Le jardin des surprises

JardinSurpriseswebPali Malom reprend du service…. et expose quelques oeuvres (techniques mixtes) grâce à la complicité bienveillante de la Vie. Toutes les belles choses qui réussissent résultent souvent de rencontres aussi inattendues que fécondes. Cette fois encore. Merci la Vie !

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C’est l’herbe qui sent

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Cent éléphants sur un brin d’herbe, mille gouttes de rosée de colliers des princesses matinales, mille baisers frais déposés sur les pieds, mille arc en ciels minuscules au ras du sol, mille lucioles qui se souviennent, bref la vie qui s’égoutte dans l’herbe.

Trois brins d’herbe couverts de rosée
Le premier pour caresser ton front
Le second pour rafraichir tes yeux
Le dernier pour poser sur ta bouche
Et la prairie tout entière pour me rappeler tout cela.

 

La fin de l’histoire

Souvent les enfants ne sont pas pressés de connaître la fin de l’histoire. Ils ont même une délectation suprême à inventer une fin qui rebondit de soir en soir et se renouvelle sans cesse. Chacun écrit la sienne, ni vraie ni fausse, simple témoin d’un instant posé, déposé, partagé. Les enfants ont cette singulière capacité à s’absorber dans leur histoire, entièrement. Rien ne peut les en sortir.

Certains philosophes s’interrogent sur la fin, entre ceux qui pensent que l’histoire est finie, que rien n’arrêtera plus l’avènement de la démocratie et ceux qui pensent que non. Entre les Occidentaux qui se représentent le temps comme linéaire et les Orientaux comme cyclique. De quelle fin s’agit-il quand on évoque une droite : de l’infini où la droite rencontre toutes les autres droites, indifférenciée ? Et le cercle, c’est quoi la fin du cercle : la fin du geste, la fin du regard, l’hypnose, le sommeil?

Vincent J Stoker propose une fin de l’Histoire sans mots. Six images posées, déposées, accrochées sur les murs d’une galerie parisienne du marais. De grands murs blancs nus, nus, nus. Un éclairage polaire pour mettre en scène la fin de l’histoire, l’effacement d’un monde. Mais quel monde ? Celui du sculpteur de lumière ? Celui du poète sensible à la seule présence des choses, qui ne saisit rien sinon l’effacement en route ?

Une baleine échouée exhibe ses fanons blancs immaculés. Nous voilà à la merci de la langue et des mots de la baleine. Elle nous écrasera sur ses fanons pour mieux nous avaler. Elle nous invite à nous glisser dans sa panse pour penser Jonas. Jonas, invité à se retirer du monde trois jours et trois nuits, invité à se retrouver, se recentrer avant d’être expulsé comme un fruit mûr pour proposer une issue à la destruction, à la guerre. Jonas ou l’impossible pardon de l’histoire. Est-cela dont nous parle cette exposition : l’impossible pardon des hommes ?

Vincent J. Stoker, Hétérotopie #KDEABI, série Heterotopia
— Read more at http://admin.parisphoto.com/fr/paris/exposants/alain-gutharc#XOiVfWk6mlhdeGOw.99

Des fûts qui s’élancent vers le ciel, des arbres dépourvus de branches pour pousser plus droit. Si tu veux t’élever, enracine-toi, sinon le miroir aux alouettes de la lumière va te perdre. Telle une mouche tu seras pris au piège. Un bref claquement électrique et tu retomberas au sol grillé. Dans quoi vas-tu t’enraciner ? Quelle force peux-tu bien tirer de ce béton asphyxiant ? Vers quel ciel invisible t’élèves-tu ? Quelle est ta quête ? Tu peux repousser les limites mais tu restes fini, limité ; tu ne choisiras ni le début ni la fin de ton histoire, tout au plus les péripéties qui colorent tes jours.

La réserve de savoir, bibliothèque de toutes nos histoires, de toutes nos expériences, immédiatement disponibles pour autant que le lutin facétieux sache quel tiroir ouvrir plutôt que tel autre. Les morts sont plus nombreux que les vivants, non ? Comment faire face à notre histoire sans être écrasés ? A souhaiter que le Trickster sème un peu de chaos dans ce bel alignement régulier et lumineux ; illusion de toute puissance et de maîtrise d’un savoir à jamais indigeste car trop vaste, à jamais indéchiffrable car écrit dans des langues aujourd’hui disparues.

