Méditer avec Rosita

Ce soir je suis rentrée d’une journée de travail, le cerveau d’un côté qui bouillait à petit feu, et moi de l’autre qui essayais de rester avec lui. Pas toujours facile. Ni le thé thaï, ni les attentions délicates de ma fille ne m’ont permis de vraiment remettre tout le monde ensemble au même rythme. J’avais besoin d’air. Un impérieux besoin de sentir de l’air frais sur ma tête. Alors je suis sortie sur le balcon, la porte ouverte pour continuer à babiller joyeusement avec ma fille.
Rosita a aussitôt pensé que je venais remplir sa gamelle, et elle s’est posée, est allée voir la gamelle vide, s’est rapprochée de moi et m’a regardée de toutes les façons possibles. Joli cœur est arrivé dans son frou frou habituel, à savante distance de moi. Ils ne comprenaient visiblement pas de ne pas me voir à la hauteur habituelle, et de dos de surcroît. J’avais brutalement rapetissé. Etait-ce un piège pour eux ou un terrible sortilège pour moi ? Rosita marchait d’un côté à l’autre du balcon en évitant quand même de me frôler, elle s’envolait pour se poser vingt centimètres plus loin. J’ai regretté de ne pas être allée m’asseoir avec mon appareil photo, j’aurais pu faire de portraits plus intéressants des deux tourtereaux. Joli cœur avait visiblement décidé de jouer les hardis et de marcher de bout en bout sans passer par la case envol, et puis au dernier moment, l’instinct de survie a pris le dessus et il a imité Rosita. Sauf que lui s’est lassé et est parti se promener. Elle non. Elle essayait de m’hypnotiser par l’arrière. Alors moi aussi j’ai craqué, lasse de me tordre le cou pour suivre ses allées et venues. J’ai changé la chaise de place et me suis assise face à elle.
Intense face à face, œil à œil. Elle naviguait de la gamelle à mon aplomb, de mon aplomb à la jardinière d’où elle matait la gamelle pleine des mésanges. Je me suis demandée longtemps si elle allait oser descendre au sol pour jouer les aspirateurs, moi sur le balcon. Elle aussi visiblement vu le nombre de fois où elle a étudié les trajectoires possibles, s’est tordu le cou comme un périscope savant. Elle a renoncé, oui mais pas à me faire passer le message. Elle est allée picorer les fleurs. Je picore une fleur, je te regarde, je picore une fleur, je te regarde. Et là j’ai pris la parole. Chère Rosita, j’ai bien compris le message mais ce n’est pas une raison pour saccager mes plantations. Elle a arrêté. S’est tassée sur sa jambe valide et est passé sur le mode séduction. Pigeon qui fait la roue comme un paon. Elle fait cela très bien. Je l’admire, je la félicite. Elle doit bien sentir l’énergie de joie. J’ai eu le droit à trois pigeons-paon en peu de temps. Sublime ! alors évidemment j’ai craqué et je suis allée chercher des graines. Joli cœur a surgi de nulle part comme par enchantement. Fin du spectacle.
Je n’ai pas quitté ma chaise et je les ai regardés manger de très très près, 60 à 80 cm. Rosita près d moi, Joli cœur un peu plus loin. Elle n’était pas trop rassurée. Je mange un grain. Je lève la tête, pendant ce temps-là Joli cœur jouait au pic vert, il mitraillait la gamelle de ses coups de bec. Elle finit par se rasséréner et s’est mise à manger avec moins de suspicion. Puis vient le moment de la gamelle vide. Joli cœur a fait volte face, flexion de jambes et hop envol. Mais pas Rosita. Retour de Joli cœur, même posture, même flexion et un coup d’œil pour regarder Rosita qui n’avait d’yeux que pour moi. Joli cœur marche d’un pas décidé vers Rosita qui le regarde, genre, tu veux quoi, et hop il s’envole. Elle s’en fiche comme d’une guigne. Il revient, me regarde, la regarde, va vérifier le contenu de la gamelle, retourne la voir, tente un bécot et renonce. Il plie ses petites pattes et hop bye bye, vos histoires de fille je n’y comprends rien.
Nous sommes restées là un moment, silencieuses, immobiles, à nous zyeuter, à chercher des réponses à nos questions muettes, et puis nous nous sommes apaisées, détendues ; elle s’est gonflée comme une poule qui couve, s’est tassée sur elle-même et a commencé à somnoler. Je suis rentrée quand le soleil a décidé d’arrêter de chauffer la scène. Elle s’est envolée.

