L’écrit-voir ® encore

Le pinceau noir d’encre
Dessine le chat qui guette la lune.
La nuit tombe.

***

J’ai écartelé la toile sur le châssis
Je l’ai collée, clouée, enduite
recouverte de peintures molles
taillée au couteau
caressée au pinceau.

J’ai déposé des baisers de couleurs,
des larmes noires, des souffles courts
des gestes suspendus
des regards intérieurs.

***

La galerie est vide
des éclats de voix
Seules restent les pinces
Acle, à souvenirs.

***

Cent pinces à linges alignées
une à une dans la loge épurée.
Elles attendent les œuvres à venir
patiemment comme le clou.

***

Les rires qui n’ont pas éclaté

– Dis, madame, que deviennent les rires qui n’ont pas éclaté ?

– Et bien, vois-tu, les  rires qui n’ont pas éclaté attendent patiemment leur tour. Ils savent que, tôt ou tard, ils vont réussir à éclater. Et ils sont très inspirés et déterminés parce qu’ils savent aussi que pour un rire qui éclate, ce sont des dizaines d’autres rires qui vont pouvoir éclater et propager dans le monde une onde de légèreté. Seulement voilà, quand ils se sont présentés pour éclater et que la personne choisie a finalement retenu son rire, et bien ils sont invités à aller se reposer, et se recharger en joie sur la margelle du monde. Là où se rassemblent les secrets de la terre.

– Dis, c’est quoi les secrets de la terre ?

– Ce sont des choses mystérieuses et belles qui nous enchantent. Par exemple ce sont des histoires pas encore racontées, parce qu’elles n’ont pas encore trouvé le conteur qui saura en prendre soin et les transmettre dans le monde.

– Et quoi encore ?

– C’est aussi l’endroit où s’en vont le parfum des fleurs quand elles fanent, le blanc de la neige quand il fond par exemple, ou encore la lumière quand tu l’éteins.

– Ahhhhhh ! Est-ce que c’est là aussi que viennent les couleurs des fleurs qui fanent ?

– Oui, oui, bien sûr, c’est là aussi que reviennent les couleurs des fleurs, dans l’arc en ciel de la vie, en attendant de repartir vers d’autres fleurs.

– Mais comment cela marche ?

– Et bien c’est tout simple, quand l’arc en ciel est gorgé de couleurs soit il va se promener avec un orage et les milliers de gouttes d’eau qui tombent emportent avec elles un peu de couleur. Soit il confie un gros stock de couleurs à la foudre qui se charge, à grands coups d’éclairs, de les disséminer un peu partout.

– C’est pour cela qu’on meurt quand on est foudroyé ?

– Comment cela ?

– Ben quand on reçoit la foudre, on en voit de toutes les couleurs et alors on meurt.

– Ah oui, en effet, c’est très probable, on peut sans doute mourir quand on a vu toutes les couleurs du monde.

– Et tu parlais de choses mystérieuses aussi. Mystérieux, c’est comme quoi ?

– Oh là, tu sais c’est encore un peu plus compliqué, du moins c’est souvent compliqué pour les adultes ; pour les enfants, je ne sais pas, tu me diras.

– Allez, parle moi des choses mystérieuses qu’on peut voir au bord du monde. Je veux savoir !

– Et bien c’est là que tu peux écouter le bruit d’une seule main qui applaudit, ou le bruit des arbres qui poussent, ou encore contempler le visage que tu avais quand tu n’étais pas encore né. Tu vois, tout ce genre de choses mystérieuses.

– Ah c’est rudement bien cet endroit là. Et tout le monde peut y aller ?

– Oui tout le monde, puisque c’est là d’où nous venons tous ; seulement nombreux sont ceux qui ont oublié le chemin en grandissant et se sont perdus sur terre.

(c) PaliMalom

***

Proposition : écrire un texte en prose qui commence par ces mots : « Dis, Madame, que deviennent les rires qui n’ont pas éclaté ? »
Temps alloué : 13 minutes

Jeux d’écriture

Atelier d’écriture hier, trouvé en webmusardant. Le point de départ ? Un article sérieux sur l’urgence qui, de clic en clic, m’a conduit sur le site des ateliers d’écriture créative de L’écrit-voir ®. Évidemment, impossible de retrouver mon chemin de clics à présent. Pas grave. J’ai trouvé une clairière où je me suis amusée en joyeuse compagnie. Deux heures d’écriture et lecture croisée de nos textes dans un café parisien surchauffé par nos tempêtes de cerveaux et la chaudière.

Proposition : écrire un poème avec rimes (beurk ! j’ai dit) sur le thème du brouillard ou de la brume.
Temps alloué : 7 minutes

Deux élans me sont venus.

Certains soirs
Au bout de la rue pentue
Il y a la lune qui brille.
 
Certains soirs
Au bout de la rue perdue
Il y a la tour Eiffel qui scintille.
 
Ce soir
La tour est sans fard.
Ce soir
Elle a fondu dans le brouillard.

et puis

Ils étaient des milliers enfermés dans des trains
Débarqués à la crosse en de sombres matins
Nimbés d’un brouillard épais qui les dissimulent
Leur étoile est tombée ; au loin la chouette hulule.
 

Ce que j’ai trouvé intéressant et instructif dans cet exercice, c’est que le temps très court m’a obligée à partir sur la première fulgurance qui surgit, et me permet de plonger dans mon corpus intime de références (ici un mélange de Maurice Carème, Charles Cros, Prévert et un mélange de Jean Ferrat et d’images de Nacht und Nebel qui se sont invités tous seuls). Et sur un processus d’écriture, ici écrire à partir d’une image fugace (la tour Eiffel en haut de la rue de Belleville et le film).

J’aurais tout aussi bien pu écrire à partir de la sensation provoquée par le mot, ou partir d’une émotion, voire d’un souvenir associé au brouillard-brume. Et cela m’aurait conduit à d’autres poèmes, voire d’autres formes de textes.

A suivre !