La fin de l’histoire

Souvent les enfants ne sont pas pressés de connaître la fin de l’histoire. Ils ont même une délectation suprême à inventer une fin qui rebondit de soir en soir et se renouvelle sans cesse. Chacun écrit la sienne, ni vraie ni fausse, simple témoin d’un instant posé, déposé, partagé. Les enfants ont cette singulière capacité à s’absorber dans leur histoire, entièrement. Rien ne peut les en sortir.

Certains philosophes s’interrogent sur la fin, entre ceux qui pensent que l’histoire est finie, que rien n’arrêtera plus l’avènement de la démocratie et ceux qui pensent que non. Entre les Occidentaux qui se représentent le temps comme linéaire et les Orientaux comme cyclique. De quelle fin s’agit-il quand on évoque une droite : de l’infini où la droite rencontre toutes les autres droites, indifférenciée ? Et le cercle, c’est quoi la fin du cercle : la fin du geste, la fin du regard, l’hypnose, le sommeil?

Vincent J Stoker propose une fin de l’Histoire sans mots. Six images posées, déposées, accrochées sur les murs d’une galerie parisienne du marais. De grands murs blancs nus, nus, nus. Un éclairage polaire pour mettre en scène la fin de l’histoire, l’effacement d’un monde. Mais quel monde ? Celui du sculpteur de lumière ? Celui du poète sensible à la seule présence des choses, qui ne saisit rien sinon l’effacement en route ?

Une baleine échouée exhibe ses fanons blancs immaculés. Nous voilà à la merci de la langue et des mots de la baleine. Elle nous écrasera sur ses fanons pour mieux nous avaler. Elle nous invite à nous glisser dans sa panse pour penser Jonas. Jonas, invité à se retirer du monde trois jours et trois nuits, invité à se retrouver, se recentrer avant d’être expulsé comme un fruit mûr pour proposer une issue à la destruction, à la guerre. Jonas ou l’impossible pardon de l’histoire. Est-cela dont nous parle cette exposition : l’impossible pardon des hommes ?

Vincent J. Stoker, Hétérotopie #KDEABI, série Heterotopia
— Read more at http://admin.parisphoto.com/fr/paris/exposants/alain-gutharc#XOiVfWk6mlhdeGOw.99

Des fûts qui s’élancent vers le ciel, des arbres dépourvus de branches pour pousser plus droit. Si tu veux t’élever, enracine-toi, sinon le miroir aux alouettes de la lumière va te perdre. Telle une mouche tu seras pris au piège. Un bref claquement électrique et tu retomberas au sol grillé. Dans quoi vas-tu t’enraciner ? Quelle force peux-tu bien tirer de ce béton asphyxiant ? Vers quel ciel invisible t’élèves-tu ? Quelle est ta quête ? Tu peux repousser les limites mais tu restes fini, limité ; tu ne choisiras ni le début ni la fin de ton histoire, tout au plus les péripéties qui colorent tes jours.

La réserve de savoir, bibliothèque de toutes nos histoires, de toutes nos expériences, immédiatement disponibles pour autant que le lutin facétieux sache quel tiroir ouvrir plutôt que tel autre. Les morts sont plus nombreux que les vivants, non ? Comment faire face à notre histoire sans être écrasés ? A souhaiter que le Trickster sème un peu de chaos dans ce bel alignement régulier et lumineux ; illusion de toute puissance et de maîtrise d’un savoir à jamais indigeste car trop vaste, à jamais indéchiffrable car écrit dans des langues aujourd’hui disparues.

Piscine de lumière, toboggan de photons. Nous sommes surexposés et fragmentés à tout va. Comment réunir les fragments de soi, comment remettre de l’ombre, de l’intime et du noir, interrompre les reflets et échos narcissiques sans fin ? Notre regard se balade de bord en bord, de fragment en fragment, de couture en couture. Dans quel espace vivons-nous notre histoire ? Comment se rejoindre ?

Vincent remplace les signes tangibles, moussus ou rouillés d’un travail bien humain, présents dans la chute tragique, par des épées de Damoclès ici blanches et acérées. Nouvelles mines des temps modernes qui menacent les corps et les âmes. La mort nous guette, elle ne se cache pas. C’est nous qui détournons les yeux et faisons comme si. Tout est possible dans les mondes des comme si, le risque n’existe plus, l’histoire si, comme si. Pourtant c’est bien la mort, brutale, violente qui décidera de la fin de chaque histoire singulière.

