Farfadet, gobelin, lutin….

Parfois les lutins se glissent entre l’arbre et l’écorce pour écrire, à l’endroit le plus vivant et énergétique de l’arbre. Oui, je radote. Mais parfois le lutin se cache carrément dans l’arbre, et là c’est beaucoup plus impressionnant. Il ne laisse apparaître que son seul visage, pour respirer bien entendu. Il essaie de se faire discret, discret, et de se cacher le plus haut possible pour pouvoir faire ses blagues sans être démasqué mais sa présence se trahit toujours par une bizarrerie aux environs. Là c’était un arbre voisin qui essayait d’engloutir le panneau de signalisation du club vosgien. Il avait assez bien réussi à le plier en deux, mais pas encore tout à fait à l’avaler. C’est l’avantage des arbres, ils agissent assez lentement. Inexorablement mais lentement.

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Et après le lutin (là c’est un garçon barbu, es-tu d’accord ?), caché dans son arbre, il peut rêver tranquille, à moins que ce ne soit l’arbre qui rêve. Va savoir.

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Libre et adaptée

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Nous regardions la série de photos faites à Hunawihr au centre de réintroduction de cigognes et de loutres d’Alsace. Un endroit génial pour approcher les cigognes de près, cigogneaux compris (parce que les loutres, hein, faut pas rêver, sauf à avoir des sardines dans les poches), et en savoir un peu plus sur leur vie. Et donc un endroit tentant pour oser tout plein de style de photos et notamment des cigognes en vol. Un exercice pas facile en général à réussir. mais là elles sont tellement nombreuses qu’avec un peu de patience c’est possible d’en capter une dans la bonne lumière, au bout de son objectif (bon d’accord celle-là c’est pas moi qui l’ai faite).

Nous regardons la série de photos faites à Hunawihr au centre de réintroduction de cigognes et de loutres d’Alsace, disais-je. je m’émerveillais de leur adresse en vol, de leur faculté incroyable de trouver les courants aériens pour disparaître brutalement, happées par un vigoureux flux ascendant,  je m’émerveillais du dessin sombre qu’elles font sur le ciel, de leur envergure, du contour incroyable des rémiges, comme des doigts posés en appui sur le ciel. Et je me suis arrêtée sur cette photo-là. je ne sais pas pourquoi. je l’ai regardée longuement sentant confusément qu’elle avait quelque chose d’insolite sans trouver quoi.

Et puis tout à coup cela m’a frappée, juste à l’instant où j’ai arrêté de chercher, à l’instant où une brèche s’est faite dans mon esprit obtus, à l’instant où je ne cherchais plus à la distinguer mais juste à la regarder comme si c’était la première fois de ma vie que je voyais une cigogne. J’ai vu, et toi aussi maintenant sans doute que cette cigogne avait incroyablement une seule patte. Non, non, pas deux, tu peux chercher attentivement, zoomer comme un fou, tu n’as pas la berlue, c’est bien une cigogne unijambiste.

Pour avoir vu des dizaines de cigognes décoller et atterrir précautionneusement, et senti l’importance des deux appuis, je suis restée admirative de cette cigogne qui a visiblement trouvé sans problème comme résoudre cette difficulté et continuer sa vie de cigogne. L’histoire ne dit pas si elle fait partie du groupe de cigognes qui migrent ou non, mais peu importe. C’est une belle image d’adaptation à son handicap, à ses limites qui ne l’empêchent pas de planer dans le ciel, librement. Conformément à sa nature de cigogne.

Dormir sur l’herbe

La même semaine que ma fastueuse rencontre avec un chevreuil, je lisais (oui, oui c’est une passion) mais cette fois beaucoup plus tard, le soleil était couché et la lumière en train de disparaître. Un ouvrage magnifique de Joseph Campbell sur les mythes. Je lisais donc assise sur le balcon qui surplombait la terrasse où lisait l’homme (un polar énorme) profitant des derniers rayons de mauve et d’orange dans le ciel.

Comme ce livre est une merveille d’inspiration, j’ai eu envie de partager un paragraphe. Je me suis levée doucement et approchée du bord du balcon à clairevoie, prête à héler l’homme assis en contrebas. Et les sons se sont arrêtés nets dans ma gorge. En dessous de moi, le long de la plate-bande bordée d’une travée de chemin de fer, à trois ou quatre mètre des pieds de l’homme lisant, un renard somnolait en boule. Peut être voulait-il aussi profiter de ce partage de Campbell. Je l’ai regardée médusée. Il a levé les oreilles vers moi puis le museau. Nous nous sommes regardés longuement.