Piscine de lumière, toboggan de photons. Nous sommes surexposés et fragmentés à tout va. Comment réunir les fragments de soi, comment remettre de l’ombre, de l’intime et du noir, interrompre les reflets et échos narcissiques sans fin ? Notre regard se balade de bord en bord, de fragment en fragment, de couture en couture. Dans quel espace vivons-nous notre histoire ? Comment se rejoindre ?

Vincent remplace les signes tangibles, moussus ou rouillés d’un travail bien humain, présents dans la chute tragique, par des épées de Damoclès ici blanches et acérées. Nouvelles mines des temps modernes qui menacent les corps et les âmes. La mort nous guette, elle ne se cache pas. C’est nous qui détournons les yeux et faisons comme si. Tout est possible dans les mondes des comme si, le risque n’existe plus, l’histoire si, comme si. Pourtant c’est bien la mort, brutale, violente qui décidera de la fin de chaque histoire singulière.

Alors quoi ? Après nous avoir épargné la mélancolie de la ruine, dans quoi nous plonge Vincent avec cette fin de l’histoire ? Désespoir ou joie de notre humaine condition ? Il nous invite à percevoir notre histoire comme faite de tris incessants, de renoncements, d’abandons, de connaissances à jamais inaccessibles, de fragmentation, de discontinuité, de risques de désintégration. Une histoire limitée, acceptée et accueillie dans un espace intime et protégé loin des espaces virtuels et artificiels. La fin de l’histoire c’est la possibilité de rayonner chacun avec ses propres facettes, chacun au plus près de soi, dans un camaïeu précieux et subtil de couleurs iridescentes. Nous devenons alors pierres taillées, précieuses parmi les précieuses.

Toutes les photos sont visibles sur le site de Vincent ou sur artshebdomédias

Inventaire taquin

Une pierre
deux maisons
trois ruines
quatre fossoyeurs
un jardin des fleurs et un raton laveur

Jacques Prévert

Une valise qui ne part ni n’arrive le bon jour

Une batterie qui flanche devant le trajet à parcourir

Trois lits qui se dérobent dans le ciel virtuel

Trois supports volatilisés dans le mémoire du président

Des orages qui envoient des messages codés toute la journée

Un soleil qui écrase de son plomb ombres et passants

Trois tables transformées en une seule d’un coup de baguette manosquine

Des emplacements pour jouer à « trouve moi si tu peux »

Une barrière de parking qui refuse de continuer à avaler les tickets indigestes dont on la gave

Des pinceaux précieux qui décident de s’installer au soleil de Provence

Une voiture qui réclame son biberon d’huile oubliée à pas d’heure

Trois « gros bras » qui arrondissent les angles des empêchements taquins

Des commerçants qui nous offre leurs trésors d’eau et d’électricité

Deux hôtesses qui ouvrent grand porte, fenêtre et lit de leur maison

Des badauds qui sursautent quand on leur parle

Des passants les bras lourds de leur panier de victuailles qui s’aventurent

Des enfants qui s’arrêtent et partagent ce qu’ils éprouvent

Des amateurs qui se laissent choisir par une peinture

et les œuvres insouciantes rayonnent paisiblement nous rappelant l’essentiel

L’un, l’autre

L’un, le même

Comment se rejoindre ?

Interroger les évidences derrière l’illusion.

Les coulisses de la nuit

Déjouant toutes les prévisions météo de la semaine, le soleil brille tout l’après-midi. Trop bien. Nous pouvons déployer tout notre portefeuille de compétences : chauffeur, livreur, manutentionnaire, assembleur, colleur… Tout cela pour reconstruire les œuvres, dehors, à la lumière. Assembler les traverses, monter les châssis, agrafer le carton du fond, coller patiemment à la pâte adhésive blanche chacune des 100 œuvres de la communauté, dans le bon ordre…

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Des hommes et des femmes passent près de nous, s’arrêtent, regardent ou nous contournent d’un pas pressé. Les questions leur brûlent les lèvres mais la plupart détourne le regard et les pas. Visiteurs, salariés, étudiants, la tribu du Campus constate avec une certaine perplexité la métamorphose de la cour. « Ah ? Il y a des artistes ici ? » Deux toiles de 150*150 cm, appuyées sur les grilles, cela prend de la place. Fantasmagorie et Effervescence. Le programme de la nuit. Le titre des œuvres.

