De l’autre côté de la rue

Le matin commence tôt ici. A partir de 6h30 débute le ballet des voitures utilitaires, boulangers et traiteurs en tout genre d’abord puis camions poubelles spécialisés : cartons, papier et poubelles classiques ; le week-end à cette heure là c’est le ballet des taxis qui font le tour du pâté de maison. Là, j’avoue que je ne comprends pas bien. Bref. 6h30 c’est l’heure de la gastronomie ambulante 7 jours sur 7. Tu vois aussi déjà beaucoup de passants dans la rue. Des femmes et des ouvriers principalement. Les voitures sont encore rares, les chevaux dorment encore, comme les touristes.

Depuis au moins un an le restaurant d’en face « Švejk  » est fermé. Les critiques de Trip Advisor disaient qu’il était absolument horrible… Ce sont des restaurants franchisés, il y en a un peu partout. Le Brave Soldat Chveïk fait partie du patrimoine littéraire tchèque (livre culte de Jaroslav Hašek ). Comme nous Causette ou d’Artagnan.

A Noël des affiches ont surgi sur les fenêtres annonçant des travaux et l’ouverture « soon » de quelque chose. Est-ce que le restaurant va rouvrir ou est-ce que ce sera autre chose mystère et boule de gommes, cela ne va pas vite… Les vitres ont été remplacées par des panneaux de bois et des travaux ont commencé.

En plein centre historique, à 20 mètres d’une des rues les plus touristiques de Prague, à deux pas de la boutique Nes***** de Prague, c’est dire s’il y a du monde (pas les queues de folie de Paris quand même, heureusement). Bon les travaux sont assurés par Doležel. C’est écrit sur la porte, sur les fourgonnettes, et même sur une voiture « sport » de luxe qui vient de temps en temps. Et eux ils embauchent à 7h00 pour un démarrage à 7h30 à peu près, cela dépend quand même des jours. Ils sont une armée de garçons. Certains ont les clés, d’autres non. Certains arrivent en tenue de travail, d’autres non, se changent en arrivant et vont mettre leurs beaux habits à l’abri dans leur véhicule. Certains attaquent à 7h à la bière, d’autres à la clope, d’autres à l’eau. Ce matin un petit groupe est allé prendre un café pas loin. Hier Big boss est passé dans sa voiture de luxe. L’archi sans doute. Lundi certains ont découpé des mètres et des mètres de fils différents, d’autres faisaient du ciment, d’autres encore cachés à l’intérieur faisaient je ne sais quoi. Sachant que la température est à 28 dès 9h le matin et monte jusque 32/35 tous les jours, ils doivent avoir sacrément chaud même si l’immeuble est plein nord. Je n’ai pas réussi à trouver à quelle heure ils font la pause le midi, ni à quelle heure ils débauchent. Quand j’y pense, il n’y a déjà plus personne.

A côté la pizzeria Modrá Zahrada est fermée aussi. Elle a ré-ouvert à Národní třída donc impossible de deviner qui va s’installer là. Aucun signe de travaux pour l’instant.

Un peu avant sept heures, juste avant les premiers ouvriers, la jeune fille de l’immeuble d’à coté (le jaune sur la photo parce que c’était avant le ravalement) sort son chien minuscule, un chihuahua plein de vie. Elle ressort quelques instants plus tard sur son vélo. Chemisier blanc, jupe droite noire, queue de cheval bien lissée et accrochée haut, chaussures noires. Ce matin elle est sortie en tongues noires. Chapeau, faire du vélo en tongues c’est chaud (oui j’en connais qui font de la moto…). Les chaussures sont sans doute dans le sac qu’elle porte…

C’est pareil je ne la vois jamais rentrer. Elle sort par la jolie porte en fer forgé là, à droite du micro bureau de change et de l’ATM. Et tu vois ce n’est plus jaune, c’est terre de sienne clair. Plus classe.

Bon tu vois il y a aussi une cave à cigares et spiritueux (House of Churchill). Luxueuse. Grande comme une cuisine parisienne. Je ne vois jamais personne dedans. Lundi soir, ils (c’était une majorité de garçons) ont décidé de faire la fête. A 20 heures, musique à fond, ils étaient 8 ou 10 à danser avec joie sur cette piste improvisée. Bon cela rentrait et cela sortait assez vite prendre le frais aussi. Ils ont chanté, bu, dansé, chanté, dansé, bu, dansé. Et hop d’une coup de baguette magique tout s’est arrêté.

Et au dessus de cette cave à cigare, il se passe des trucs étonnants, des habitants avec des habitudes rigolotes et une sacrée colonie de moustachus. Mais mais ce sera pour un prochain billet.