Alors quoi ? Après nous avoir épargné la mélancolie de la ruine, dans quoi nous plonge Vincent avec cette fin de l’histoire ? Désespoir ou joie de notre humaine condition ? Il nous invite à percevoir notre histoire comme faite de tris incessants, de renoncements, d’abandons, de connaissances à jamais inaccessibles, de fragmentation, de discontinuité, de risques de désintégration. Une histoire limitée, acceptée et accueillie dans un espace intime et protégé loin des espaces virtuels et artificiels. La fin de l’histoire c’est la possibilité de rayonner chacun avec ses propres facettes, chacun au plus près de soi, dans un camaïeu précieux et subtil de couleurs iridescentes. Nous devenons alors pierres taillées, précieuses parmi les précieuses.

Toutes les photos sont visibles sur le site de Vincent ou sur artshebdomédias

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Quelques mots glissés là ou des Haikus hétérotopiques

Samedi 8 décembre prochain, vernissage d’une expo collective des artistes de la galerie Alain Gutharc avec une des œuvres de Vincent J. Stoker, une Hétérotopie de la série « La chute tragique » en attendant de découvrir la série « L’autopsie d’un rêve » dont vous avez déjà pu voir une des photos dans le Figaro Madame… ou sur le site de Vincent directement.

Et in memoria quelques haïkus hétérotopiques des  chutes tragiques…

Des milliers de mains
ont posé sur ton dos
la sueur des victoires.

Deux anges veillent.
Le craquement des prie-dieux
ne les troublent plus.

Sur chaque pilier
stigmate de leur terreur
la mousse témoigne.

Du fond de la terre
apparaît
un vaisseau vert
qui vole le vent.

Par dessus les  toits
posé sur la terre humide
le ciel bleu sourit.

Damier au plafond
les blancs jouent et frissonnent.
Le temps va gagner.

L’enfant a grandi.
Seuls restent les mikado
encore étalés.

Des vies côte à côte
Il ne reste plus que les croix ferventes.
L’oubli  a tout dévoré.

Une étable au vent.
Les vaches se sont enfuies
Les couleurs tiennent les vitraux.

Le peigne assez grand
pour démêler tes cheveux marins
demeure introuvable.

Longues nuits de sueur
Nos sangs se sont emmêlés
dans la lumière qui meurt.

Rouages rugissants
broient le blé de nos vies.
Reste la poussière.

Torrent de voitures
transformées en aiguilles de pin.
La forêt avance.

Tapi dans sa grotte
le loup surveille le nid
Seule bouge la truffe

Craquements épars.
L’échelle dévale le toit
et brise les sièges occupés.

Ma main caresse,
Ton dos frémit
Le parque craque sec.

Sur les galets blancs
le cimetière d’éléphants
s’étiole en silence.

Sous les dômes de cuivre
le sorcier brasse nos rêves
et tisse nos nuits.

Ventre déchiré,
milliers d’écailles au vent
le piano chavire.

Sans bruit ni matière
les casiers gardent les traces
d’un temps aboli.

Tapie au plafond
elle chaperonne
le berceau vide de ses proies.

L’éléphant est fou.
Fatigué, brutalisé
Il gueule son refus.

Du ciel avisé
tombent des peaux de renard.
L’attente est douce.

Un bras de lierre
s’échappe par la fenêtre
loin des murs boursouflés.

A tous les étages
la chiure de peinture
macule le lieu virginal.

Carrés ramollis.
Le chocolat infuse,
il a tout son temps.

Voûte céleste,
le ciel à caissons somptueux
cherche ses étoiles.

Les feux passent vert.
Le vent s’engouffre et couche
tout sur son passage.

Paysages en pot
cernés de lambeaux de peau,
tu crémes ton jour.

Mère universelle,
tu offres tes totems roses
aux baisers solaires.

(C) Pali Malom

Le murmure des anges

J’ai le sentiment de flotter dans un grand jus gris, comme celui que j’ai utilisé hier pour le fond de mes toiles. Il manque de lumière mais certainement pas de nuances. Je me sens emportée par ce ton ardoise, incroyablement calme et silencieux. Je m’imagine feuille d’arbre entrainée par la rivière qui m’imprime un doux bercement. Je me laisse surprendre par cette mollesse avec un plaisir réel.

Tout à coup, l’espace s’ouvre et le gris pâlit ; des tâches rose et or affleurent sur les parois. La sombreur s’estompe, le gris devient de plus en plus lumineux. Je n’ai pas peur, je me sens en sécurité, c’est la curiosité et le bien être qui m’envahissent. Une curiosité sans attente. Les murs s’effacent à leur tour pour dessiner un couloir à tronçons réguliers, puis un tunnel, doucettement balayé par la lumière. Par des rayons cachés, tout au fond, dans le point de fuite. Une fée taquine sans doute le variateur d’intensité parce que la lumière devient de plus en plus ardente. Elle irradie l’espace et m’emmitoufle aussi légère qu’un duvet d’oiseau. Je ne sens plus mon corps, je suis complètement absorbée par la lumière. Je m’attendris, je m’amollis, je sens que c’est imminent, je vais me transformer en lumière à mon tour. Le tunnel défile à toute allure. Plus rien ne résiste, je m’abandonne ; ne subsiste que cette lumière féerique, joyeuse et sereine.

