Edouarde

 Edouarde

Salut c’est Edouarde ! J’habite à la campagne dans un coin super tranquille. De temps en temps selon le vent il monte de drôles de bruits de la vallée ou dans le ciel, un peu comme les jours d’orage quand cela tonne et cela éclaire. Notre feu d’artifice écologique. Je ne sais pas trop ce que c’est et je n’ai pas envie de savoir, ou pas envie de me taper la marche à pieds jusqu’à la vallée pour tirer cette histoire au clair. Et ne pas savoir me va très bien.

En avril dernier, je me faisais bronzer les moustaches dans la glycine, à me shooter aux effluves des grappes de fleur violette quand je vois arrive un drôle d’animal à deux pattes. Sang chaud. Odeur corporelle. Plein de couleurs comme un bouquet de fleurs. Et elle se met à parler, oui c’est une fille, à odeur c’est facile à savoir si c’est un garçon ou une fille ! Et je crois bien que c’est à moi qu’elle parle parce qu’elle me regarde dans les yeux et que je comprends à peu près ce qu’elle me raconte. On ne parle pas la même langue mais l’essentiel cela passe toujours. Je vois bien qu‘elle est à la fois ravie et contrariée. Je ne sais pas comme elle réussit cela, moi je n’y arrive pas, pourtant je m’entraine. Ravie de me voir, d’ailleurs elle me dit que suis très belle, mais me traite de crapule au passage et m’explique que bon ben il faudrait que je bouge parce qu’elle va faire sa coupe de printemps à la glycine. Oui mais moi je ne suis pas d’accord parce que qui dit coupe de printemps, dit disparition de ces grappes violettes enivrantes. Et cela pas question, déjà que la saison ne dure pas très longtemps, alors non on ne raccourcit pas la glycine. Elle tient des ciseaux très impressionnants dans ses mains, un taille-haie me dit-elle devant ma moue dubitative. Elle insiste, et me dit que je serai avisée de bouger parce qu’elle va tailler et que si je reste là je risque de tomber. J’aimerais bien garder les fleurs mais elle est intraitable. Non les grappes sont toutes dans le passage, et avec toutes les abeilles et les bourdons, ce n’est plus possible de passer. Là c’est trop, elle veut bien laisser les grappes du haut mais c’est tout. Bon ben alors je sauve quelques grappes du carnage, mais cela me fait mal au cœur. Et puis elle me regarde et me dit que je suis bizarre à ne pas m’enfuir et à rester là tranquille. Ben pourquoi je m’enfuirais ? M’enfuir de chez moi ! Bonne blague hein ! Bon d’accord chez elle aussi sans doute vu que son odeur est dans la maison, elle dort quelque part sous mon nid dans un grand machin rectangulaire avec juste un morceau de tissu. Il n’a pas l’air très confortable. La pauvre je la plains, le mien il est top : des branchages, des grandes feuilles sèches, des morceaux de papier, des morceaux de polystyrène vert (trop beau comme couleur !), des grandes herbes sèches et de la mousse, cela c’est merveille. Cela sent bon et cela chatouille quand on se glisse dedans. L’intérieur est tapissé de poils, de plumes (merci les chats et les oiseaux) et d’herbes douces. Un paradis.

Elle a quand même ratiboisé la glycine, si, si, super dégarnie au pied, taillée de partout et attachée pour qu’elle monte sur la façade. Mais la glycine c’est une rebelle, dès que l’animale est partie, elle s’est détachée pour refaire sa vie comme elle aime de sauvageonne. Elle pousse en épaissuer la glycine, elle s’en fout des envies de hauteur de la deux pattes.

Je ne vous dis pas la semaine dernière (oui bon deux mois plu tard) la tête de la deux-pattes quand elle est revenue et qu’elle a vu la glycine. Elle ne pouvait même pas ouvrir le volet ! Je me demande à quoi cela lui sert. Moi je rentre et je sors par la charpente du toit, pas de glycine, pas d’ennui, c’est toujours ouvert. Pratique ! Bref, ni une ni deux elle a retaillé la glycine. Je n’ai rien dit vu que les fleurs il n’y en avait plus depuis longtemps.

