M comme mauve espagnol

Elle a surgi au milieu d’une pile de sœurs et de cousines. Entre deux murs qui coupent l’univers intérieur en deux. J’ai arrêté net de respirer. Émotion immédiate. Elle me prend et me suspend. E-motion. Le corps tout entier s’accorde en une fraction de seconde. L’image s’est déposée sur ma rétine et se distille au dedans dans un silence total, battement de paupière après battement de paupière. Comme si mes yeux étaient devenus un deuxième cœur qui pulse les gouttes de sang à grande vitesse jusqu’au bout de mes capteurs sensoriels.

Je regarde la photo avec un désir fou. Je rêve de me glisser à la frontière ténue des matières qu’elle donne à voir, de sentir la rencontre de l’air et de la matière sur ma peau, de sentir le froid du minéral tangenter la chaleur de l’éclairage, imprégner des particules d’énergies des personnes qui passent là chaque jour, qui sont là sur la photo, parfaitement invisibles. Qui peut encore croire qu’on ne voit bien qu’avec les yeux. On ne voit bien qu’avec la chambre noire de son corps.

L’image est traversée d’une couleur improbable presque mystique. Elle n’existe sur aucun nuancier au monde. Elle résulte d’un tissage de transparences colorées invisibles. Mauve est la seule trace qui reste quand tout a disparu. Impermanence est peut être ce qui la décrit la mieux. Elle est d’un singulier mauve espagnol, construit, bâti, minéral, pas mammifère du tout. Et pourtant elle me bouleverse. Tantôt plume légère sur le visage, tantôt caresse d’un désir sans équivoque, appuyé, qui révèle corps à lui-même, elle réchauffe les couleurs et mes sens. Elle serpente en moi, me vampe, et m’envahit de son incroyable sensualité. Elle me hante sans me tourmenter. Mauve et crème, union du charnel et du spirituel, avatar méditerranéen du yin & yang, elle ranime tout ce qu’il y a de féminin en moi.

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A comme ange gardien

Lelahel est mon ange gardien. Il parait  que c’est un ange parfait pour la contemplation, pour apprécier la beauté des choses. Il est un stimulant intellectuel, il permet de voir où sont les ressources universelles. Il aide à comprendre les messages du subconscient.

Il favorise en nous tout ce qui touche à la psychologie et aux relations humaines. C’est l’Ange du pouvoir d’embellissement, non seulement de la forme humaine mais aussi du monde environnant. Il favorise le magnétisme, la beauté physique et tout ce qui a trait à l’ornement, y compris le style de vie. Il me donne une nature vénusienne dont la séduction est souvent remarquable. Il me confère le sens du beau, me permet d’être novateur et pas trop conformiste.

Pluie d’étoiles et de bonheur ! Je suis chanceuse !

D comme Daruma Dai Shi

Daruma est le nom japonais de Bodhidharma, le fondateur du boudhisme Zen au Japon. Et cela désigne également une figurine creuse en papier maché en forme de culbuto (symbole de persévérance parce qu’elle se relève toujours, même tombée à terre). Elle est dépourvue de bras pour évoquer les neufs années de zazen de Daruma qui lui fit perdre l’usage de ses membres. Elle a également les pupilles blanches parce qu’un jour au lieu de méditer, Daruma s’endormit. Afin que cela ne se reproduise pas, il se découpa les paupières et les jeta. La légende raconte que là où ses paupières tombèrent poussa le premier plan de thé. Et depuis qui veut rester éveillé boit du thé vert !

source : http://www.taleofgenji.org

Les daruma sont des figurines courantes au Japon. Elles sont en principe vendues dans les temples Daruma Dera. Les formes varient parfois mais les darumas sont habituellement ronds, rouges avec des motifs noirs et dorés, et les pupilles toutes blanches. Une de mes collègues en a un bleu roi très joli aussi.

Les darumas seraient originaires du temple de Daruma-ji dans la ville de Takasaki située dans la préfecture de Gunma.

Faire un vœu avec Daruma est très simple : on peint une première pupille lorsque l’on fait le vœu et le second lorsque celui-ci est exaucé. Lorsque le Daruma n’a qu’un oeil, cela nous le voeu ou l’objectif à atteindre et encourage à persévérer. A début de l’année suivante tous les darumas (à deux yeux en principe !) sont ramenés au temple où ils ont été achetés et brûlés lors d’une cérémonie appelée Daruma Kuyou.

Brûler un daruma à un œil ne signifie pas que les dieux ne font pas leur travail, ou qu’on est impatient. Cela implique une démarche philosophique plus profonde. Lorsqu’on brûle un daruma à un œil, on indique aux dieux que l’on trouvera un autre moyen de réaliser notre vœu. Il s’agit donc plus d’une façon de se promettre de faire quelque chose par soi-même (et donc sans attendre une aide divine) que d’une renonciation à son vœu ou d’une réclamation divine. L’aspect philosophique de cette démarche est très intéressante, puisqu’on y trouve la persévérance japonaise, leur vision de la divinité (qui n’est pas infaillible) et également l’importance du rituel, que l’on trouve beaucoup plus au Japon qu’en Europe (source http://www.kyototradition.com/)

Les Daruma ont une présence très importante dans la culture japonaise, il  ya même des comptines qui le mettent en scène. Et enfin le mot japonais pour désigner le bonhomme de neige au Japon c’est Daruma de neige (Yuki Daruma). Rien que cela !

Vous voulez fabriquer votre Daruma ? C’est possible en cliquant ici !

