In vino veritas

Charles Lafay

Quand le vin est tiré, il faut le boire, ou son avatar allemand jetzt stehen die Kartoffeln auf dem Tisch, jetzt werden sie auch gegessen, mais je crois que la barrique est plus esthétique qu’une nature morte aux pommes de terre, aussi cubiste soit-elle. J’aime le travail des triangles orange dans ce tableau qui donne une structure qui s’efface doucement dans la sombreur de la cave aux accents de coucher de soleil d’hiver.

Dans les barriques et la cave reposent les jus de l’année. Ils vont commencer leur lent et patient travail de maturation et de transformation. Ils vont travailler jour après jour au gré des jours de la nouvelle année qui va imprimer sa marque aussi, ses sautes de température, ses humeurs, son humidité ou sa sécheresse. Quelle concentration attendre ou atteindre ?

Je vous souhaite de clôturer en douceur 2014 et de partager de beaux moments avec ceux et celles qui vous sont chers.

Je vous envoie une cascade de flocons givrés pragois pour une année 2015 riche en féerie et en réalisations joyeuses !

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2014 en révision – une année très calme :)

Les lutins statisticiens de WordPress.com ont préparé le rapport annuel 2014 de ce blog.

En voici un extrait :

Un métro New-Yorkais contient 1.200 personnes. Ce blog a été visité 4 000 fois en 2014. S’il était un métro New-Yorkais, il faudrait faire 3 voyages pour les déplacer tous.

Cliquez ici pour voir le rapport complet.

Les cerfs de Saint Nicolas

Samedi soir, une poussière blanche de neige tombe sur la Bohème du Sud et prépare doucement la forêt à des airs de Noël. Dimanche matin c’est merveille, trois centimètres de neige immaculée, caressée par le vent recouvre le sol et les arbres. Transport immédiat dans l’imaginaire de Noël. Bien emmitouflée je sors tôt avec les premiers rayons de lumière contempler la forêt blanchie, nulle trace de pas, nulle trace d’animal, rien que l’immensité blanche jusque à la trouée où un motoski dame la piste pour les enfants. Là le vent se fait plus pinçant.

Retour à la maison pour embarquer la demoiselle réveillée et qui veut profiter de cette neige. Nous savons qu’elle ne durera guère plus d’un jour. Déjà le vent a recouvert mes traces du matin. Je les devine plus que je ne les vois. Nous partons et prenons un nouvel itinéraire qui longe des chalets de plus en plus enfoncés dans la forêt. Et tout à coup je me fige. Je viens de voir au loin une silhouette furtive traverser la ligne d’horizon. Un cul blanc comme je les appelle souvent. Magique. Je suis un peu étonnée parce que nous sommes près des maisons et en même temps le soleil est bien levé et réchauffe l’atmosphère glacée. Hier sur la route pour venir de Prague j’ai plein de groupes de biches au soleil de la fin de matinée, pas bien loin des maisons. Alors pourquoi pas ici. Une autre flamme rousse traverse la ligne. Je me retourne pour stopper mes compagnons de balade et les inviter au silence. Nous sommes à contre vent, un vrai coup de chance. Cela m’a déjà valu de faire nez à nez avec une biche en Aveyron, un chevreuil en Alsace, et de m’approcher très près d’un groupe de biches l’été dernier à une vingtaine de kilomètres de là.

Nous sortons nos appareils photos et glissons le plus doucement possible sur le chemin. Les yeux braqués sur la ligne d’horizon. Je distingue au loin un cerf couché et derrière lui un petit troupeau. Le cerf m’a vu, c’est certain. Il me fixe. Je ne bouge plus et j’attends. Au bout d’un certain temps il reprend sa mastication, le regard ailleurs. Nous reprenons notre un, deux, trois soleil. Cette fois c’est un autre cerf qui nous voit et détale, emportant avec lui le troupeau. Zut. Le premier se lève, tranquille et pas inquiet. Bizarre. Il a un beau port de tête et de beaux bois. Un joli pelage d’hiver autour du cou, comme un cache col. Et tout à coup nous voyons le grillage. Ah un parc. Ok c’est normal qu’ils soient près des maisons alors ! Nous nous approchons du grillage et là nous profitons d’un spectacle insensé. Les deux cerfs jouent à la course, le plus craintif a des bois beaucoup plus développés, un corps beaucoup plus lourd aussi. Ils jouent à course poursuite avec un troupeau de mouflons. Et le premier cerf joue à charger un des deux mouflons mâle, les bois au ras du sol. Nous les voyons courir à toutes les allures, au pas, au trot, au galop. Ils fument de plus en plus ! Ils pourraient aller à couvert dans leur bout de forêt mais non, ils restent là à nous offrir ce spectacle rare et précieux. Les mouflonnes, elles, se désolidarisent rapidement, il faut dire qu’elles sont franchement plus petites ! et vont s’isoler hors du cirque des garçons.

Et puis nous les quittons à regret mais l’immobilité a fait de nous des proies pour le froid, alors nous faisons comme eux, nous nous égayons dans la neige….

Lipno na Vltavu sumava cerf_n