Rosita

Début février, il faisait froid et la pitance était maigre. Un beau matin, je vois un merle posé sur le balcon. La première fois depuis que je vis là. Autant dire la crue du siècle. Joie immense, j’adore les merles. Il attaquait la gaulthérie couchée qui a de jolies baies rouges. Cela ne lui a pas trop plu finalement. Alors je lui ai mis des trognons de pommes, de poires… Ce n’est pas lui qui les a mangés, mais un matin j’ai vu une merlette dans l’assiette. Les mésanges lui ont emboîté l’aile et sont venues inspecter le balcon. J’ai dégainé mes graines de tournesol. Et hop elles se sont empiffrées. Mode mésange hein ! dix graines et elles sont repues. Alors sont arrivés les pigeons, nos éboueurs urbains que j’ai chassés parce qu’ils ont déjà tenté de nidifier dans les pots vides de fleurs. Et qu’un nid de pigeons c’est un cauchemar. Le merle n’est pas revenu pendant deux mois, il s’est pointé il y a quelques jours, suivi de moineaux qui passaient eux aussi pour la première fois. J’habite au 5 étage, cela explique sans doute. L’an dernier une dame pinson était venue mourir sur la chaise où je lis. Etrange découverte.

Entre temps, j’ai installé une planche en bois sur la rambarde (une couvertine ne zinc pour être précise), tu sais une planche de caisse à vin toute pourrie, et en dessous sur le porte-jardinière, j’ai installé de l’eau avec un peu d’alcool cet hiver pour ne pas que cela gèle. Pas mal d’oiseaux sont venus boire.

Les mésanges sont venues, les pigeons aussi. Boire et manger. Et les pigeons sont des éboueurs aspirateurs. Cela ne pouvait pas durer. J’ai donc installé la mangeoire à mésanges dans un château fort uniquement accessible aux mésanges, avec de grandes herses pour les pigeons qui se sont battus quatre jours jusqu’à ce que mon installation soit robuste. Et puis ils ont capitulé. Tous sauf une. Rosita. Elle se perchait droit devant moi sur la planche et me regardait de côté. Quand je la regardais, elle sautait au sol pour récupérer les restes des mésanges en me fixant de son oeil orangé. Elle m’a fait son cirque plusieurs fois. J’ai craqué, je suis allée acheter des graines à pigeons et je lui en ai donné. Et je lui en ai donné à peu près deux fois par jour.

Un jour débarque un autre pigeon que je chasse, il revient, je le chasse, il revient, je le chasse, il revient, me regarde et se met à marcher sur une seule patte. Comique. Je le chasse encore en le traitant d’affabulateur. Je t’explique : Rosita est handicapée, elle a une patte normale et un moignon de patte (il lui manque tous les doigts). Et lui ce pigeon culotté tentait de se faire passer pour Rosita, mais ils n’ont pas du tout la même couleur. Je ne suis pas spécialiste es pigeons mais elle est assez spéciale, tandis que lui ressemble vraiment à un pigeon standard.

Un fois l’intrus chassé, arrive Rosita à qui je donne des graines, et qui je vois arriver ? Le comique de service qui joue deux pattes, une patte. Et Rosita le laisse manger dans la gamelle alors qu’elle chasse toutes les autres pigeons. Ah, l’affaire se corse, Rosita a un boy friend, mon stock de graines va descendre deux fois plus vite. Pour bien faire passer le message, sitôt les graines avalées, Rosita entreprend de bécoter copieusement son amoureux. Ok, ok, message reçu, c’est ton copain et je ne dois pas le chasser. Oui mais comment le reconnaître lui, lui ai-je demandé à Rosita.

Quand il est tout seul, il tente le numéro de séduction sur une patte. A ce moment là, je le regarde attentivement pour voir si c’est vraiment lui (ben oui parce que je me suis fait flouer déjà une autre fois). Maintenant c’est devenu plus facile, je le reconnais, il a les plumes de queue très abîmées comme si elles avaient été collées et qu’il avait arraché ses plumes en force d’un truc collant (j’ai vu depuis que certaines personnes mettent des pièges à colle pour les pigeons, je ne serai pas étonnée que cela soit ce qui lui est arrivé, mais je ne connais pas le cycle de vie des rectrices donc je ne sais pas quand elles repousseront). Pour l’instant son bord de queue est et dentelé au lieu d’être parfaitement gris et arrondi, ce qui ne l’empêche pas de très bien voler.

Avec le temps Rosita s’est familiarisée, elle me reconnaît, et ne s’envole plus quand je sors sur le balcon lui verser des graines ou de l’eau. Le matin je n’ai pas le temps d’ouvrir la porte-fenêtre qu’elle est déjà posée, près de l’écuelle, prête à attaquer le petit déjeuner. Depuis début avril j’ai décidé de réduire les portions et de ne lui donner que le matin, les premiers jours elle a fait la comédie des miettes de mésange, et puis maintenant elle s’est résignée. Elle passe dans l’après midi, se pose sur le balcon fasse à moi, me fixe et sonde ma résolution. Elle a une manière unique de tourner et bouger la tête pour tenter de lire dans mes pensées ou dans mes gestes ! Après un moment elle repart. Mais si j’ouvre la porte-fenêtre, elle arrive dans un froufrou de plumes en moins de cinq minutes. Quant à son pigeon préféré, c’est beaucoup plus aléatoire, il s’envole, il a bien compris que je ne le distinguais pas bien et qu’il n’était que toléré.  S’il arrive avant Rosita, il se poste entre mon balcon et celui du voisin et attend. Visiblement c’est elle qui mène la danse…

 

4 réflexions sur “Rosita

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