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Fred Aster

Depuis quelques temps un pigeon qui ressemble comme deux gouttes d’eau au boy friend de Rosita fréquente le balcon. Il m’a déjà fait le coup de n’a-qu’une-patte aussi. Je me suis trompée et puis en regardant attentivement ses plumes arrière, non ce n’est pas l’amoureux. Il a un signe distinctif très particulier, il ne marche pas, il danse. Et les bruit de ses griffes sur la couvertine ressemble à des claquettes assourdies. D’où le nom dont je l’ai affublé. Mais à l’arrêt je ne le distingue pas d’un autre pigeon.
Il est parfaitement effronté, ne s’envole pas quand je me rapproche, il se déplace en dansant et serait capable je crois de rentrer dans le salon. Je ne croyais pas si bien dire… Tu vois pendant que j’écris un pigeon a passé la tête par la fenêtre, c’est Rosita en fait, mais je ne l’ai pas reconnue tout de suite. Elle venait demander où donc avait disparu sa gamelle. Je vais bientôt me retrouver avec des fientes dedans si je ne fais pas attention….
Revenons à Fred Astaire. j’ai remarqué qu’il venait souvent juste après que Rosita se soit envolée. il a du repérer que c’était le bon moment pour ne pas se faire chasser et pour récupérer les graines éparpillées autour de la gamelle. Oui mais un pigeon de plus sur le balcon c’est trop. Nettoyer les fientes de pigeon n’est pas mon activité préférée loin de là ! Donc nous jouons à cache cache, il s’accroche au balcon comme si sa survie en dépendait. Il simule la chute fatale du balcon. Il glisse, essaie de se rattraper et finit par tomber, mais à la différence de feu la chatoune, lui a des ailes. N’empêche, il doit aimer les sensations fortes, une vocation contrariée de cascadeur.
Ce matin je me retrouve oeil à oeil avec son oeil orange. Oui figure toi qu’il a presque le même oeil que Rosita pour me confusionner un peu plus. Je lui rappelle qu’il n’est pas le bienvenu là, il se tasse un peu et arrive un gros pigeon roucoulant. Mes yeux vont de l’un à l’autre. Oui le gros pigeon est bien en train de faire la cour à Fred Astaire qui lui fait les yeux doux, et qui s’envole d’un coté et de l’autre du moteur à roucoulements. Je chasse donc les deux pigeons. Fred Astaire s’envole au tout dernier moment pour se reposer quelques centimètres plus loin. Cinq fois je l’ai chassée avant qu’elle ne capitule. Me voilà bien embêtée, je l’appelle comment maintenant que je sais que c’est une fille ?

Rosita

Début février, il faisait froid et la pitance était maigre. Un beau matin, je vois un merle posé sur le balcon. La première fois depuis que je vis là. Autant dire la crue du siècle. Joie immense, j’adore les merles. Il attaquait la gaulthérie couchée qui a de jolies baies rouges. Cela ne lui a pas trop plu finalement. Alors je lui ai mis des trognons de pommes, de poires… Ce n’est pas lui qui les a mangés, mais un matin j’ai vu une merlette dans l’assiette. Les mésanges lui ont emboîté l’aile et sont venues inspecter le balcon. J’ai dégainé mes graines de tournesol. Et hop elles se sont empiffrées. Mode mésange hein ! dix graines et elles sont repues. Alors sont arrivés les pigeons, nos éboueurs urbains que j’ai chassés parce qu’ils ont déjà tenté de nidifier dans les pots vides de fleurs. Et qu’un nid de pigeons c’est un cauchemar. Le merle n’est pas revenu pendant deux mois, il s’est pointé il y a quelques jours, suivi de moineaux qui passaient eux aussi pour la première fois. J’habite au 5 étage, cela explique sans doute. L’an dernier une dame pinson était venue mourir sur la chaise où je lis. Etrange découverte.

Entre temps, j’ai installé une planche en bois sur la rambarde (une couvertine ne zinc pour être précise), tu sais une planche de caisse à vin toute pourrie, et en dessous sur le porte-jardinière, j’ai installé de l’eau avec un peu d’alcool cet hiver pour ne pas que cela gèle. Pas mal d’oiseaux sont venus boire.