Je l’ai bombardé de questions silencieuses pour tenter de comprendre ce qu’il faisait là, dans un jardin avec des humains si proches, au milieu d’un ensemble de maisons, certes à distance mais quand même. Je me suis même demandée s’il était déjà là lorsque nous avions dîner sur la terrasse. Sans doute pas, les chats l’auraient détecté. Bref, je me suis statufiée sauf que là je savais qu’il me voyait, et il savait que je savais. Il s’est assis d’un geste doux, pas nerveux pour deux sous, comme si être assis là dans l’herbe était la chose la plus naturelle du monde.

Et moi tout aussi calme, j’ai appel l’homme doucement. Je lui ai dit de se lever et se pencher doucement vers l’angle de la plate-bande. Le renard lui a jeté un œil furtif. Et quoi ? Tu as un renard quasiment à tes pieds ! Le renard s’est levé sans me lâcher des yeux. Il était magnifique, costaud, bien proportionné, une fourrure rousse superbe, une queue en panache avec un beau volume. Vraiment magnifique. L’homme a bougé, le renard a fait un écart. Il a reculé d’un pas. L’homme s’est rapproché, le renard nous a regardé alternativement, et puis il est parti très doucement vers le fond du jardin,  sans se presser. En s’arrêtant régulièrement pour nous surveiller. Et puis il a plongé dans l’ombre des sapins et a disparu.

Son image est restée imprimée dans ma rétine longtemps. Son assurance, sa tranquillité m’ont vraiment surprise. J’ai déjà vu des renards, mais jamais d’aussi près et ils détalent à la seconde quand ils nous identifient. A croire que ce lieu est spécial pour rencontrer les animaux.

Je l’ai guetté (avec l’arrière pensée d’essayer de prendre une photo)  tous les autres soirs, mais je ne l’ai pas revu. Et quand le voisin m’a dit le jour du départ qu’il piégeait les renards dans son champs, j’ai frémis. Encore un qui considère les renards comme des animaux nuisibles. il n’élève pourtant pas de poules !!!!

Prendre soin de soi avec François Chapuis

Chaleur torride à Guebwiller ; je cherchais désespérément une linzertorte, et l’homme un pain convenable gouteux et qui se conserve… Nous avons arpenté la grande rue (rue de la république, forcément) de cette sous préfecture alsacienne, ville étape du chemin de Saint Jacques (c’est bon pour se ressourcer) de la plus récente, l’église Notre Dame (XVIIIe), à la plus ancienne, l’église Saint léger (roman tardif) toute en grès rose.

Elle est imposante et ornée de tout un tas de sculptures étonnantes, notamment sur l’un des pignons extérieurs. Mais la surprise la plus colossale est dedans. Ses vitraux ont été très abimés au fil des ans, et pour partie remplacés par des vitraux du Maitre Verrier François Chapuis (1928-2002).

En quelques vitraux, il donne une leçon sur l’essentiel : ce sont les couleurs qui font la lumière, et pas l’inverse. Ou pour le dire autrement, les vitraux utilisent les couleurs de l’arc en ciel, les couleurs des chakras. En rentrant dans une église, et particulièrement les plus anciennes toujours bâties sur des hauts lieux d’énergie, nous prenons un bain de couleurs équilibrantes et vitales. Chacun peut ainsi prendre soin, dans ce moment de repos de l’esprit qu’est la méditation ou la prière, de qui est faible en soi.

Nos ancêtres ont inventé la chromothérapie bien avant nous, entre autres 😉

Vous pouvez admirer d’autres vitraux de François Chapuis à l’Église Saint Pierre du Champ de la Pierre (61), à l’Eglise Saint Georges de Sélestat (68), à la Cathédrale St Léonce de Fréjus, à l’Eglise St Jean-Baptiste-St Denis de Vélizy, à la cathédrale Saint Pierre et Saint Paul de Nantes, à l’église Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-des-Baisants (50)

Un brocard

Le voisin nous a prévenu, un brocard s’est sédentarisé dans le coin, entre forêt et prairie. Il n’est pas rare de le voir couché au soleil dans l’après midi sur la pâture au dessus de la maison que nous avons louée en Alsace. Il y a a aussi une chevrette et ses deux petits, mais elle se laisse moins facilement voir.

