Pornic - le serpent

Nous sommes deux serpents enlacés qui rampent vers la lumière, chaque mouvement de l’un résonne en l’autre et se propage dans son intimité secrète, inaccessible. Nos bassins dessinent l’infini du plaisir dans une mélopée singulière.

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Aux portes du monde

Nous avons pris le temps de faire connaissance en silence, de nous humer, de nous ressentir au creux du ventre ou des reins, de l’électricité dans l’air réveille les poils endormis sous les tissus de coton. Nous avons bougé, cherché les rapprochements, goûté les éloignements, choisi notre place. Et nous voilà assis en cercle, séparés d’une coudée les uns des autres, les yeux mi-clos. Revenir à ce qui est essentiel pour soi. Pas dans un truc désincarné, non ici, microcosme d’énergies amies neutres ou antagonistes. Ressentir essentiel de cet instant là dans ce groupe là, tout au fond de soi. Sentir ce qui bouge en soi. Sentir le trajet du souffle en soi et le reste. Ce qui murmure, gronde, se détend, se dilate, se contracte.

Et quand le souffle devient tranquille, ouvrir une à une ses portes de perception.  Glisser doucement les mains sur soi pour prendre conscience de son corps, de son volume. Noter si l’essentiel en soi se déplace, change de forme, d’intensité. Écouter le souffle de son voisin et élargir aux sons plus ténus, aux bruissements de feuilles, aux pépiements d’oiseaux. Laisser tous les sons venir à soi, ceux du corps et ceux du monde. N’en retenir aucun, se laisser traverser. Qu’est-ce que cela change au fond de soi ? Sentir l’air sur les carrés de peau dénudés, l’air sur ses sourcils, sur ses paupières, sur les ailettes vibrantes du nez, sur les lèvres, sur les contours du visage, le contour des doigts. Et percevoir les ondulations en soi. Un mot, une image, une couleur, une saveur, un son peut être qui chemine. Maintenant, bien ancré en soi même, ouvrir les yeux et, sans bouger la tête, explorer le monde autour de soi, explorer le regard de ceux qui sont assis en face. Laisser faire, juste noter ce qui se passe en soi.

Au son du tambour s’allonger. Former un cercle d’humains unis par les seuls pieds qui s’effleurent deux à deux. Refermer les yeux et gouter. Sentir ses appuis et gouter. Écouter et gouter. Rentrer profondément en contact avec cette multitude de ressentis. Faire la planche aussi longtemps que cela reste trouble. Aussi longtemps que la peur agite de son bâton la surface de soi, ou les tréfonds de soi. Et si elle persiste la peur, alors rentrer en elle. Regarder avec ses yeux, ses mains, sa bouche, ses dents, ses cheveux. Sentir comment elle est, observer comment elle fait pour s’emparer des sujets, les déformer, transformer leur sens. Devenir familier de sa peur pour savoir la reconnaitre quand elle se déploie à l’intérieur de soi.

Et quand le calme est revenu, ouvrir les bras. Poser une main sur la paume de son voisin, une main sous la paume. Peut être qu’il n’y a qu’une main, que l’autre n’est pas encore prête. Sentir à nouveau ce qi se passe en soi. Sentir comment les deux parties de soi sont reliées , comment l’énergie des autres est reçue en soi et circule. Ou pas. Se mettre à l’écoute des pulsations en soi, des pouls qui se font écho. Observer. Laisser advenir le voyage intérieur en se reposant sur le son du tambour. Le tambour qui résonne dans tout le corps. Sentir où et comment il résonne. Explorer de son souffle les zones qui vibrent moins. Le tambour qui harmonise les vibrations des corps, le tambour qui accorde les mondes. Se laisser guider en aveugle par le tambour sur le chemin des portes du monde.