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16h30: les artistes sont fourbues et heureuses. Le marchand d’art qui nous a vendu les mauvaises traverses n’a pas réussi à nous mettre dramatiquement en retard. Un dernier coup de blush sur Fantasmagorie, et hop, direction la remise du musée pour passer une nuit tranquille et sèche. Dans cette pièce minuscule de deux mètres par un mètre s’entasse tout le matériel pour la performance du lendemain – cartons entoilés blancs, tubes d’acryliques, pinceaux, couteaux et autres outils personnels – et pour faire vivre les « communautés d’œuvres » – papier, polaroid, pellicules, pied…

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Samedi matin, les installateurs du musée devraient aménager dans le lieu un atelier de travail pour V. et M., et accrocher fermement leurs deux œuvres dans une salle « boudoir » d’exposition. Du moins c’est ce qu’on espère en fermant la porte de la remise.

Les coulisses du jour

9h30. les deux installateurs sont là. Ils ont déjà vu avec les artistes tous les détails : préparation, accrochage, éclairage. Sentiment délicieux de pouvoir s’abandonner un peu et cesser de jouer les femmes couteau-suisse.

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11h. Pendant qu’ils s’affairent, nous préparons le matériel dans la salle du musée où se tiendra la performance. Les deux artistes vont peindre en direct, immergées dans un lieu inhabituel de création. Un fil conducteur entre les femmes passées et présentes du lieu : la recherche…

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Impossible pour l’instant d’accéder à la salle boudoir pour préparer la soirée, i.e. installer le coin photo, installer la zone d’accueil, disposer les books, les livres des artistes, les informations sur la performance, le livre d’or, les cadres, les passepartouts. La salle est encore dans un fouillis indescriptible de tables, chaises, cartons, fils, outils… Le musée va ouvrir dans quelques minutes jusqu’à 17h00 puis fermera une heure avant de ré-ouvrir pour la nuit des musées.  Je pars déjeuner pas très tranquille. Il reste encore tant à faire.

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Déjeuner en famille au presque soleil très frais. Pause légère et joyeuse. Voyage exotique au pays des saveurs, au menu mignon de porc sauce Hoisin. Et la tarte du jour pour terminer en douceur. Une tarte au citron sans son manteau blanc bien trop sucré. Tarte jaune beurre frais et rose framboise comme sa garniture de fruits & une tasse de café de Papouasie légèrement acidulé lui aussi. Me voilà prête pour repartir.

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15h. Le choc. Les deux plasticiennes sont là, la salle boudoir est en chantier pour quelques heures encore. Si Sainte Rita ou Mary Poppins ne nous donne pas un coup de main, non seulement il va pleuvoir comme vache qui pisse mais, pire encore, nous ne serons jamais prêtes pour 18h. Ainsi va la vie. Chronique d’un retard annoncé…

17h. La dernière visiteuse renâcle à aller attendre une heure sous la pluie (Rita nous a lâchées complètement…). Les œuvres viennent d’être accrochées après moultes péripéties mais pas les éclairages.

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17h45. Un homme charmant nous informe que la foule attend dehors et que le musée ouvre dans 15 minutes. Mission impossible. Les artistes se concentrent.

La nuit démarre

18h. Le musée ouvre ses portes avec force famille et poussettes qui s’engouffrent. Les artistes prennent place dans leur « atelier éphémère ». Elles s’installent sur leur scène délimitée comme une scène de crime. Je ne verrai ni les premières couleurs, ni les premiers coups de pinceaux.  La salle boudoir reste fermée pour le moment… Nous sommes sur le pont des finitions qui n’en finissent pas. Je fais la navette entre l’atelier et la salle d’exposition… L’équipe est en place mais pas l’éclairage…. La nuit et la pluie descendent doucement sur Paris et obscurcissent le ciel.

