Elle s’appelait Sarah

Elle avait une dizaine d’années et vivait avec ses parents et son frère Michel rue de Saintonge dans le marais.  Elle a été cueillie au petit matin avec ses parents lors des rafles du Vel d’Hiv. Elle avait caché son petit frère dans un placard pour le protéger, prenant avec elle la clé du placard. Capturée, elle n’a eu de cesse de retourner à Paris libérer son petit frère. Au péril de sa propre vie.

Elle s’appelle Julia, elle est américaine et journaliste. Le rédacteur en chef de son journal décide un jour de faire un numéro de « sortie de crise », d’articles pour donner des envies d’espérer. Elle choisit la rafle du Vel d’Hiv de juillet 1942 et traque dans Paris des signes, des souvenirs. Jusqu’au moment où elle apprend que l’appartement familial que son mari architecte est en train de refaire appartient à la famille depuis août 1942. Et si c’était l’appartement d’une famille déportée ?

Son enquête la conduit à déterrer douloureusement des secrets de famille bien enfouis, jetant ceux qui ne savaient rien dans un profond désarroi. Et la conduisant à retrouver en elle-même un désir caché.

Ce mélodrame de Gilles Paquet-Brenner traite à nouveau de la guerre, de la shoah. La reconstitution du Vel d’hiv et du camp de transit sont particulièrement saisissantes. Il parle aussi des solidarités silencieuses et anonymes qui permettent des accrocs dans les programmes bien huilés de destruction, des fulgurances d’humanité qui persistent malgré l’horreur et la peur, des fissures dans la chape de béton des secrets de famille enterrés  « pour le bien »  d’un des survivants. Un film grave, difficile, poignant.

L’italien d’Olivier Baroux

Dans ce film, Dino Fabrizzi (Kad Merad) a deux identités, une pour le travail – il vend des Mazzerati -, pour trouver un appartement – parce que Bensaid c’est rédhibitoire pour nombre de logeurs -, pour sa  copine (Valérie Benguigui) – qui vend des robes de mariée – et l’autre identité, c’est celle du sang, de la famille. Il s’appelle Mourad Bensaid, Mourad comme le désir.

Pour sa famille, il est censé travailler à Rome, et pour les collègues niçois c’est sa famille qui est censée vivre à Rome. Il mène ces deux existences parfaitement étanches et séparées avec la complicité de sa sœur Amel qui n’en peut plus mais. Il est bel et bien enfermé dans ses rôles sans pouvoir en sortir et réussir pour le moment à ne pas se perdre pas lui même.

La vie se charge de lui faire un beau cadeau. Son père a un infarctus et lui demande de faire le ramadan à sa place. il dévore l’islam pour les nuls et rend visite à un imam pour être sûr de ne pas gaffer. Adieu repas d’affaires, horaires éparses, long sommeil, fornication (c’est l’imam qui le dit). Et puis surtout il ne peut plus garder étanches les frontières entre ses mondes. Alors ce qui devait arriver arriva, le monde des mensonges s’écroule. Faire semblant d’être italien tout en faisant semblant de ne pas faire le ramadan, ce n’est pas très évident de son propre aveu.

Crise et opportunité, remise en question, (re) circulation libre de la parole… bon évidemment c’est une comédie pour faire rire alors le trait est parfois un peu grossier, un peu caricatural, mais les personnages ont la bonne épaisseur et sonnent juste.  Son collègue vendeur de voiture est une caricature de vendeur de voiture (de luxe quand même) et de salaud fini. Son meilleur ami, juif et artiste, l’aide à garder le cap, ne pas se perdre et garder les pieds sur terre. C’est le premier à à répondre présent chaque fois que Dino-Mourad est dans une impasse et se réjouir de l’effondrement du mensonge qu’il voit comme une chance.

Un bon divertissement plus profond qu’il n’en a l’air, sur fond de honte identitaire.