Les mésanges sont venues, les pigeons aussi. Boire et manger. Et les pigeons sont des éboueurs aspirateurs. Cela ne pouvait pas durer. J’ai donc installé la mangeoire à mésanges dans un château fort uniquement accessible aux mésanges, avec de grandes herses pour les pigeons qui se sont battus quatre jours jusqu’à ce que mon installation soit robuste. Et puis ils ont capitulé. Tous sauf une. Rosita. Elle se perchait droit devant moi sur la planche et me regardait de côté. Quand je la regardais, elle sautait au sol pour récupérer les restes des mésanges en me fixant de son oeil orangé. Elle m’a fait son cirque plusieurs fois. J’ai craqué, je suis allée acheter des graines à pigeons et je lui en ai donné. Et je lui en ai donné à peu près deux fois par jour.

Un jour débarque un autre pigeon que je chasse, il revient, je le chasse, il revient, je le chasse, il revient, me regarde et se met à marcher sur une seule patte. Comique. Je le chasse encore en le traitant d’affabulateur. Je t’explique : Rosita est handicapée, elle a une patte normale et un moignon de patte (il lui manque tous les doigts). Et lui ce pigeon culotté tentait de se faire passer pour Rosita, mais ils n’ont pas du tout la même couleur. Je ne suis pas spécialiste es pigeons mais elle est assez spéciale, tandis que lui ressemble vraiment à un pigeon standard.

Un fois l’intrus chassé, arrive Rosita à qui je donne des graines, et qui je vois arriver ? Le comique de service qui joue deux pattes, une patte. Et Rosita le laisse manger dans la gamelle alors qu’elle chasse toutes les autres pigeons. Ah, l’affaire se corse, Rosita a un boy friend, mon stock de graines va descendre deux fois plus vite. Pour bien faire passer le message, sitôt les graines avalées, Rosita entreprend de bécoter copieusement son amoureux. Ok, ok, message reçu, c’est ton copain et je ne dois pas le chasser. Oui mais comment le reconnaître lui, lui ai-je demandé à Rosita.

Quand il est tout seul, il tente le numéro de séduction sur une patte. A ce moment là, je le regarde attentivement pour voir si c’est vraiment lui (ben oui parce que je me suis fait flouer déjà une autre fois). Maintenant c’est devenu plus facile, je le reconnais, il a les plumes de queue très abîmées comme si elles avaient été collées et qu’il avait arraché ses plumes en force d’un truc collant (j’ai vu depuis que certaines personnes mettent des pièges à colle pour les pigeons, je ne serai pas étonnée que cela soit ce qui lui est arrivé, mais je ne connais pas le cycle de vie des rectrices donc je ne sais pas quand elles repousseront). Pour l’instant son bord de queue est et dentelé au lieu d’être parfaitement gris et arrondi, ce qui ne l’empêche pas de très bien voler.

Avec le temps Rosita s’est familiarisée, elle me reconnaît, et ne s’envole plus quand je sors sur le balcon lui verser des graines ou de l’eau. Le matin je n’ai pas le temps d’ouvrir la porte-fenêtre qu’elle est déjà posée, près de l’écuelle, prête à attaquer le petit déjeuner. Depuis début avril j’ai décidé de réduire les portions et de ne lui donner que le matin, les premiers jours elle a fait la comédie des miettes de mésange, et puis maintenant elle s’est résignée. Elle passe dans l’après midi, se pose sur le balcon fasse à moi, me fixe et sonde ma résolution. Elle a une manière unique de tourner et bouger la tête pour tenter de lire dans mes pensées ou dans mes gestes ! Après un moment elle repart. Mais si j’ouvre la porte-fenêtre, elle arrive dans un froufrou de plumes en moins de cinq minutes. Quant à son pigeon préféré, c’est beaucoup plus aléatoire, il s’envole, il a bien compris que je ne le distinguais pas bien et qu’il n’était que toléré.  S’il arrive avant Rosita, il se poste entre mon balcon et celui du voisin et attend. Visiblement c’est elle qui mène la danse…

 

Zébrures

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Je te l’ai peut être déjà raconté, un matin d’hiver, je croise une femme en haut des marches que j’arpente tous les matins. Ce matin comme tous les matins d’hiver elle est là, emmitouflée sous des couches de vêtement. Parfois je lui donne quelque chose à manger, parfois quelques sous, souvent juste des mots. Et puis ce matin-là je me suis arrêtée un peu plus longtemps. Je lui ai demandé de quoi elle avait le plus besoin. Elle m’a regardée, surprise et m’a demandé de répéter, alors j’ai changé ma phrase et je lui ai demandé qu’est-ce qui vous manque le plus là, qu’est-ce qui vous serait le plus utile. Son visage s’est éclairé et elle m’a dit : un pantalon chaud. D’accord je lui réponds. Vous faites quelle taille ? Elle me regarde comme si je lui avais parlé tibétain. Quoi ? Quelle taille pour le pantalon ? Elle éclate de rire. Ah la taille du pantalon ? facile ! Elle ouvre les bras, tourne sur elle-même et me dit : Voilà tu as vu, maintenant tu sais !