Et le fait est, tous les matins, peu après le lever du soleil, il sort du bois pour se balader entre les maisons. Je le vois assez souvent d’assez loin quand même. Un matin, j’ai décidé de m’approcher plus près, profitant que je n’étais pas dans le vent. Je marchais à pas menus, chaque fois qu’il tournait la tête. Un remix champêtre de 1, 2, 3 soleil ! Et comme dans le jeu, à un moment, il m’a vue bouger, et zou, en quelques bonds gracieux il a disparu. J’étais déçue de son départ trop rapide à mon goût.

Quelques jours plus tard, je profite du soleil « couchant » (comprendre le soleil qui se cache derrière la montagne et à 17h disparait jusqu’au lendemain). Juste le soleil, pas sa lumière. Donc je bouge ma chaise à chaque reculade du soleil (un autre remix de 1, 2, 3 soleil) pour profiter le plus longtemps possible d’assez de photons pour lire sans fatiguer. A chaque carillon – oui les cloches sonnent toutes les quinze minutes de jour comme de nuit – je bouge ma chaise et je recule de plus en plus vers la barrière de la maison, vers la forêt en fait. Totalement absorbée par ma lecture (en anglais, cela demande encore plus de concentration), j’entends un bruit de pas dans le chemin. Je me retourne, et qui vois-je, le chevreuil trottiner tranquillement dans le chemin, escalader le talus d’un bond, se glisser souplement sous la clôture électrique et disparaitre. Vision saisissante et heureuse.

Le lendemain, le champ dans lequel le chevreuil a disparu est fané. Finies les hautes herbes où se cacher. Je dis cela d’expérience, je suis passée un jour à moins de deux mètre d’un chevreuil couché que je n’avais pas vu.  Il a déguerpi dès que je l’ai dépassé, dans l’autre sens évidemment ! Bref, qui dit champ fané dit autre chemin de promenade à couvert, et sans doute plus d’apparition du chevreuil.

Le soir venu, je reprends mon jeu de chaise qui recule. Et tout à coup, je sens une présence. Je pose délicatement mon livre, tourne la tête. Je ne vois rien. je me lève doucement, toujours rien. Je marche doucement vers la barrière en prenant soin de ne pas faire crisser les graviers, j’ouvre délicatement la porte. Toujours rien. Je regarde les trajets que je connais. Rien. Ah si en fait, là bas, à 50 mètres, je vois une tache brune qui se déplace doucement. Je reste sur le chemin, raide comme un piquet de clôture et j’attends. Monsieur prend son temps et zigzague dans le champ. Il s’arrête derrière un monticule. J’en profite pour bouger moi aussi et me placer à un endroit où la vue est plus dégagée. Et j’attends. Et bientôt je le vois qui contourne le monticule, s’arrête, embrasse l’horizon et continue ses zigzags, franchement dans ma direction. Je savoure ma chance et mon plaisir. Il prends son temps, j’en suis ravie.

Il est maintenant à 30 mètres de moi. Il relève vivement la tête et prend le trot, droit dans ma direction. Je suis très surprise, d’accord je ne suis pas sous le vent, lui oui, mais quand même. Il s’arrête en haut du champ, regarde toujours dans ma direction comme si un aimant irrésistible était caché derrière moi, et il s’approche en trottinant. Il s’arrête à deux ou trois mètres de moi, pas plus.

Il ne me voit pas, aussi incroyable que cela puisse être. Je le vois frémir, son dos tressaille, il est trempé, de sueur sans doute, il est sans doute assez proche pour me sentir à présent, et se demander sans doute pourquoi un fichu piquet de châtaigner pue autant l’humain. J’ai le temps d’admirer sa truffe noire, son museau tout fin, ses andouillers, de plonger mes yeux dans le silence insondable des siens, de détailler sa robe. Je l’entends respirer et je sens bien qu’il est nerveux. Que sent-il que je ne perçois pas ? Il hésite sur le chemin à emprunter : passer devant moi et filer sous la clôture électrique pour traquer les dernières gouttes de lumière ou rebrousser chemin vers la sombreur de la forêt. Ses oreilles s’agitent en tout sens comme s’il se sentait traqué. Peut être est-ce seulement mon odeur qui le perturbe à ce point.

Il hésite, fait tourner ses oreilles comme un gyrophare et décide de repartir d’où il vient à petites foulées. plus il s’éloigne de moi, plus il accélère. Et il disparait rapidement dans le bois aux giroles (mais c’est une autre histoire…) Et moi je reste là, en silence, en état second, saisie par la grâce de cet instant magique et incroyable, pleine de gratitude pour cette vie sauvage entrevue quelques secondes.