Clac. Au moment où j’allais me fondre dans cette source lumineuse, me libérer, tout s’arrête brutalement. Ce n’était pas encore le moment. L’obturateur s’est fermé brusquement. Retour du noir qui clappe la fin du voyage, retour du noir et de la pesanteur. Obscurité totale quelques secondes avant de retrouver le camaïeu de gris. Le sentiment de paix demeure mais je ne sais plus vraiment où je suis. Pourtant le couloir est bien là, obstrué de sédiments humains, rehaussé de dorures et de roseurs. Et là bas, tout au bout, la lumière s’enracine. Je n‘ai pas rêvé. Au tréfonds de moi, un fragment de cette lumière l’atteste, une étincelle de vie.

(c) Pali Malom

Des images, une autre sensibilité

Merci Vincent pour ces images !

Le poids des mots, le choc des photos 😉

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Vincent vend ses photos, il est représenté par la galerie Alain Gutharc à Paris avec laquelle je vous invite à entrer en contact pour toutes questions liées à l’acquisition de ses œuvres : 01 47 00 32 10 – contact@alaingutharc.fr
7, rue Saint-Claude 75003 PARIS

Une exposition est prévue à la galerie en septembre/octobre dont le vernissage devrait avoir lieu lieu le samedi 10 septembre.

N’hésitez pas à contacter Vincent directement pour toute autre question : contact@vincent-j-stoker.com, ou via son site, ou via sa page facebook.

Où va le blanc ?

Carnet édité pour les Transphotographiques 2011

et voilà, c’est André qui a accepté de rédiger une délicieuse préface à découvrir absolument…. et puis Manon derrière son écran pour concevoir cette maquette très épurée… et puis loin, loin, loin, de Berlin c’est Laurent (Cantagrel) qui m’a aidée pour le polissage des mots (vive Internet).

Merci aussi à David avec qui j’ai échangé au tout début pour savoir comment il avait produit son livret de sa très belle série Fragile(s) avant de changer de support et et de passer à un autre procédé plus industriel de fabrication. Nous avons quant à nous renoncé au carnet sur papier photo faute de temps  😉

 
Quand la neige fond, où va le blanc ?

Vous pouvez découvrir d’autres photos du carnet dans mon album Facebook.

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Ce carnet est en vente jusqu’à fin juin à la galerie Lasécu à Lille (ouverte le vendredi et le samedi de 14 à 19 heures). Et oui, cela se mérite !

Il est également en vente 9 euros à la librairie Le genre urbain – 30 rue de Belleville dans le XXe (métro Belleville) ouverte du mardi au  samedi (10h00-20h00) et le dimanche (11h00-18h00). Et comme du 27 au 31 mai, ce sont les portes ouvertes des ateliers d’artiste de Belleville, c’est un bon prétexte pour faire  le détour.

Sinon, contactez-moi pour que je vous l’envoie par la poste.

Une mise en bouche des titres

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A Paris le carnet de 28 pages, 10 textes+photos, format A5 italien (21*15 cm), est imprimé sur papier recyclé Cyclo plus 120 grammes.

A Lille, les pages intérieures sont sur papier blanc. La couverture soit en papier blanc glacé soit en papier recyclé 200 grammes.

Je, tu, il : créons ensemble !

Cela a commencé comme cela, le 2 mars, par un courriel qui me disait : « je suis passé aujourd’hui à la galerie Lasecu à Lille où je dois exposer en mai. C’est un endroit formidable (…) Je crois que ce serait l’endroit idéal pour présenter un livret avec tes textes. J’espère qu’on aura le temps de mettre cela en place ; l’expo (dans le cadre des Transphotographiques) commence en mai. »

Ce livret j’en rêvais depuis l’été dernier, alors évidemment le projet m’emballait mais il y avait pas mal de choses à régler et de contraintes à intégrer. J’ai appris avec le temps que travailler avec un artiste suppose de développer des compétences dont je n’étais pas très bien pourvue…

Nous avions déjà pas mal échangé sur le format, le volume et étions globalement d’accord. C’est toujours dans les détails que cela se corse et peut se compliquer. Et comme le thème des Transphotographiques c’est Nord(s), j’ai proposé à Vincent de ne sélectionner que des photos les plus blanches possibles, en écho au nord, à la neige. J’ai hésité entre deux titres : Qu’y a-t-il au nord du Nord ? et Quand la neige fond, où va le blanc ?