L’autre jour j’entends des grands bruits en bas de la maison, alors ni une ni deux je sors du toit, je me faufile sur la poutre, je descends le mur et je vais me poster en embuscade près du spot, heureusement il était froid. Faut se méfier parce que cela peut être brûlant ces trucs-là. Et je me tords la tête et le cou pour essayer de voir ce qu’elle fait. Peine perdue, mais je tente de me rapprocher et elle me découvre sur mon perchoir. Elle éclate de rire : ah et bien tu ne manques pas d’air toi, on peut dire que tu n’es pas farouche du tout ! Oui oui pas farouche mais il ne faudrait pas qu’elle se rapproche de trop quand même. Je la laisse faire une photo, cela a l’air de beaucoup l’amuser mais après quand elle se rapproche, pschitt, je cours ventre à terre jusqu’au mur que j’escalade. Pas de chance je rate une prise et je dévisse. Ouille cela fait mal. Bon elle n’en profite pas, elle me plaint un peu. Je reprends l’ascension du mur et je me tapis tout en haut. Là à trois mètres du sol, cela va mieux, je peux la regarder à mon tour. Elle refait une photo et là elle m’explique qu’elle a un problème avec moi. Moi la plus délicate des loirs (glis glis en latin c’est beau…) ! Elle râle parce que je fais un boucan d’enfer la nuit, que je cours partout, que je mets des fientes partout et que je pousse des cris dignes d’un film d’horreur sans compter que je bouffe l’isolant du toit. Elle m’a parlé d’amiante aussi mais là je n’ai pas compris si elle me reprochait d’en manger ou pas. Bon évidemment je comprenais bien ce qu’elle m’expliquait. Et en même temps moi je ne râle pas quand elle écoute sa musique à l’heure où je dors, ou pire quand elle passe l’aspirateur. Je suis polie, je ne dis rien. Bon bon je lui dis. Je vais voir ce que je peux peut faire. A ce moment-là elle remarque Valladolid sur la poutre qui suit la conversation. Lui il est là depuis plus longtemps que moi. Les deux pattes il s’en tient à distance. Valladolid je l’avais vu depuis le début mais motus et bouche cousue je n’ai rien dit. Alors les deux pattes se met à parler aussi à Valladolid qui écoute poliment deux minutes et basta, il repart sous le toit la plantant-là. Cela ne peut plus durer qu’elle me dit (et j’ai envie de dire Maurice ! mais je sais qu’elle ne s’appelle pas Maurice). Elle finit par reculer et j’entreprends alors de rentrer chez moi mais je suis arrivée par un nouveau chemin alors je ne reconnais pas très bien le passage. Cela me prend un peu de temps mais je réussi à regagner la poutre centrale et hop je disparais dans le toit.

Bon pendant quelques jours avec Valladolid, on a évité de faire trop de glissades effrénées la nuit. On s’autorise juste quand les lumières sont allumées mais dès qu’elle éteint, on arrête ou alors on sort. Là je sais qu’on fait du raffut mais bon c’est dehors, et dehors elle a dit qu’elle n’avait rien à dire même si elle n’aime pas nos cris et grondements. Et puis on n’est pas les seuls à faire du boucan, il y a aussi les hulottes que je n’aime pas du tout personnellement. Quand je les entends mon sang se glace.

Hier après-midi j’avais envie de me dégourdir les pattes, il ne faisait pas trop chaud, je me suis dit qu’un peu de voltige sur poutre serait agréable. Ni une ni deux me voilà sur la poutre, oui mais je glisse et badaboum je tombe par terre. Je l’entends sursauter à côté, et s’écrier non mais ce n’est pas possible qu’est-ce que vous fichez les loirs (elle sait que je suis un loir, au début elle m’avait confondu avec un lérot, mais nous les loirs on est beaucoup plus beau !). Et là voilà qui arrive dans le salon, elle regarde sur le spot, on je n’y suis pas, je suis maline quand même, mais elle écoute et m’entend bouger alors elle lève les yeux et me voit installé sur l’accoudoir du fauteuil en osier (non je ne l’ai jamais mangé lui, pas vrai, pas de fausse accusation je vous prie). Elle vient à ma rencontre, j’ai un peu peur mais je ne me démonte pas, je tends mon nez vers elle. Elle s’arrête. Je pourrais presque t’attraper, te prendre par la peau du coup elle me dit. Dommage que je n’aie pas la cage avec moi. Et là elle me dévoile son plan démoniaque, nous attraper avec Valla et nous relâcher à plus d’un km. J’ai objecté que c’était cruel, elle m’a dit moins que de mettre du poison et puis que c’est encore le bon temps pour faire un nid, en septembre elle est d’accord ce serait un peu tard. Oui mais moi je n’ai pas du tout envie de déménager tu comprends. Et là elle m’explique que la maison va être en travaux bientôt, qu’il n’y aura plus de portes et de fenêtres, qu’ils vont démonter les cloisons (mais où est-ce que je vais me planquer moi ?) et peut être plus de toit, ah zut non cela ne va pas, et que ce n’est pas possible de rester là. Je trouve que c’est un peu exagéré comme réponse à nos glissades et cris nocturnes. Mais elle me dit que cela n’a rien à voir, les loirs cela vit dehors mais pas dedans, pas dans les maisons, ni dans les toits des maisons, que ma place c’est dans les houppiers des arbres pas entre deux poutres en pins. Je n’ai rien dit mais je ne sais pas si elle sait qu’il y a des fourmis là-haut aussi je ne sais pas comment elle compte les attraper elles ! Je suis contrariée elle avait l’air très sérieuse. Tellement sérieuse que le soir même elle a installé une nasse pour essayer de nous capturer. Alors je boude. Là elle est entrain de taper sur des touches bleues, je suis sortie sur la plateforme pour lui dire que j’étais toujours là. Elle a mis un temps à me sentir mais elle est venue me dire bonjour, bon quand même, elle est polie. Je verrai bien si la nasse avec l’abricot tentant est toujours là dehors. Je vous tiens au courant.

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2 réflexions sur “Edouarde

  1. Très bien ce billet… c’est quand même un peu étonnant un loir aussi familier. ( je ne sais pas il n’y a pas de loir ici) Pas sur qu’un Km suffise… enfin ici pour les écureuils, il en faudrait au moins 5.

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