Sortie d’obsèques

L’église était pleine, remplie de personnes différentes, témoins des mondes que tu as habités. Des personnes réunies pour t’accompagner dans ce passage, ayant suspendu leurs occupations comme le dit à propos le prêtre. Ta maman, ta femme, tes filles, tes frères et toute ta famille, les familiers de tes mondes professionnels et de tes mondes spirituels. Une belle assemblée.

Dehors le ciel hésitait entre ombre et lumière, ce matin il pleuvait, mais tu es arrivé à l’église sous un soleil radieux, et puis des gouttes de grosse pluie presque de la neige ont accueilli les derniers arrivants.

Ton cercueil tout simple est entré par grand beau, le soleil a irradié par les vitraux ; près de moi un barreau de chaise ressemblait à de l’or pur.

obsèques-fleurs

Sur ton cercueil une magnifique couronne de fleurs blanches et un portrait lumineux de toi. Les yeux pétillants.

Quand le prêtre a ouvert le rite de la lumière, une pluie diluvienne s’est mise à tomber, étouffant la voix du prêtre, je crois même qu’il grêlait…. C’est bien toi cela, célébrer ton passage avec les éléments, invitation à laisser irradier les diamants purs au profond de nos cœurs.

Ceux qui ont préparé la cérémonie ont choisi deux textes, l’un de St Jean qui ne m’est pas familier, l’autre est un de mes psaumes préférés (Ps22) lu avec tant d’émotion et de tendresse par un de tes proches :

Le Seigneur est mon berger :
je ne manque de rien.
Sur des prés d’herbe fraîche,
il me fait reposer.

Il me mène vers les eaux tranquilles
et me fait revivre ;
il me conduit par le juste chemin
pour l’honneur de son nom.

Si je traverse les ravins de la mort,
je ne crains aucun mal,
car tu es avec moi :
ton bâton me guide et me rassure.

Tu prépares la table pour moi
devant mes ennemis ;
tu répands le parfum sur ma tête,
ma coupe est débordante.

Grâce et bonheur m’accompagnent
tous les jours de ma vie ;
j’habiterai la maison du Seigneur
pour la durée de mes jours.

Les prières universelles n’ont pas été lues par tes proches, étonnant, cela m’a donné une impression de froideur inhabituelle à ce temps de prière en commun. J’aurais aussi aimé un temps de fraternité et de paix entre les présents. Se serrer, se tenir chaud, se serrer les coudes. La célébration c’est aussi un temps de consolation ensemble, croyants ou non, un temps pour faire place au mystère de la vie, de la mort.

Après l’absoute du prêtre nous avons été invité dans un joyeux bordel à venir te dire A Dieu, qui avec un rameau de buis, qui avec un aspersoir.

J’ai appris que tu chantais, je ne le savais pas ou je l’avais oublié. Et j’ai trouvé l’absence de chant encore plus triste encore pour cette célébration d’au revoir. Alors, en rentrant chez moi, rien que pour toi et moi, je t’ai chanté le chant religieux de Jean-Claude Gianadda que j’aime tant :

Trouver dans ma vie ta présence,
Tenir une lampe allumée.
Choisir avec toi la confiance,
Aimer et se savoir aimé(e).

Croiser ton regard dans le doute,
Brûler à l’écho de ta voix.
Rester pour le pain de la route,
Savoir reconnaître ton pas.

Trouver dans ma vie ta présence…

Brûler quand le feu devient cendre,
Partir vers celui qui attend.
Choisir de donner sans reprendre,
Fêter le retour d’un enfant.

Trouver dans ma vie ta présence…

Ouvrir quand tu frappes à ma porte,
Briser les verrous de la peur.
Savoir tout ce que tu m’apportes,
Rester et devenir veilleur.

Trouver dans ma vie ta présence,
Tenir une lampe allumée.
Choisir avec toi la confiance,
Aimer et se savoir aimé(e).

 

Une bougie brûle dans mon salon, le ciel est rose,
ton corps brûle non loin de là,
et toi tu es là avec nous, invisible et présent,
pour autant que nous te fassions une place.

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3 réflexions sur “Sortie d’obsèques

  1. Jean-Claude Gianadda encore 🙂

    Qu’il est formidable d’aimer, qu’il est formidable, qu’il est formidable d’aimer, qu’il est formidable de tout donner pour aimer.

    1. Quand on a que ses mains à tendre ou à donner
    quand on n’a que ses yeux pour rire ou pour pleurer
    quand on n’a que sa voix pour crier et chanter
    quand on n’a que sa vie et qu’on veut la donner.

    2. Quand on a que sa peine à dire ou à cacher
    quand on n’a que ses joies à taire ou partager
    quand on n’a que ses rêves à faire voyager
    quand on n’a que sa vie et qu’on veut la donner.

    3. Quand le pain et le vin ont goût de vérité
    quand il y a dans la nuit ce pas qu’on reconnaît
    quand on regarde ensemble vers le même sommet
    quand on n’a que sa vie et qu’on veut la donner.

    4. Quand il y a sa présence pour vivre et espérer
    quand les chemins du risque s’appellent vérité
    quand les quatre horizons conduisent vers la paix
    quand on n’a que sa vie et qu’on veut la donner.

  2. ces deux chants, je les ai beaucoup chantés et accompagnés à la guitare , dans ma première vie , lors de messes et célébrations auxquelles je participais avec un ami guitariste lui aussi … ça faisait longtemps que je n’avait pas lu ces paroles, oui ce sont de beaux chants , et tu as raison mille fois: il y a besoin de musique pour escorter défunts et vivants lors de ces rites de passage ..la musique donne sens et réconforte.

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