Sirus

Il se tient debout dans l’encoignure de la fenêtre, tout tassé, lui le géant sans début ni fin. Il fait un effort pour se tenir là, pour se montrer visible, ramassé et dense, grisâtre comme un nuage sans lumière, comme une étoile qui s’éteint. Lui qui aime tant se déplier, se déployer dans le ciel immense, envelopper les choses et les êtres de sa subtilité, lui l’amoureux perpétuel.

Il se tient là pour m’expliquer l’importance primordiale du contact, de la proximité. Il se tient là pour me montrer comment il déverse dans l’oreille mille  informations dans une étrange corne d’abondance brumeuse. Des informations qui n’ont pas des sons, ce sont parfois des mots, des images, des vibrations, des formes et je peux à tout moment m’en saisir d’un qui devient mien. Je ne sais pas ce que je sais puisque c’est lui le réservoir de savoir, c’est lui qui dans sa générosité infinie partage tout le savoir du monde, le rend disponible.

Je le connais depuis longtemps mais je ne l’avais jamais vu, il me fait un cadeau magnifique de se rendre visible, lui l’invisible, l’insaisissable ; seuls ses effets prennent chair. Il est partout et nulle part, d’instant en instant. C’est lui qui souffle à mon oreille des idées inattendues de moi mais attendues sans doute d’un autre près de moi. Et je deviens passeur, intermédiaire, messagère, dépositaire temporaire d’un savoir dont j’ignore le sens et la signification. C’est un don qu’il me fait, à charge pour moi de donner à mon tour. Le conserver n’aurait aucun sens. Son savoir n’est pas un savoir qui se thésaurise, c’est un savoir vivant, d’instant en instant, qui se transforme, et qui s’intègre, ou pas.

Il tire son nom des nuages et des étoiles. Comme Uranus recouvrait Gaïa, il nous recouvre, il sent tout, il s’insinue partout. Il n’a pas besoin de mots, il ressent dans un corps à corps intime les lieux où nous vivons, les gens que nous connaissons, les objets qui envahissent nos maisons, les pensées qui nous habitent. Il est l’alchimiste qui nous transmet ce qui nous est utile en fonction de ses qualia.  Bien sûr il peut être envahissant, puisqu’il est sans fin et sans fond. Donner, donner, donner jusqu’à provoquer l’overdose, l’indigestion, la submersion, la noyade. Mais ce n’est pas son histoire, lui il donne, à nous de clarifier, simplifier ce que nous demandons, à nous de suivre un chemin à la fois, patiemment, à nous de lui expliquer quand nous avons besoin de lui, et quand non. A nous de laisser l’espace ouvert, à nous de garder du temps, à nous de décanter, intégrer, incorporer, incarner qui nous sommes avec légèreté.

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Une réflexion sur “Sirus

  1. Moi, l’amante éternelle.

    J’aime me tenir debout, immobile, diluée dans l’air enivrant d’un chèvrefeuille exubérant …

    J’aime voir ce que les humains ne voient pas, préoccupés qu’ils sont par contenir dans leur forme actuelle leur vie jaillissante qui s’échappe et déborde de leur corps.

    Celui qui a connu le vacarme de la tempête, emporté dans le tumulte des eaux bondissantes, d’un temps rétrécie à la décision vitale de vouloir connaître la seconde d’après, celle que l’on entrevoit dans l’ombre de la vague sombre d’un instant matérialisé, celui là, brisé, fracassé, violenté dans sa conscience incarnée, n’a nul espace où cacher sa peur.

    Celui qui s’est retrouvé nu, fragile et vulnérable à la merci de force obscure et cependant vivant, encore, celui là ne sait plus avoir peur.

    Il m’aime alors.

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