La mort n’est rien

La mort n’est rien
Je suis simplement passé dans la pièce à côté.
Je suis moi. Tu es toi.
Ce que nous étions l’un pour l’autre, nous le sommes toujours.
Donne-moi le nom que tu m’a toujours donné.
Parle-moi comme tu l’as toujours fait.
N’emploie pas de ton différent.

Ne prends pas un air solennel ou triste.
Continue à rire de ces petites choses qui nous amusaient tant..
Vis. Souris. Pense à moi. Prie pour moi.
Que mon nom soit toujours prononcé à la maison comme
il l’a toujours été.
Sans emphase d’aucune sorte et sans trace d’ombre.

La vie signifie ce qu’elle a toujours signifié.
Elle reste ce qu’elle a toujours été. Le fil n’est pas coupé.
Pourquoi serais-je hors de ta pensée,
Simplement parce que je suis hors de ta vue ?
Je t’attends. Je ne suis pas loin.
Juste de l’autre côté du chemin.
Tu vois, tout est bien.

Chanoine Henry Scott-Holland (1847-1918)
traduction d’un extrait de « The King of Terrors », extrait d’un sermon sur la mort prononcé lorsque la dépouille du roi
Edward VII reposait à  Westminster. Quelquefois attribué à Charles Péguy, d’après un texte de Saint Augustin

Death is nothing at all.
It does not count.
I have only slipped away into the next room.
Nothing has happened.
Everything remains exactly as it was.
I am I, and you are you, and the old life that we lived so fondly together is untouched, unchanged.
Whatever we were to each other, that we are still.
Call me by the old familiar name.
Speak of me in the easy way which you always used.
Put no difference into your tone.
Wear no forced air of solemnity or sorrow.
Laugh as we always laughed at the little jokes that we enjoyed together.
Play, smile, think of me, pray for me.
Let my name be ever the household word that it always was.
Let it be spoken without an effort, without the ghost of a shadow upon it.
Life means all that it ever meant.
It is the same as it ever was.
There is absolute and unbroken continuity.
What is this death but a negligible accident?
Why should I be out of mind because I am out of sight?
I am but waiting for you, for an interval, somewhere very near, just round the corner.
All is well.
Nothing is hurt; nothing is lost.
One brief moment and all will be as it was before.
How we shall laugh at the trouble of parting when we meet again!

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Funambule

La poésie est avant tout la peinture, la chorégraphie, la musique et la calligraphie de l’âme. un poème est un tableau, une danse, une musique et l’écriture de la beauté tout à la fois.

(…)

L’amour est bien le plus difficile des arts. Et écrire, danser, composer, peindre c’est la même chose qu’aimer. C’est du funambulisme. Le plus difficile c’est d’avancer sans tomber.

(…)

Écrire c’est avancer mot à mot sur un fil de beauté, le fil d’un poème, le fil d’une œuvre, d’une histoire couchée sur un papier de soie. Écrire, c’est avancer pas à pas, page après page  sur le chemin du livre. Le plus difficile, ce n’est pas de s’élever du sol et de tenir en équilibre, aidé du balancier et de sa plume, sur le fil du langage. Ce n’est pas non plus aller tout droit, sur une ligne continue parfois entrecoupée de vertiges aussi furtifs que la chute d’une virgule, ou que l’obstacle d’un point. Non, le plus difficile, pour le poète, c’est de rester continuellement  sur ce fil qu’est l’écriture, de vivre chaque heure de sa vie à hauteur du rêve, de en jamais redescendre, ne serait-ce qu’un instant, de la corde de son imaginaire. En vérité le plus difficile c’est de devenir un funambule du verbe.

in Neige, Maxence Fermine

Le jeudi c’est citation

J’avais rompu avec cette joyeuse habitude du terrier de Chifonnette, d’exhumer du secret des pages fermées quelques pépites aimées. Aujourd’hui ce sera un extrait d’un article, une entrevue en fait avec Alexandre Poussin qui fit en 2001 trek du berceau de l’humanité  en Afrique au lac de Tibériade.

