Maitre Goupil

Crédit photo : Roeselien Raimond

Cela faisait trois jours qu’il laissait des cadeaux odorants en des endroits stratégiques : à l’angle de la maison est, puis ouest, à l’angle du chemin d’accès. Je me demandais qui il était pour avoir autant de noyaux de cerises dans ses selles, autant de vers, et surtout autant de graines de … je me demande d »ailleurs encore bien des graines de quoi. J’avais bien pensé au renard mais depuis un an, il était parfaitement invisible à la différence de nombre d’autres habitants sauvages de ce coin de terre. Ce ne pouvait être le beau chat haret roux, pas les lérots non plus, ni les chevreuils, pas un chien errant, pas un blaireau, pas un humain. Et puis un beau matin, j’ai levé le nez et je l’ai vu par pur hasard à la lisère de la forêt. J’ai même d’abord cru à un loup tant je le trouvais grand et pas très roux. J’ai filé chercher mes jumelles à oiseaux, je me suis calée à l’abri et je l’ai suivi du regard tout le long de son inspection matinale. Il vérifiait de ci de là quelques odeurs, mais surtout il relevait le museau fréquemment histoire de contrôler visuellement les informations du radar olfactif. Je n’avais jamais vu si gros renard, avec une tête massive. Je me suis dit que c’était sans doute un mâle. Il s’est arrêté plusieurs fois pour se gratter avec les pattes arrières, la tête toujours en alerte. A l’angle de la prairie, il s’est assis un instant, embrassant son territoire du regard puis il a repris sa déambulation au pas jusqu’au chemin d’accès. Je m’étais accroupie là, à trente mètres, à couvert des arbres en espérant bien qu’il passe dans la zone dégagée. Le vent soufflait de lui vers moi me protégeant un peu. Il s’est arrêté au bout du chemin, s’est assis, puis nos regards se sont croisés. Intimidant. Je m’attendais à ce qu’il détale, mais non. Il est resté là tranquillement sans me quitter des yeux, puis il est reparti paisiblement en trottinant, droit sur la forêt. Il est revenu le lendemain vers la même heure, mais cette fois il est venu dans le jardin, il s’est assis dans l’herbe à l’aplomb de la fenêtre où la pic épeiche s’est assommée quelques jours plus tard. J’imagine qu’il a laissé dans les hautes herbes de cette zone un autre cadeau parfumé de sa composition. Je l’ai revu une troisième fois en fin de journée, juste après la chute du soleil, à nouveau dans le champ en direction de la forêt. Quelques minutes plus tard, un brocard et une chevrette se sont présentés en lisière de forêt, quasiment au même endroit que lui, là où je l’avais aperçu la première fois. Ils ne sont pas restés longtemps. C’était jour de fête. La nuit qui suivit fut moins festive, mais c’est une autre histoire.

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4 réflexions sur “Maitre Goupil

  1. Je me demande s’il ne voulait pas que tu le suives… parce que quand on voit un renard aussi longtemps c’est qu’il accepte d’être vu. Il te savais là (grâce à son radar olfactif (j’aime bien)). Enfin c’est bien difficile à comprendre un renard

  2. Damned j’avais raté ce récit !
    Merveille !
    Bien des aventures t’attendent encore et encore
    Tu tiens un carnet de bord, de la vie animale en tes lieux ?

    Avant de vivre en Drôme Isère je n’avais jamais vu de renard.
    Le premier en Chartreuse, en voiture avec une collègue, en plein jour, tout tranquille.
    Au retour…à la tombée du jour, le long de la route précisément longeant ma maison, quoi ? Renard. Montant sur le talus, allant en mon jardin, le temps que je monte l’allée avec la voiture, bien sûr, plus personne.
    Mes voisins, de l’autre côté de la route, avaient des poules..

    Un autre jour, nous étions deux, on a croisé un renard peu roux. Je dirais qu’il nous a croisées
    Juste au dessus du village, sur un sentier entre deux hameaux, on était bluffées, il nous savait là, il avait choisi de continuer sa balade en dessous de notre sentier, dans le champ entouré de bois. Une vingtaine de mètres en contrebas, lui, nous faisant un cadeau. Nous immobiles, enchantées.

    Comment ça ?!! Mme pic Epeiche s’est cognée ?

  3. Carnet de bord oui, journal de campagne non, je pense que je pourrais et que ce serait bon pour délier la plume. Je viens de lire que les lézards sont un des prédateurs de la tique. Je vais leur faire un hôtel ****. Ils ont un abreuvoir et massage à distance à la demande, pas mal déjà ;). Je vais voir si dame couleuvre est demanderesse aussi.

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