A l’intérieur de moi quelque chose a fait glong. Entre surprise et sidération. La simplicité de sa réponse venait attaquer la falaise de mes questions. A chaque fois que je me demandais quelle taille elle pouvait bien faire, je la revoyais virevoltant devant moi sous ses couches de vêtements. J’avais peur de me tromper, peur de prendre trop petit, trop grand, de lui faire injure. Tout se bousculait en moi pour me mettre dans d’incroyables empêchements alors que tout ce qu’elle demandait, elle, c’était un vêtement chaud pour moins subir la morsure du froid. Et elle s’en fichait si c’était sa taille ou non, cela pouvait changer selon les couches déjà portées. Elle me parlait d’un monde inconnu, celui du présent, du maintenant, du avoir chaud là, tout de suite.

L’autre matin, celui du café suspendu, cela a refait glong.  Glong quand il m’a demandé de l’aide pour un café, glong quand je l’ai vu rassembler ses sacs, glong quand j’ai senti son odeur, glong quand j’ai senti l’hostilité des serveurs du café, glong quand j’ai senti son malaise à lui dans ce lieu. Il me faisait penser à ces chats errants qui font tout pour se faire oublier, devenir transparents invisibles, indétectables. Nous étions seuls dans le café, l’heure était matinale, et il a passé un long moment à chercher où poser ses sacs. Où les poser pour ne pas gêner le passage. Où les poser pour ne pas les perdre de vue. Où les poser pour qu’on les oublie parce que plus tout ces sacs disent où il vit. J’ai compris qu’il ne pouvait pas baisser la garde, jamais, même avec moi, même le temps d’un café. Non pas que je sois dangereuse, je pense qu’il a développé un flair suffisant pour sentir les gens de l’intérieur, et savoir que non ; mais il devait rester vigilant parce que dans mon inconscience je pouvais le mettre en danger. Et peut être l’ai-je fait en rentrant dans le café plutôt qu’en restant dehors. Longtemps après je me suis demandé si ce café offert dans ce lieu où il n’était pas bienvenu  n’était pas en fait une violence de plus que je lui faisais. Et cette somme de violences minuscules, quotidiennes, et bien je crois qu’elle fait vieillir vite, très vite, parce que tu ne peux jamais vraiment te poser et te reposer.

Et quand je suis dans ma grotte perchée sur la colline, que je regarde les mésanges venir dévorer les graines de tournesol que je leur donne, les pigeons essayer tous les stratagèmes possibles pour atteindre ces graines, je pense à lui. Je me dis que nous vivons très différemment, et en même temps nous avons peut être cela en commun, une déchirure dans la journée, pouvoir regarder les oiseaux voler dans le ciel, sans bagage physique ou psychique pour les alourdir. S’émerveiller. Pouvoir nous réjouir d’être des humains en vie.

Et je me dis aussi, tu as raison Laure, que c’est bien difficile parfois de rejoindre l’autre, juste le rejoindre quand on partage « seulement » notre humanité. Cela nous permet quoi ?

Des mâles alpha et des autres

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Tu voix FB a un gros inconvénients, tu perds rapidement ce que tu partages, même les perles rares et précieuses. Alors j’ai décidé d’en conserver certaines ailleurs, ici en fait. Pour les retrouver quand j’ai envie de me replonger dedans.

Il y a quelques jours le National Geographic a publié un très long article sur la manière dont on « forgeait » les garçons dans les cultures au 21e siècle. C’est un article de la rubrique « gender » : The Many Ways Society Makes a Man, How does a 21st-century boy reach manhood? In some cultures the rite of passage is clear. In others, not so much. Edifiant, je te le recommande.

Cela fait écho à une question que je me pose depuis l’élection de Trump, comment des femmes peuvent voter pour une caricature d’homme ? Comment Poutine peut-il exercer une telle fascination sur des hommes et des femmes ? Comment l’image du masculin, macho, héros militaire, guerrier sanguinaire peut- elle encore l’emporter ? Et pourquoi cette poussée incroyable de masculinité hégémonique, toxique ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi ce déni, cette volonté de dominer, d’asservir le féminin ?

