Dans la forêt (Into the forest)

Avec ce livre d’anticipation, Jean Hegland nous fait plonger dans une forêt, ou plutôt au bord de la forêt, à la lisière, zone la plus riche pour les biotopes, lieu de coexistence d’êtres des deux mondes, lieu de contact, de dangers et de merveilles. La forêt ne se laisse pas apprivoiser si facilement ; belle ténébreuse l’hiver, elle devient plus hospitalière au printemps. Forêt étrangère, perçue comme dangereuse, qui devient amie après l’apprivoisement, après que les jeunes filles se glissent en elle comme on se glisse dans un vêtement, forêt qui se révèle aussi nourricière pour qui sait reconnaitre une plante d’une autre.

Le roman commence avec deux sœurs qui vivent dans une maison en bord de forêt, loin des plus proches voisins. La civilisation s’est doucement effondrée – l’électricité, la nourriture, l’essence ont progressivement fait défaut. La mère est morte, puis le père et les deux sœurs adolescentes ont dû apprivoiser leur nouveau monde, apprivoiser leur nouvelle relation et leur manière d’être ensemble et d’être au monde. Elles se débrouillent comme elles peuvent pour survivre et tenter de réinventer une vie « normale » alors qu’elles sont coupées de tout. Elles sont réduites à elles-même et doivent tout réapprendre à partir de leurs propres expériences, et apprendre à se nourrir seules de la forêt autant que de leur potager.

L’histoire est racontée à travers le personnage de Nell qui quitte progressivement le monde insouciant de l’enfance, traverse les épreuves de la vie, murit doucement, en souffrant terriblement de son besoin d’exister dans les yeux d’une autre personne – son père, sa mère, son copain, sa sœur. Nell apprend tout à partir des livres. Eva est à l’inverse de sa sœur un feu follet bien ancré en elle-même et dans son corps. Nell veut faire des études supérieures, Eva de la danse. Autosuffisante, plus prompte à expérimenter d’abord et réfléchir ensuite. Entre les sœurs, deux visions du monde s’opposent, l’une plutôt fourmi l’autre plutôt cigale.

Jean Hegland ne nous enseigne pas un guide de survie, l’approche survivaliste n’est pas son propos, elle nous questionne plutôt sur nos choix de vie, et nos critères de choix, nos priorités, l’importance que nous accordons aux autres, au tissage de lien, à prendre soin de nos relations avec nous-même et nos aimé.e.s.. Elle revisite aussi les savoir faire anciens, savoir faire de peuples premiers bien plus accordés à leur environnement que nous-même.

L’autrice s’appuie sur la forêt, sur la maison, pour nous faire gouter ce qu’elles ont de spécifique. Ce ne sont pas une forêt anonyme et une maison parmi d’autres, non, ce sont deux entités qui ont leur vie propre, leurs vibrations, et leur accordage particulier. Et visiblement,  toutes nos cordes n’ont pas la même sensibilité pour détecter les menues variations de notre environnement ;  et nous n’avons pas les mêmes facultés pour savoir « lire » nos sensations aussi surement que des mots.

 

Décidément Gallmeister publie de beaux auteurs de la veine du Nature writing, dans de beaux livres très bien brochés, résistants et très agréables à tenir en main.

Jean Hegland, Dans la forêt, Gallmeister poche, 310 p.
http://jean-hegland.com/writing/

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