En voiture Camille ! (Cercando Camille)

Bindu de Stoppanni fait un pari ambitieux, donner à voir la maladie d’Alzheimer à travers les yeux d’un aidant, en l’occurrence Camille, sans pathos. Ancien reporter de guerre en Bosnie, son père Edoardo a des moments d’absence durant lesquels il ne la reconnait plus, mais surtout il cherche Camille. C’est une question de vie ou de mort, et il ne s’agit pas de sa fille Camille. Camille fait tout pour aider son père, elle en perd son boulot, tandis que son frère n’a qu’une idée, le mettre en maison de retraite.

Un jour Camille décide d’arpenter littéralement les routes de la mémoire de son père en l’emmenant avec elle en Bosnie. Elle a reconstitué un itinéraire et laisse les flashes de son père faire le reste. En chemin elle rencontre un auto-stoppeur violoncelliste et nomade que son père prend pour son ancien interprète. Et les voilà partis tous les trois à la recherche de la mystérieuse Camille disparue, dans un road movie inhabituel.

De l’histoire je ne dirai rien de plus sinon que la scénarisation est un peu inaboutie, les séquences pas très liées ni forcément très vraisemblables. Je ne sais si c’est une manière d’essayer de nous donner à voir la mémoire fragmentée et l’incessante recomposition du monde intérieur d’Edoardo ou si ce sont juste des fragilités de scénario.

Je n’ai pas l’expérience de cette maladie et de ses ravages tant pour la personne malade que pour ses proches. Je sais seulement combien c’est épouvantablement éprouvant et difficile. Et il me semble que ce film, à petites touches, montre bien cela. Tantôt Camille me touche, m’attendrit, tantôt elle m’exaspère, et pour autant je la comprends. Tantôt elle est dans la compassion, tantôt elle flirte avec la maltraitance tant les aléas de la vie peuvent la mettre hors d’elle parfois. Je comprends qu’elle se débatte autant, qu’elle ne puisse accepter que son père sombre, qu’elle ne puisse accepter qu’elle ne peut pas l’aider au fond, que ce soit si douloureux d’être confronté à des pans entiers de la vie de son père qui lui sont inconnus. Et le naufrage d’Edoardo est poignant, tout bascule en une seconde, tout revient en une seconde. C’est épuisant pour un enfant, même adulte, de ne jamais savoir qui est en face de soi. C’est plus simple pour le tiers étranger, le violoncelliste, qui accepte de lâcher pied et se perdre avec Edoardo dans sa mémoire, parce qu’au fond ce n’est pas si grave et que cela ramène du calme dans le tumulte d’Edoardo.

La vie s’invite au détour des routes, des rencontres, dans ce qu’elle a de plus simple et puissant, de plus « pulsionnel ». La vie se célèbre au présent et c’est sans doute là que Camille a le plus de chance de pouvoir rencontrer son père. Instant après instant.

Personne n’a raison ni tort, chacun se débrouille avec qu’il est et ce qu’il peut supporter. Et moi spectatrice j’ai mes larmes pour rester en contact avec la douceur au fond de moi, rester touchée par la part d’humanité fragile de chacun.e et ne pas tomber dans l’effroi.

en replay sur Arte jusqu’au 28 février
https://www.arte.tv/fr/videos/070742-000-A/en-voiture-camille/

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