La danse des cigognes

Il était une fois une cigogne perchée, un peu sorcière aussi, enfin juste du bout des ailes. Je me suis installé au printemps, comme tous les ans dans mon beau grand nid sur le toit le plus haut du joli village d’Eguisheim. Enfin presque le plus haut. J’ai délaissé le toit de l’église parce que je n’aime pas trop les églises ; le carillon des cloches et les effluves d’encens me font tourner la tête. Et quand on est une cigogne perchée très haut, avoir mal à la tête c’est pire qu’avoir le vertige.

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Bon bref, je sens bien que les jours raccourcissent et que d’ici quelques jours, je vais devoir laisser mon nid douillet pour retrouver les terres plus chaudes d’Afrique en faisant quelques détours pour admirer les splendeurs de la Terre, pendant qu’il en restait encore et que vous les humains n’avaient pas encore tout détruit. A raison d’une étape tous les 150 à 300 Kms cela prend un bon moment mais le voyage en vaut la peine. Mais c’est encore trop tôt, pour le moment, c’est le temps des réparations. Ben oui, chez les cigognes, c’est un peu comme chez vous, le bricolage c’est plutôt le fait des garçons. Les filles elles font les finitions du nid, les feuilles, les plumes, les trucs doux et chaud. Et nous c’est plutôt le bâti..

Oui je vous entends protester :  « A quoi bon réparer son nid quand on s’en va ? Ce sera toujours assez tôt au printemps ». Oui, oui vous avez raison, ce sera nécessaire. Mais plus il est solide en août, plus c’est facile en mars de réparer les trous et de le rehausser encore un peu. Le mien est déjà passablement grand, plus d’un mètre vingt de diamètre, mais pas encore tout à fait assez profond pour cacher un humain dedans donc il faut que je fasse attention.

Bon bref, voilà, je vais doucement, majestueusement même le tour du nid, je regarde bien comment sont assemblés les morceaux de branches. Moi je n’utilise que des sarments, cela sent bon. Et c’est pour cela que vous avez du mal à en trouver en Alsace. Les vignerons nous les gardent. C’est le pacte de notre collaboration.  Enfer et damnation, un morceau manque de tomber dans le vide. je m’en doutais, j’ai une plume qui rebique dans le dos quand le nid est en danger. C’est mon signal d’alarme. Vous ne me croyez pas ? Vous allez voir ce que vous allez voir. Vous autres c’est les genoux qui annoncent la pluie, moi c’est les plumes qui disent qu’il y a du travail.

Seulement voilà, je ne suis pas comme vous, pas de mains, pas d’outils pour tasser la portion indélicate qui veut aller respirer le bitume. Alors j’ai inventé un truc épatant (bon je l’ai appris de mon père, mais chut ne le répétez pas), j’attends d’être tout seul, comme maintenant. Mme et les enfants sont allés faire le ravitaillement. Je m’installe délicatement sur le haut du nid, et je marche dessus à petits pas, les ailes déployées pour ne pas me casser la gueule parce que le bord du nid c’est franchement pas très large et pas très stable. Et comme je suis d’une famille de cigognes chamanes, je tourne dans le sens des aiguilles de l’horloge de l’église.

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Si, si c’est important pour l’énergie. Dans cet hémisphère je tourne dans le sens des aiguilles, en Afrique, je fais dans l’autre sens. Mais non c’est pas vrai, j’ai pas de nid dans le sud ! De toutes façons je n’ai pas besoin de regarder l’horloge pour le savoir, je le sens en le faisant si c’est juste ou pas. C’est mon Coriolis à moi. Et donc je fais comme cela des dizaines et des dizaines de tour en tapotant les bords pour les tasser encore et encore et rendre le nid bien solide.

J’en profite pour vous dire que je trouve injuste que dans les arts martiaux on ne parle que des grues et jamais des cigognes, parce que franchement, quand nous dansons ainsi, la grâce de nos ailes vaut bien celles des grues. D’accord nous n’avons de houppette seyante sur la tête, mais bon. Je m’égare, je m’égare. Et savez vous commet je sais que je peux arrêter de danser sur mon nid ? Non ? Vous n’avez pas une petite idée ? Oh c’est facile pourtant, c’est quand je réussis en tirant tout doucement à arracher la plume qui rebique. Elle se détache tout tranquillement de mon dos, je fais un dernier tour de piste, et je la lâche, cela porte bonheur. Elle vole dans l’air doux et tombe par terre ou…

Eguisheim_20100809_cigogne blanche

Vous ne me croyez pas ? Mais si vous lisez cette histoire c’est parce que Tanakia a ramassé ma plume pour vite écrire l’histoire pendant ses vacances et vous la raconter…