J’ai commencé fin mars à travailler avec une toute jeune graphiste que Vincent connaissait qui était d’accord pour nous donner un coup de main sur la maquette. Pour la faire en fait ! Comme elle préparait en même temps des concours très importants pour elle (les résultats sont tombés aujourd’hui, je croise les doigts pour elle), c’était pas très simple !

J’avais en plus envie d’avoir les questions ou le regard d’un tiers sur la réunion du travail de Vincent et du mien (j’avais en tête trois personnes très différentes à qui je pouvais demander cela) sous forme d’entretien ou de préface. Je n’ai finalement proposé qu’une seule option à Vincent qui a accepté tout de suite. Je lui ai parlé d’ un blogueur à la sensibilité extraordinaire que je n’avais jamais rencontré – ce serait l’occaz ! – qui travaille aux marges, aux frontières des habitudes bien pensantes, et qui avait exprimé très tôt l’envie de voir textes et photos un jour réunis dans une expo.

Alors j’ai écrit à ce blogueur :  « J’ai imaginé, que vous, qui aviez appelé de vos vœux cet assemblage artistique, alors même que vous ne connaissez ni l’un ni l’autre, pourriez contribuer à cet ouvrage. Je l’ai proposé à Vincent qui a été enthousiasmé. Alors voilà, aimeriez-vous vagabonder avec nous et écrire quelques mots pour « préfacer » notre livret ?« 

Et la réponse ne s’est pas fait attendre, pour notre grande joie : « Cultiver l’audace au cœur de nos jardins est peut-être risqué pour le paraître et, en même temps, c’est plus vivant, je crois 😉 Alors, mille mercis chaleureux pour votre invitation sans détour à vagabonder ensemble sur les chemins de l’encre et de l’art.« 

Pendant ce temps là, j’ai contacté un ami cher et je lui ai demandé : « Je voulais savoir si tu serais OK pour me donner un coup de main avec ton légendaire oeil de lynx pour retravailler les textes du carnet.« 

Et la réponse fusa, avec une condition : « bien sûr, bien sûr (…) donc te relire rentre parfaitement dans mes cordes – envoie! Mais à une condition: que tu me racontes un peu comment tu vas ! » (ben oui, c’est incroyable yenadéki ne viennent pas se balader par ici !)

Pendant ce temps là aussi, j’ai contacté des imprimeurs qui me répondaient tous:  désolé, c’est un trop petit tirage, on ne prend pas. Snif, il nous fallait renoncer au joli papier texturé, à la couverture gaufrée… pour revenir à du beaucoup plus simple. De retour à Paris j’ai pris quelques contacts, rencontrés quelques personnes, fait des essais de tirage, de calage, pour trouver un équilibre satisfaisant.

Et pendant ce temps là encore, Vincent prenait des photos aux États-unis, des hétérotopies toujours, bluffantes, vous verrez bientôt !

Mi avril, j’ai reçu la version définitive du texte magnifique qui préface ce carnet et les dernières suggestions de mon ami pour les corrections de texte. Quelques jours plus tard, c’était la première version de la maquette. Après d’ultimes retouches, j’ai renvoyé les textes dans leur version définitive par retour (mais qu’est-ce qu’une version définitive, certains textes travaillent encore des jours et des jours après le point supposé final…).

Et j’ai aussi demandé d’ajouter à la fin, tout près des numéros, quelques mots pour saluer les aides précieuses que nous avions reçues pour réaliser ce carnet bien plus collectif qu’il n’en a l’air !

Le 12 mai, j’ai rencontré Manon la graphiste, la maquette était bouclée, les papiers enfin choisis. Le 13 mai le carnet est parti à la repro. Le 16 mai je suis allée chercher notre œuvre commune. Fière et émue. La suite vous connaissez, 75 exemplaires, pas un de plus, de ce premier carnet qui attendent désormais tranquillement de rencontrer leur lecteur.

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25 juin

premiers échos des lecteurs, ils se manifestent petit à petit. Pour les lire, c’est sur sur ce billet 😉

Le carré c’est la santé

Pour les chinois, le carré, c’est le centre, l’empire du milieu, l’endroit stable. Je continue ma série folle, en clin d’oeil cette fois.  Pour vous mettre en appétit, un morceau de la 4e de couverture du carnet à sortir dans les tous prochains jours.

Presqu'un carré magique

Je devrais les récupérer ce soir et les numéroter, décider du prix de vente (ben oui c’est pas encore un livre ;)), les emballer et les donner à Vincent pour qu’il les emporte à Lille à la galerie Lasecu pour l’expo Transphotographiques 2011 dont le titre général est Nord(s).

Nous avons choisi 10 textes et 10 photos qui se glissent dans l’écrin qui suit :

Lever de rideau !

La suite de la conception, demain, parce que c’est une belle histoire…