Aimance, la pensée cherche la parole

Non, cela ne la choquait pas de s’arrêter à entendre « gentillesse », comme ça, avec elle. C’était même une façon d’élargir le dedans, d’écarter d’un sourire les murs de l’oppression. Eprouver, grâce à la parole, qu’on est bien d’être ensemble, c’est bon comme un éveil, une joie d’expansion, avec l’autre, pour l’autre, grâce à l’autre. C’est très bizarre et très doux de ne plus se tenir sur ses gardes, d’entrer en…

On n’osait pas dire. Ni amour ni amitié. On n’ose pas. C’est pourquoi elle leur avait suggéré aimance : active, heureuse disposition à aimer. En attente aimante d’aimer.

Elle priait pour que vienne encore et encore la pluie des mots qui faisaient sortir les mots, pousses vertes gerbes et lianes, profuse frondaison qui fait venir la pluie qui fait pousser les mots. C’est ce qu’elle appelait l’aimance.

In L’enfant, le prisonnier d’Annie Leclerc, Actes sud 2003 (un livre magnifique qui raconte le travail d’une philosophe avec des prisonniers lors d’ateliers d’écriture à la prison de la santé)

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3 réflexions sur “Aimance, la pensée cherche la parole

  1. J’ai été visiteuse de prison et j’ai fait beaucoup de bénévolat autour des prisonniers et de leurs famille.
    J’ai correspondu avec un homme, un meurtrier, durant cinq ans.
    Au fil des mois et des ans, j’ai vu arriver cette pluie qui fait jaillir les mots en cascade au milieu de l’enfer-mement.

    Alors non, on n’osait pas dire…
    Mais j’ai connu l’aimance sans savoir que ce que j’éprouvais, que ce que nous éprouvions l’une pour les uns et les autres pour l’une, avait un nom.

    Un bien beau nom.

    Ziggie

    (J’ignore où je pourrais trouver ce livre, il est épuisé partout)

    http://unjourcestpileunjoursefface.blogspot.com/

  2. Ziggie, l’éditeur me confirme qu’il n’a pas de projet de réédition. Si je le trouve en occasion ou caché chez un libraire je te fais signe. L’auteur a animé pendant 15 ans ds ateliers à la santé et à Melun. C’est fort ce qu’elle raconte.
    Je n’ai jamais franchi les portes innombrables d’une prison, seulement par des mots glissés sur le papier dans une enveloppe. C’est une fraction de cette expérience que je raconte dans ce billet là :
    https://tanakia.wordpress.com/2010/05/29/limpossible-photographie-prisons-parisiennes-carnavalet/
    et là, je parle de John et de son apprentissage de l’expression
    https://tanakia.wordpress.com/2009/01/17/sink-or-swim/
    et là encore, je donne la parole à Richard qui explique ce que la correspondance lui a apporté
    http://saveur.blog4ever.com/blog/lire-article-85704-753131-rest_in_peace.html

    Alors oui aimance, heureuse disposition à aimer, je crois que nous en faisons l’expérience intime et bousculante dans le partage de mots et de silences.

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