Poireau mon amour

Longtemps j’ai tenu le poireau pour insipide et tout juste bon à imiter les algues dans l’assiette à potage. D’un gris vert terne et fatigué sa texture ne me convainquait guère. Et je l’avalais sans plaisir entre cubes de carottes et dés de pomme de terre. Un jour, ma mère prise d’une inspiration subite, et poussée par le jardin qui prodiguait continûment ses poireaux, décida de profiter de ma passion verte pour la salade pour me présenter le poireau cuit comme avatar possible de batavia cuite. Certes je préfère la salade crue à la cuite, mais soit. Du moment que cela ne ressemblait pas de près ou de loin à l’infâme endive cuite, goûtons ! Une fois la surprise passée, tiens cela a plus de goût que dans la soupe. Mm le côté oignon cuit m’a bien plus. Une batavia aux oignons, comme un deux-en-un tiède avec une vinaigrette légère. Et le poireau est rentré dans ma vie.

Il m’a fallu apprendre à le préparer et le laver parce que le fripon a des talents avérés de dissimulateur. Il aime tellement la terre dans laquelle il a poussé qu’il essaie toujours d’en emporter une poignée quel que soit son voyage. D’abord trancher au ras du bulbe sa jolie touffe de cheveux bien drus. Puis trancher les pointes vert de gris du haut des grandes feuilles. Inciser du tiers du bulbe jusqu’en haut pour libérer la terre retenue captive. Certains coupent le poireau en quatre, je trouve que cela fait perdre toute dignité au légume. Le passer ensuite sous l’eau en glissant ses doigts entre les feuilles pour les séparer et être certaine de bien tout laver. Puis plonger les poireaux dans une grande casserole d’eau bouillante salée, un peu comme les spaghettis, les laisser se ramollir et s’enfoncer doucement afin de les enrouler en escargot pour leur dernier sommeil. Laisser cuire à petit bouillons en surveillant la cuisson comme un gâteau. Le pointe du couteau doit s’enfoncer sans peine et ressortir propre.

Pendant des années j’ai mangé le poireau vinaigrette sinon rien. Et puis un soir, dans ma petite cuisine d’étudiante de Boulogne, l’oignon vint à manquer au moment de faire sauter les courgettes pour le repas du soir très tardif. Gargl. Ni ail ni oignons c’est un sacrilège pour la courgette. Une fois notre dépit consommé, ma coloc et moi avons inspecté le frigo et nous sommes tombées sur une botte de poireaux. Échange perplexe de regards. Puisque cela nous fait si bien pleurer quand on les prépare, cela pourrait bien jouer les oignons d’un soir. Et hop, deux poireaux prélevés, taillés en fines rondelles, petits anneaux défaits et disposés dans la passoire blanche. Grande douche avec bain bouillonnant pour bien éliminer la terre. Égouttage rappelant le panier à salade de ma grand-mère (avant l’invention de l’essoreuse…). Et zou jetés dans l’huile d’olives à peinte fumante, sautés au wok. Pluie de filets de poulets découpés en fines lamelles, puis averse de tronçons de courgettes. Un tour de sel, un tour de poivre, de muscade et hop de la poêle à l’assiette. Un parfum de jardin de printemps en plein hiver. Nous nous sommes régalées…

Depuis la recette a évolué, plus de poireaux, moins de courgettes, parfois du chou chinois à la place de la courgette ; le poulet, lui, cuit à part pour rester ultra moelleux ; une cuiller de sauce soja ajoutée en fin de cuisson pour une touche d’exotisme. Et le poireau sauté inventé un soir de disette est devenu un des best of de la cuisine familiale, la « poêlée de poireaux de Boulogne ».

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Ce billet est une réponse au jeu rigolo proposé par Ariane sur son blog : http://bit.ly/187U8Ne

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2 réflexions sur “Poireau mon amour

  1. J’adore le poireau
    Depuis tout depuis toujours depuis tout ce temps je l’aime toujours toujours autant et Ô Joie lui qui vit avec moi, je ne le savais pas, mais il l’adore.
    La vie serait-elle bien faite ?

  2. Lui et moi adorons itou les poireau sous toutes ses préparations….
    sur que tiède et simple avec vinaigrette c’est ainsi que je le préfère
    quoiqu’une petite fondue de poireaux accompagne aussi à merveille le poisson…
    MMMM!
    bonsoir et bon appétit, mesdames!

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