de paupière. Comme si mes yeux étaient devenus un deuxième cœur qui pulse les gouttes de sang à grande vitesse jusqu’au bout de mes capteurs sensoriels.

Je regarde la photo avec un désir fou. Je rêve de me glisser à la frontière ténue des matières qu’elle donne à voir, de sentir la rencontre de l’air et de la matière sur ma peau, de sentir le froid du minéral tangenter la chaleur de l’éclairage, imprégner des particules d’énergies des personnes qui passent là chaque jour, qui sont là sur la photo, parfaitement invisibles. Qui peut encore croire qu’on ne voit bien qu’avec les yeux. On ne voit bien qu’avec la chambre noire de son corps.

L’image est traversée d’une couleur improbable presque mystique. Elle n’existe sur aucun nuancier au monde. Elle résulte d’un tissage de transparences colorées invisibles. Mauve est la seule trace qui reste quand tout a disparu. Impermanence est peut être ce qui la décrit la mieux. Elle est d’un singulier mauve espagnol, construit, bâti, minéral, pas mammifère du tout. Et pourtant elle me bouleverse. Tantôt plume légère sur le visage, tantôt caresse d’un désir sans équivoque, appuyé, qui révèle corps à lui-même, elle réchauffe les couleurs et mes sens. Elle serpente en moi, me vampe, et m’envahit de son incroyable sensualité. Elle me hante sans me tourmenter. Mauve et crème, union du charnel et du spirituel, avatar méditerranéen du yin & yang, elle ranime tout ce qu’il y a de féminin en moi.

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5 réflexions sur “M comme mauve espagnol

  1. Mauve et crème, c’est beau
    toi je te lis et il ne faut pas chercher à trouver exactement de quoi tu parles. Il faut accepter de se laisser posséder par tes phrases et leurs mots,( parfois pas assez spontané et brouillon pour moi, ça me fait peur). Il y a un genre d’autorité dans tes lignes, celle qui demande de se transformer un peu.

  2. Laure, riche ton commentaire ! J’ai envie de tirer plusieurs fils. Il manque sans doute d’abord la photo qui m’a mise dans cet état-là. Mais cela, elle ne sera pas exposé d’ici un certain temps malheureusement. Ensuite c’est drôle que tu pointes sur cette notion d’autorité aujourd’hui. Hier un mai m’écrivait ceci : « on ne pourrait te reprocher que d’assurer un peu trop, que ta perfection risque de renvoyer les autres a leur médiocrité ». Cela résonne hein ?
    Le texte est pourtant écrit très vite, pas retravaillé, à la différence de Furoshiki bis (que j’espère plus accessible maintenant ;-)). Moins je travaille, plus c’est ramassé, obscur, parfois abscons.
    Mais le plus surprenant c’est que ce que tu écris, je l’ai ressenti aussi surtout ton blogue (sur celui d’Eva aussi). Parfois j’ai du mal à m’abandonner à tes mots et tes phrases. Quelque chose en moi veut comprendre, maitriser, mais certains paysages intérieurs ne sont pas accessibles directement, ou plutôt ne font paysage qui si je me laisse toucher. Et alors ton texte me parle de moi, évidement, et moins de toi.
    C’est tout le bonheur de nos différences.
    Merci de tes mots matinaux ! Je t’embrasse.

  3. Un texte qui parle au lecteur, du lecteur…c’est le must…
    Pas facile aussi sur le net, je trouve, car on vient un peu vite, on a pas du tout la même posture qu’en lisant sur du papier, calmement, le corps détendu ( enfin pour ma part). Je crois qu’on en demande « plus tout de suite » à un texte sur le net. Je dis ça car je relis du Murakami, des nouvelles, je m’applique parfois, car je veux lire. Je reprends une phrase, je me cale dans le canapé, je pose, je reviens, je lis avec mon corps délié. Sur l’ordi je ne sais pas faire cela.

  4. Et Merci de ta réponse ! C’est très intéressant de percevoir nos ressentis.
    Dans l’atelier où je participe, des suggestions me sont parfois faites pour modifier une phrase, etc. C’est super, cela me permet de comprendre un peu comment je suis « lisible » et pourquoi je garde tel que ou pas, ce que ça change de modifier une phrase. Par contre je travaille peu mes textes, surtout sur le net. C’est vraiment un grand bazar brouillon, c’est ce qui me plait. Mais…

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