Fleur de….

Il est des lieux qui ressemblent aux routoirs d’antan, sauf que ce ne sont pas des tiges de lins qu’on pose là pour que l’eau et les bactéries fassent leur œuvre, séparent l’écorce et les fibres. Les routoirs modernes ne dégagent pas d’odeur pestilentielle, et ceux qui y travaillent ne transportent pas avec eux la puanteur de leur métier dans leur sillage.

Dans les routoirs modernes ce sont des humains qu’on pose là, qu’on soustrait aux flux de vie ; on les pose là, on les oublie là, on les laisse macérer dans leur jus pour que le temps fasse son œuvre, délite le désir, l’estime de soi, la confiance en soi.  Mais nulle fileuse extérieure ne viendra ensuite assembler les fibres pour en faire un fil, assembler les fils en une bobine qui deviendra drap, chemise, toile, costume. C’est à chaque humain de rassembler les fibres essentielles de sa vie, de les filer pour discerner le fil de sa vie, sortir du routoir et poursuivre son oeuvre.