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18h30. La ruée vers les œuvres. La foule patiente découvre les deux cents cartons toilés singuliers qui constituent les deux œuvres achetées par le musée. Certaines personnes n’entrent pas et repartent de suite, d’autres hésitent, d’autres enfin s’aventurent et s’intéressent à l’événement proposé. C’est parti. Je donne quelques explications sur la proposition artistique aux amateurs qui sont là. C’est le démarrage de 5h30 d’échanges, de partages, de silences, de surprises, d’explications, de photos. 5h30 de médiations et d’interactions avec des visiteurs  de tous âges, de toute l’Europe et même plus loin : Belgique, Suisse, Lituanie, Finlande, Italie, Irlande, États unis… Nous sommes quatre dans la salle à nous occuper des visiteurs – amateurs – acheteurs et nous aurons à peine le temps de manger 😉

23h45. Un couple de jeunes visiteurs rentre dans la salle. Je pense que ce seront les derniers. Ils m’expliquent qu’ils ont tracté toute une partie de la soirée pour les musées et qu’ils ont eu envie de voir ce qui se passait là avant de rentrer. Je suis touchée de leur démarche.

23h55. Un dernier visiteur. Je m’élance et m’arrête. Il est de la famille…un fils prodigue ? Mieux vaut tard que jamais !

0h30 Tout est démonté, empaqueté et tient dans la minuscule voiture qui se dilate pour accueillir tout le matériel et le rapporter à l’atelier. La voiture disparaît dans la rue Pierre et Marie Curie, et moi dans la rue d’Ulm tranquillement, goûtant l’air frais et lavé de la nuit. Je savoure jusqu’à l’ivresse de pouvoir déplier mes pas et non plus piétiner le sol dans de minuscules déplacements.

La Seine est très haute et roule ses camaïeux de gris sous les ponts de Paris. Et je songe à toutes ces œuvres qui vont découvrir leur nouvelle maison, et à toutes ces personnes qui ont fait le choix d’entrer dans les communautés ce soir, de nouer des liens invisibles et subtiles avec d’autres personnes qu’elles ne rencontreront peut être jamais…

Trois secondes*

(c) Pali Malom, Acrylique, 50 x 65 cm, 2011

A l’angle de la rue : un motard, un piéton, et une tâche d’huile qui se transforme incroyablement vite en mare de sang gluante. La moto a glissé pour aller s’encastrer sous une voiture. Le choc du métal broyé me vrille les tympans. Je regarde ce sang qui coule ; de moi, de lui, je ne sais pas, lui non plus qui garde les yeux clos. Moi aussi j’essaie de les fermer mais un passant me parle.

Je sens tout autour de nous une foule qui se presse sur l’étal ordinaire du boucher de la chaussée. Des doigts inconnus et altruistes tapent trois chiffres sur le clavier du mobile 1-1-8. Je voudrais dormir, la douleur me déchire en morceaux, je ne sais plus où commence, où s’arrête mon corps. D’ailleurs je ne sais plus très bien à quoi je suis encore reliée. Qu’est-ce qui vit encore et pour combien de temps ?Je suis momifiée par une couverture d’effroi et de supplice qui me secoue par vagues irrégulières. J’entends l’inconnu qui me parle dans un murmure de plus en plus lointain. Je vois bien qu’il est terrifié par ce qu’il voit. Cela doit être très moche. Avec un peu de chance il va se taire, la voix anesthésiée par l’horreur croissante, je vais pouvoir m’endormir. Je n’ai plus envie de lui serrer la main, cela m’épuise. Plus envie de battre des paupières pour confirmer que j’entends bien, je ne comprends plus rien, plus envie de dessiner des mots qu’il n’entendra jamais avec mes lèvres, je les garde pour un ultime baiser. Pourrais- je le reconnaître cet homme demain qui me veille en attendant d’hypothétiques secours ?