Certes des artistes proposent une lecture de cette répression du féminin ou plutôt là des femmes, ainsi Nicky de Saint Phalle qui évoque l’énorme jalousie des hommes sur le pouvoir de création des femmes… mais le mystère reste pour moi très épais. Les droits, les droits des femmes, des faibles, des « autres »  (remplace par le terme que tu veux et qui désigne un groupe humain qui n’est pas au pouvoir) sont toujours menacés par l’obscurantisme.

Le débat des présidentielles montre portant que des hommes publics peuvent incarner un autre masculin, je pense notamment à Yannick Jadot et surtout à Benoit Hamon.Est-ce un hasard si les deux tiennent autant à l’écologie, à protéger le vivant ? Des hommes bien plus en paix avec le féminin, le leur et celui des femmes.

Pour Benoit Hamon, j’ai presque envie de dire un homme qui parle au nom des femmes… A son investiture Christiane Taubira portait haut la voix des femmes : « nous sommes porteuses de la moitié du ciel » disait-elle en écho aux propos de Ban Ki-moon sur le rôle essentiel des femmes dans la lutte contre les mines anti-personnelles. Dans sa postureil est loin, loin de nombre d’autres candidats masculins qui sont surtout dans la force et le rapport de force. C’est oxygénant et rassérénant.

L’homme au bois dormant a glissé tout à l’heure une pépite sur son fil FB. C’est un entretien vidéo avec le rabbin Delphine Horvilleur qui parle de la figure du chef dans la bible. Elle voit en Donald Trump un modèle d’anti-chef biblique et déplore l’absence de voix juives pour s’élever contre cette figure de mâle alpha à la virilité mal placée. Elle dit aussi ce que toutes les sagesses du monde disent : réconcilier le masculin et le féminin en soi… C’est le chemin pour soi plonger dans la sensibilité, la vulnérabilité, les failles pour les hommes ; plonger dans le monde de la force, l’action, la valorisation et la protection pour les femmes.

Et puis cela n’est pas au coeur du sujet, c’est un effet de bord de Trump qui provoque cela : des tutos pour faire des Pussy hat. C’était réjouissant cette manifestion de protestation à New York avec toutes ces femmes revêtues d’un bonnet moqueur…. Clins d’oeil aux copains et copines qui tricotent, qui cousent, qui brodent et qui vont bien merci.

 

 

Brève déchirure

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Lundi matin, je remontais la rue Montmartre. Indécise quant au café où m’arrêter. Certains sont accueillants mais leur café médiocre, d’autres sont froids mais avec un café correct. je n’ai pas encore trouvé le café au café délicieux. Je ne comprends pas pourquoi c’est toujours aussi rare à Paris d’avoir du café sans robusta. De boire un café aromatique dans un bistro lambda. certes rue du Nil je peux boire (pas le lundi) un excellent café à plus de deux euros ma tasse. Bon je ne comprends ni le prix du thé, ni le prix du café dans les débits de boisson.

Je remontais la rue en me demandant dans lesquels j’avais déjà demandé s’ils faisaient des cafés suspendus. En général les garçons me regardent de travers, peu connaissent. Et pas seulement rue Montmartre. J’explique et je ne rencontre jamais d’enthousiasme. Pas grave, pour certains sujets, je suis persévérante. Je finirai bien par en trouver un. Et sans doute est-ce une forme douce de prosélytisme. Il faisait gris humide et doux, bref une grisaille parisienne assez coutumière et les pavés scintillaient comme des pierres semi-précieuses. Beaux.

Je marchais à petits pas, la tête bercée de ces scintillements et de mes questions quand un homme, jeune et mal rasé, m’arrête : « Bonjour Madame, est-ce que vous pourriez m’aider pour un café s’il vous plait ?». Je le regarde et m’apprête à lui répondre non. Mon démon intérieur me souffle «si tu lui donnes un euro, est-ce que tu es sure qu’il va aller prendre un café ?» Et une autre voix me dit « c’est quoi la différence avec un café suspendu ?» Je lève les yeux, je regarde cet homme aux yeux abyssaux et je lui dis « oui bien sûr. En fait pas tout à fait, je vous invite plutôt à prendre un café, enfin si c’est OK pour vous de prendre votre café en ma compagnie». Il me regarde un peu éberlué et bredouille une réponse que je ne comprends pas bien mais il m’emboite le pas. Nous rentrons ensemble dans un café déjà testé pas super hospitalier mais bon. Le comptoir est un peu envahi de tasses, de verres. Nous sommes les seuls clients dedans et je ressens un malaise. le jeune homme rentre à pas menus comme s’il voulait se faire oublier. le garçon me sert les deux cafés demandés mais dans de gobelets en carton (c’est la première fois). Je me dis que nous ne sommes pas bienvenus dans ce café, que la suggestion polie est d’aller le prendre dehors. Je m’en fiche. Nous allons boire notre café ensemble et bavarder un peu.