Tamara Drewe

Délicieuse comédie qui raconte l’histoire d’une femme aimée de trois hommes dans un village perdu au fin fond du monde. Village anglais qui sue l’ennui aux yeux de deux adolescentes locales qui égrènent péniblement les jours. Pestes parfaites se goinfrant de presse pipole, de rêves et fouteuses de m* hors pair pour tromper leur ennui mortel.

Seule distraction au village, la ferme bio qui est aussi résidence pour écrivains en mal d’écriture, tenue par un maitresse femme, épouse d’un auteur à succès de polars- surnommé Nichol’ass. La ferme donc, huit clos qui rassemble quatre écrivains en villégiature, le maitre de céans, la maitresse de céans, leurs filles et Andy, l’homme à tout faire de la ferme, ancien graphiste devenu pépiniériste d’une serre de cannabis qu’il a fumé jusqu’à la dernière feuille.

Un bel après-midi, Tam, ancien souffre douleur des enfants  du village, revient au village pour vendre la maison de ses parents. Après des années d’absence, le nez refait, les jambes mises en beauté dans un mini short, elle escalade la barrière du pré, plus belle que jamais et fait tourner la tête des hommes. Celle entre autres d’Andy, son ancien amant qui n’a pas tourné la page.  Devenue journaliste de presse pipole, elle interview un batteur frimeur et se met à la colle avec lui. Manque de chance, c’est l’idole des deux adolescentes désœuvrées qui sont en pâmoison de les voir s’installer au village. Bon rapidement le bruit, la fumée et la foule manquent au batteur compositeur. Tam le suit à Londres où elle tente d’écrire un roman autobiographique. Puis revient au village et sème, bien malgré elle, enfin presque, la zizanie dans le ronron tranquille des saisons.

Pour la fin de l’histoire, allez voir le film. Ih49 de comédie menée de main de maitre par Stephen Frears. Des portraits croqués avec justesse. Une myriade de personnages excellents dans des registres très différents que le réalisateur accorde à merveille pour concocter une histoire bien plus riche que les apparences qui s’attaque aux affres de la création et aux turpitudes humaines. Vaste programme.

Les petits ruisseaux

J’avais adoré la BD (merci lecteur exilé) même si je n’aime pas trop le coup de crayon de Rabaté. J’ai (un peu) hésité à aller voir le film dans une salle (pas) climatisée- oui cela existe encore à Paris – et j’ai fait le pas.

Courrez vite cela se joue encore dans une poignée de salles, petites, souvent pas en soirée (incompréhensible !),  et cela en vaut la peine. Autant vous prévenir c’est d’une extrême lenteur qui peut déconcerter. Je trouve ce rythme très confortable parce qu’il permet de déguster les images à petites lampées sasn être prisonnier de l’histoire. Cela permet de s’attarder aux détails, de savourer les prises de vues et les couleurs, de ce réjouir des petitis riens qui émaillent le film.

Ce n’est pas un film parisien du tout, cela rend bien l’atmosphère masculine un peu âgée qui gravite autour du café du village – ici le penalty – à la campagne. On aime ou on aime pas. On peut trouver cela très beauf. Il n’empêche que cela existe pour de vrai, c’est ainsi que tout plein de gens vivent.

L’histoire raconte le retour à la vie, à la pétulance, aux expériences singulières d’un septuagénaire qui perd son copain de pêche. Le dit copain de pêche était en amour avec une jolie femme de son âge et envisageait de « foutre en l’air sa vie de célibataire » pour revivre avec une femme. Revivre en couple librement consenti d’union de deux solitudes. Manque de chance, la camarde passe par là le privant de réaliser son projet.

Emile rencontre cette dame et redécouvre une certaines sensualité qui l’effraie au point qu’il va consulter un médecin pour être sur que tout va bien. Il plonge alors en plein conflit de loyauté par rapport à Jeanne, son épouse défunte et ne se pardonne pas d’avoir envie de vivre tout court.

Une boite de médicaments en poche, il prend la route bien décidé à résoudre son conflit par la manière forte mais la vie la rattrape à petites touches, lentement mais sûrement…