Son murmure est soudain déchiqueté par la sirène des pompiers. J’ai envie d’implorer du calme. Pourquoi tant de bruit, et tant de lumière aveuglante. On n’est pas dans une salle de naissance quoi ! Laissez-moi glisser dans le noir et le silence. Je veux bien des lampes chauffantes quand même.Quelques hurlements plus tard, je n’ai pas réussi à compter combien, je sens que je suis bougée et je m’enfonce dans un cotonneux brancard. Au dessus de moi, le brancardier a glissé ses deux yeux profondément dans les miens Il a ouvert un passage indicible. Il ne me lâche pas des yeux, et par sa main posée sur mon épaule, j’entends ce qu’il me dit. Je le sens m’envelopper d’une bienveillance tendre et attentionnée. C’est un tel contraste avec la douleur qui me mord de partout que j’ai envie de pleurer. Alors je lui réponds en silence moi aussi, concentrée que je suis sur la pression de ses doigts. Ce n’est pas un jeu, ce sont des pulsions de vie. C’est la seule partie vivante qui me parle encore. L’artère est jugulée me dit-il dans un sourire, avant de glisser une aiguille dans mon bras. Je ne la sens pas, je le vois juste, lui, se lever et accrocher la poche de sang avec une ébauche de portemanteau au-dessus de nous. Il a gardé tout ce temps la main posée sur moi. Ne pas rompre ce contact essentiel qui me donne vie autant que le sang qui s’infiltre par ce nouveau cordon de vie. Je suis touchée et reconnaissante ; par ses gestes, je sais que je suis plus qu’un corps accidenté à soigner, je suis une personne entière.

Dans la veine bleutée de mon bras coule à présent un sang rouge vif. La poche suspendue me délivre son précieux liquide nourricier au goutte-à-goutte comme un sein fidèle et fatigué. Le pompier m’a enveloppée dans une poche de kangourou argentée pour garder la chaleur au plus près de mon corps, de mon souffle. Pour que j’aie la force de garder les yeux ouverts sur lui.

* en clin d’œil à l’album éponyme de Marc Antoine Mathieu

Quelques mots glissés là ou des Haikus hétérotopiques

Samedi 8 décembre prochain, vernissage d’une expo collective des artistes de la galerie Alain Gutharc avec une des œuvres de Vincent J. Stoker, une Hétérotopie de la série « La chute tragique » en attendant de découvrir la série « L’autopsie d’un rêve » dont vous avez déjà pu voir une des photos dans le Figaro Madame… ou sur le site de Vincent directement.

Et in memoria quelques haïkus hétérotopiques des  chutes tragiques…

Des milliers de mains
ont posé sur ton dos
la sueur des victoires.

Deux anges veillent.
Le craquement des prie-dieux
ne les troublent plus.

Sur chaque pilier
stigmate de leur terreur
la mousse témoigne.

Du fond de la terre
apparaît
un vaisseau vert
qui vole le vent.

Par dessus les  toits
posé sur la terre humide
le ciel bleu sourit.

Damier au plafond
les blancs jouent et frissonnent.
Le temps va gagner.

L’enfant a grandi.
Seuls restent les mikado
encore étalés.

Des vies côte à côte
Il ne reste plus que les croix ferventes.
L’oubli  a tout dévoré.

Une étable au vent.
Les vaches se sont enfuies
Les couleurs tiennent les vitraux.

Le peigne assez grand
pour démêler tes cheveux marins
demeure introuvable.

Longues nuits de sueur
Nos sangs se sont emmêlés
dans la lumière qui meurt.

Rouages rugissants
broient le blé de nos vies.
Reste la poussière.

Torrent de voitures
transformées en aiguilles de pin.
La forêt avance.

Tapi dans sa grotte
le loup surveille le nid
Seule bouge la truffe

Craquements épars.
L’échelle dévale le toit
et brise les sièges occupés.

Ma main caresse,
Ton dos frémit
Le parque craque sec.

Sur les galets blancs
le cimetière d’éléphants
s’étiole en silence.

Sous les dômes de cuivre
le sorcier brasse nos rêves
et tisse nos nuits.

Ventre déchiré,
milliers d’écailles au vent
le piano chavire.

Sans bruit ni matière
les casiers gardent les traces
d’un temps aboli.

Tapie au plafond
elle chaperonne
le berceau vide de ses proies.

L’éléphant est fou.
Fatigué, brutalisé
Il gueule son refus.

Du ciel avisé
tombent des peaux de renard.
L’attente est douce.

Un bras de lierre
s’échappe par la fenêtre
loin des murs boursouflés.

A tous les étages
la chiure de peinture
macule le lieu virginal.

Carrés ramollis.
Le chocolat infuse,
il a tout son temps.

Voûte céleste,
le ciel à caissons somptueux
cherche ses étoiles.

Les feux passent vert.
Le vent s’engouffre et couche
tout sur son passage.

Paysages en pot
cernés de lambeaux de peau,
tu crémes ton jour.

Mère universelle,
tu offres tes totems roses
aux baisers solaires.

(C) Pali Malom