« Les anges, je crois, aiment ces marcheurs qui osent vivre comme les lys dans les champs et les oiseaux dans le ciel : c’est quand on se force à ne pas tout prévoir que l’imprévu, et donc la Providence pourvoient de l’aventure dans nos vies, et que notre vie devient une aventure »

in La vie, supplément Les essentiels, 2 aout 2012

Aimance, la pensée cherche la parole

Non, cela ne la choquait pas de s’arrêter à entendre « gentillesse », comme ça, avec elle. C’était même une façon d’élargir le dedans, d’écarter d’un sourire les murs de l’oppression. Eprouver, grâce à la parole, qu’on est bien d’être ensemble, c’est bon comme un éveil, une joie d’expansion, avec l’autre, pour l’autre, grâce à l’autre. C’est très bizarre et très doux de ne plus se tenir sur ses gardes, d’entrer en…

On n’osait pas dire. Ni amour ni amitié. On n’ose pas. C’est pourquoi elle leur avait suggéré aimance : active, heureuse disposition à aimer. En attente aimante d’aimer.

Elle priait pour que vienne encore et encore la pluie des mots qui faisaient sortir les mots, pousses vertes gerbes et lianes, profuse frondaison qui fait venir la pluie qui fait pousser les mots. C’est ce qu’elle appelait l’aimance.

In L’enfant, le prisonnier d’Annie Leclerc, Actes sud 2003 (un livre magnifique qui raconte le travail d’une philosophe avec des prisonniers lors d’ateliers d’écriture à la prison de la santé)

Quelque chose à te dire

Mon fond de commerce, c’est les secrets : on me paie pour les garder. Les secrets du désir, ce que les gens veulent réellement, ce qui leur fait le plus peur.

(…)

Je suis un psychanalyste ; ou, pour le dire autrement, je suis un décrypteur d’esprits et de signes. Il arrive également qu’on m’appelle dépanneur, guérisseur, enquêteur, serrurier, fouille-merde, ou, carrément, charlatan, voire imposteur. Tel un mécanicien allongé sous une voiture, je m’occupe de tout ce qui se trouve sous le capot, sous l’histoire officielle : fantasmes, souhaits, mensonges, rêves, cauchemars – le monde qu se cache sous le monde, le vrai sous le faux. Je prends donc au séreux les trucs les plus bizarres, les plus insaisissables ; je vais là où le langage n’a pas accès, là où il  s’arrête, aux limites de « l’indicible » – et tôt le matin qui plus est.

Tout en mettant d’autres mots sur la souffrance, j’apprends comment le désir et la culpabilité perturbent et terrorisent les gens, je découvre les mystères qui consument l’esprit, déforment le corps ou, parfois, le mutilent, j’observe les blessures de l’expérience, rouvertes pour le bien d’une âme en pleine refonte.

in Hanif Kureishi, Quelque chose à te dire, 2008

Le feu de la vie

« Nous ne connaissons pas la réponse à ces grandes questions de savoir qui nous sommes et de quoi nous sommes capables […] jusqu’au moment où elles se posent vraiment. Alors, et seulement alors, nous savons si nous sommes à même d’y répondre ou non.  »

Salman Rushdie, Luka et le feu de la vie, 2010.

A la croisée entre conte initiatique, conte philosophique, jeu vidéo, rêverie enfantine, fantaisie, poésie… ce roman de Salman Rushdie est un moment rafraichissant, drôle, inspirant pour, entre autres,  renouer avec ses élans enfantins.

Little big bang

Il arrive parfois qu’un événement survienne de façon soudaine, sans aucune explication logique. Du fait de la rareté de ce cas de figure – jusqu’à l’histoire de Papa, il n’en existait qu’un seul autre exemple survenu il y a près de quatorze milliards d’années et appelé Big Bang – la plupart des gens sont incapable de le comprendre. Ils se sentent toujours obligés de donner une explication à ce qui n’en a pas et finissent bien souvent par crier au miracle, argument auquel on a recours pour décrire l’inexplicable. La vérité c’est que les miracles n’existent pas, peu importe le nombre de gens convaincus de leur existence, qui vont même jusqu’à croire qu’ils en ont connu un certain nombre, eux, personnellement.

in Little Big Bang, Benny Barbash, 2011 (traduction française)