Z comme Shootée aux endorphines

La semaine dernière Sandrine partageait en souriant un plaisir intime bien étrange. Non rien de grivois. Juste le plaisir qu’elle avait à faire tranquillement sa vaisselle (oui cela existe !!!).  Elle en parlait avec une jubilation qui me rappelait le plaisir que j’ai pu éprouver en faisant des travaux manuels au zendo, en pleine conscience.  Sentir aussi bien tout ce qui se passe dans le corps, les muscles, les articulations, que le geste, la poussière qui vole dans la lumière, les odeurs qui se déplacent, l’énergie des autres autour de soi. C’était plus facile pour moi de balayer dehors que de faire la vaisselle, tant pour elle je devais me défaire des gestes automatiques pour tenter d’éprouver un geste neuf et habité.

Je sortais du zendo le samedi midi complètement shootée aux endorphines… La lumière était plus vive, les couleurs plus éclatantes, le monde plus beau. Et cela me manque ce zendo qui a fermé ses portes, parce que méditer tout seul dans son salon, c’est super, mais il manque toutes les vibrations des autres, tout ce qui aide à déposer l’armure pour se relier en douceur, en conscience à tout ce qui nous entoure.

Et si vous voulez découvrir mes impressions lors de mon premier zazen, c’est là, sur Saveur(s), le blog des débuts !

B comme blogue

Un ami devenu trop rare sur ces ondes me dit qu’il trouve qu’il y a de moins en moins de lecteurs sur les blogues. Sur son adresse hyper connue, il a sans doute les moyens de constater ce lent déclin. Moi pas, ami lecteur tu es sur un blogue à discussion confidentielle (si tu en doutes, va lire le bilan 2011), comme un peu tout ce que je fais d’ailleurs. Mais est-ce un problème ?

C’est vrai qu’en théorie, avec  un blogue je peux être connectée à plus de personnes que je ne le pourrais dans la « vraie » vie sauf à me transformer en oratrice irrésistible qui fait salle comble au zénith tous les soirs (j’ai fait cela une fois pour ma boite, très impressionnant de prendre parole sur scène devant un telle foule). Ma taille de salle confortable c’est plutôt les Bouffes du Nord. Là où j’ai entendu Angélique Ionatos pour la première fois de ma vie, chantant des textes de Sappho de Mytilène. Là où je suis tombée raide amoureuse des percussions de Christian Boisset. Une salle où il est possible de se regarder les yeux dans les yeux, de se parler d’âme à âme.

Revenons au blogue et aux autres moyens d’échanges. J’ai succombé aux sirènes de face de bouc que j’aime pour l’interactivité possible. Pour le fil ténu de proximité que cela permet de tisser comme une broderie, une enluminure au blogue. Reste que sur face de bouc, le plaisir de la langue, la musique des mots, la recherche d’un rythme est absente. Un « billet » n’est guère plus long qu’un gazouillis de twitter. C’est un bloc notes pour moi. Ici beaucoup moins. C’est plus un carnet de voyages au pays de la vie. Un collage fluctuant et inégal de mots et d’images – la musique m’est moins cruciale.

J’ai ouvert un blogue en 2007 parce que je m’étais cassé le poignet et j’ai investi mes huit longues semaines d’arrêt dans l’exploration de ce truc dont j’avais entendu le nom mais qui n’avait pas corps. Je lui ai donné des couleurs, un corps turquoise et jaune, des tons gais et lumineux. J’ai exploré  comme une gourmande cet univers là, fait des bourdes, déniché des merveilles, beaucoup ri, parfois pas compris. J’ai butiné, butiné, j’avais une liste très longue de liens qui a fondu avec le temps, qui s’est renouvelée en partie aussi. J’ai eu ma phase accro aux stats, accro aux commentaires, accro aux nouveaux lecteurs, accro aux abonnés, etc, etc.

J’ai changé trois fois d’hébergeurs, et maintenant je suis là, je pose des mots sur ce que j’ai envie de partager. Quand j’ai envie de partager.  Si tu passes et que tu lis, je suis contente, mission accomplie. Si tu passes et que tu commentes, je suis contente aussi. Si tu ne passes pas, je patiente. Si tu arrives chez moi avec une recherche gougueule, parfois je lance la même recherche que toi et je voyage alors comme un passager clandestin sur un chemin que je n’ai pas prémédité. Un délice. Parfois je souris juste en essayant d’imaginer qui tu es pour avoir  tapé « bar à harengs » ou « piercing insolite » ou « Adrien payette en anglais ».

Bref, ce cybercarnet, comme tous mes autres carnets, témoigne de moments sans continuité préméditée. Bien sur il garde des traces que j’oublie et que j’ai plaisir à redécouvrir en replongeant dans les archives. Bien sur je trouve des lignes de trame à posteriori dans les écrits que j’ai déposé là qui se font et se défont selon mes réflexions du moment. Ce qui m’importe c’est ce que j’y fais dans l’instant, d’instant en instant.

Abécédaire 2012

26 lettres comme prétexte pour écrire des billets sur ce qui m’anime, sur ce blogue ou dans la vie.

A comme apprendre, aimer (non, finalement ce sera A comme ange gardien)

B comme blogue

C comme création

D comme daruma

E comme exposition

F comme face de bouc, fenêtre

G comme grandir, gouter

H comme houache, halitueux

I comme impressionnisme

J comme joyeux

K comme Kuan Yin

L comme léger

M comme MBSR, méditation (et pourquoi pas M comme mauve espagnol)

N comme namaste

O comme ouverture

P pour peindre plutôt que prêcher

Q comme QQOCQP

R comme rencontrer

S comme savourer, sourire

T comme traces

U comme utopie

V comme verticale

W comme watts

X comme xylophone

Y comme la génération Why

Z comme Zen