Les cadeaux de la vie

Aujourd’hui est une journée extraordinaire de cadeaux : un email sur comment mettre de la joie dans sa vie et son travail. Un soleil doré et presque chaud. Une amie artiste qui me donne un feed-back essentiel. Une pâtisserie adorée fermée qui me permet de découvrir une nouvelle tarte aux citrons sublime. Un arrêt dans une boutique de dvd où j’entends un disque merveilleux, coup de foudre immédiat (Katie Melua, piece by piece) pour la voix, l’enregistrement d’une belle spatialité, et les frissons qui montent à l’audition. Écoute en boucle depuis que je suis rentrée chez moi. Une autre amie m’appelle pour partager un moment de pause et de douceur dans sa journée productive de travail. Et puis un visiteur qui arrive sur Tanakia en tapant « livre ecorces voyage dans l’intimité des arbres du monde« . Cela m’intrigue, je tape à mon tour les mots magiques dans google et j’arrive sur les références d’un livre qui transperce l’écorce de mon cœur :

ImageFrère des arbres. Écorce comme papier précieux. Écorce comme un collage abstrait. Écrire en se glissant derrière l’écorce comme je l’ai écrit souvent depuis l’aura des pâquerettes 😉 Et la journée n’est pas finie…

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Collages intérieurs

Entrer dans le monde des collages de Christine Anziani, c’est un peu comme aller marcher dans le salar d’Uyuni en Bolivie. On est saisi par le silence et l’immensité blanche dans laquelle elle fait évoluer ses créations. Salar, ou désert de neige aux cinquante reflets et nuances de blancs d’où surgit un peuple étonnant de diversité. Certains personnages s’arrêtent au noir et blanc, d’autres osent le bleu intense, et puis peu à peu, d’autres émergent à la lumière et à une gamme colorée plus vaste, plus humaine, de terre et de sang.

Ici, une femme bleu nuit marche précipitamment vers un rendez-vous encore secret, quoique. Là, un oiseau philosophe arpente l’espace nu d’un pas grave, absorbé en lui même par ses pensées. Un peu plus loin, c’est le chien de Sherlock Homes qui récapitule l’enquête avant de se lancer à la poursuite d’une drôle de malfrat qui joue les passe-murailles. Si loin, si proche, le roi et la reine veillent sur leur sujet, lui dans un pouvoir fragile, elle dans une écrasante présence. Christine est une découpagiste de haute volée, elle manie le scalpel d’une main virtuose pour créer des personnages avec peu. Ajusteuse de haute précision, elle assemble lignes, nuances, couleurs, matières, et lumière pour réunir les fragments découpés du monde dans une recomposition durable.

(c) Christine Anziani
(c) Christine Anziani

Les collages de Christine sont une forme de recréation des marionnettes indonésiennes du théâtre Wayang. Corps denses et colorés, membres filiformes, réduits à l’extrême et destinés à indiquer mouvements et direction. Chaque personnage, tel une carte de tarot de Marseille, raconte une tranche de vie à qui veut bien s’arrêter pour l’écouter. Chaque personnage s’anime au contact de ses semblables et nous entraine dans un monde aussi intense que celui d’Alice. D’ailleurs le lapin est bien là. Grand chambellan du voyage poétique, du voyage créatif en soi même.Quasimodo côtoie la plus mondaine des parisiennes, Jeanne d’Arc un cheval qui essaie la posture de l’arbre…

Le travail de Christine est traversé par plusieurs thèmes qui se combinent : féminin, double, solitude, et d’autres encore. Solitude intense des personnages qui errent seuls dans leur grand écrin blanc. Solitude essentielle, non pas celle qui fait rester sous la couette pour prolonger l’anesthésie, non, celle qui renvoie à soi, à la concentration de l’expérience, à l’essence de soi. Nous sommes irréductiblement seuls sur cette terre. Seul et pourtant appariés. Et parfois des personnages janiformes, humains ou animaliers, traversent l’espace blanc en nous interrogeant. Qu’est-ce qui est visible ? qu’est-ce qui est invisible ? A la rencontre de qui vais-je ainsi ? Le même en moi ou l’autre ? Le connu ou l’inconnu ? Aller marcher avec les personnages de Christine, c’est prendre le risque de se rejoindre, là où l’on est.

(c) Pali Malom