Fin de partie

soupe-populaireIl est dix huit heures trente. Les marmites sont encore pleines, et dehors plus personne. Nuit noire épaisse vidée de tous les ventres creux du quartier. Je regarde les marmites et je n’y crois pas, ce n’est pas possible qu’il en reste autant. Je demande ce qu’on va faire des restes. le bouillon et les légumes à la poubelle, la semoule ils la gardent pour leur dîner. Ah vous dînez là ensuite ? Oui et vous pouvez rester. Ah zut je ne savais pas. Nous avions tous d’autres plans, vrais ou pas. Je dînais avec une amie dans un restaurant coréen. Je serais bien restée et ne même temps je pense que cela aurait très étrange parce qu’en fait, tout va tellement vite que nous n’avons pas eu le temps de faire connaissance, d’échanger, bavarder. Juste échanger des informations utiles. Pas vraiment de lien même entre nous. Une ambiance paisible mais très studieuse. Pas de lien entre nous, comment pourrions nous faire du lien avec nos visiteurs ? Je me demandais ce qui s’échangeait pendant ce repas, ce qui se mangeait aussi.

Bon après avoir patienté dix minutes, nous avons commencé à ranger et à faire le ménage. Quelques retardataires sont arrivés. Ils ont reçu un dîner froid avec ce qui restait. Quelques attardés qui avaient fini de manger sont venus demander du rab aussi. Pas du rab de chaud mais du rab de pain, de fruits. Après quelques hésitations de la hiérarchie, ils sont repartis les mains pleines. J’imagine que c’est une stratégie acquise par certains, manger le plus doucement possible pour être encore là quand le rideau tombe et demander ce qui ne peut plus être refusé, ou plus difficilement. Pouvoir donner à manger c’est détenir un pouvoir énorme auquel je n’avais jamais songé. D’autres mangent lentement et regardent autour d’eux pour récupérer des gamelles pas tout à fait vides des autres personnes attablées. Les demandes et les échanges se font en silence, peut être pour ne pas attirer l’attention, mais aussi parce qu’il y a tellement de langues différentes dans le lieu que les chances d’en avoir une en commun sont assez faibles.

Nous avons un balai pour 11, une pelle, une cuvette…. bref rapidement il n’est plus possible d’aider à quoi que ce soit. Drôle de sentiment de désœuvrement alors qu’il y a tant à faire pour que le lieu soit propre et hospitalier. Je m’escrime avec mon balai élimé pour tenter d’arracher les grains de semoule au revêtement de sol. Les grains volent partout sauf vers mon tas. Je me décourage un peu. Et puis peu à peu le lieu retombe dans une léthargie. L’équipe s’installe pour dîner dans le coin des femmes, tout près des cuisines et de la chaîne de restauration. Nous les saluons et nous repartons ensemble avec mon groupe de bénévoles. Nous faisons le trajet en sens inverse. C’est encore plus sale qu’à l’aller. Une vague de gobelets en plastique éventrés jonche le sol. De retour sur le boulevard et à la lumière de la ville, les langues se délient. Nous faisons connaissance au chaud dans le métro. Les TIG nous rattrapent et nous dépassent sans un mot. Ils ont évité le contact toute la soirée. Je n’ai pas d’hypothèse pour comprendre cela. Nous sommes quatre, une jeune femme encore étudiante en communication qui vit à Ivry, un trentenaire qui vit à Maison-Alfort et travaille comme administrateur de BD, une quinqua, traductrice et assistante de direction qui travaille aussi parfois avec l’Armée du Salut et moi. Drôle de mélange. Nous nous disons au revoir, à la prochaine. Le métro avale les stations et nous décharge les uns après les autres dans nos zones normales de vie. Belleville me parait tout à coup très très propre, très colorée et gaie.