Pars sur le chemin

Tourbière de Lalo, décembre 2007
Tourbières de Lajo en margeride, Lozère, décembre 2007

Nous devons nous y habituer : aux plus importantes croisées des chemins de notre vie, il n’y a pas de signalisation.
Ernest Hemingway

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Manger de la viande

Petite promenade en Aubrac, pays des vaches splendides à la viande si recherchée, élevées en plein air, c’est vrai et pas dans des stabulations aveugles en batteries, mais quand même….

Drôle de piercing, Taureau Aubrac, Lac du Moulinet, Lozère, août 2008
Drôle de piercing, Taureau Aubrac, Lac du Moulinet, Lozère, août 2008

Le mufle des taureau est extrêmement sensible, l’éleveur peut contrôler les mouvements du taureau en remuant légèrement l’anneau nasal. Mais quand l’anneau est en tension permanente comme pour ce taureau là, vous pensez qu’il ressent quelle intensité de douleur ?

Vache Aubrac ou grise de montagne, Lozère, aout 2008
Vache grise de montagne, Lozère, aout 2008

Je ne sais pas si ce sont les maternisés répétées qui l’ont déformée à ce point, ce que je sais c’est qu’elle finira à la boucherie, comme toutes les autres du champs – en meilleur état quand même –  et peut être même dans notre assiette.

Une chevelure d’ange

Tourbière de Lalo, Lozère, décembre 2007
Tourbière de Lalo, Lozère, décembre 2007

C’est une dame blanche à n’en pas douter,  et non un fantôme, à moins que ce ne soit la trace fugace de la reine des neiges.  J »aime particulièremetn son chignon savant qui dénude magnifiquement sa nuque. A moins que ce ne soit l’envers du trou noir, le tourbilllon du trou blanc qui éblouit de lumière tout ce qui l’environne. Phare scintillant dans les nuits solitaires de l’hiver

Les mots qu’on n’a pas dits sont les fleurs du silence

Eglise d'Aumont-Aubrac, Lozère, août 2007
Eglise d'Aumont-Aubrac, Lozère, août 2007

J’ai piqué le titre à Nanouk parce que je le trouve d’une poésie farouche, comme si les parterres de fleurs témoignaient de tous ces mots retenus au bord des lèvres, retenus au fond du coeur, les mots qu’on aurait voulu dire, les mots répétés tant et plus dans nos têtes  qu’ils n’ont plus de son.  Les poèmes sont souvent  les gardiens de ces mots parcimonieux, qui ont muri au fond de soi et qu’il est impossible de garder au dedans plus longtemps. Quand le fruit est mûr, il se partage.

Si on ne gaspillait pas tant de mots, pour sûr que les villes seraient plus fleuries. Savoir ralentir, s’arrêter et parfois se taire. Toucher d’un geste habité dit infiniment plus que les mots. Un regard plein de flammèches, pareil.

Les mots qu’on n’ a pas dit parfois trouent le coeur quand nulle occasion ne nous est plus donnée de les prononcer, de déposer cette guirlande de sons autour du cou de la personne disparue. Les mots qu’on n’a pas prononcés donnent un sentiment d’inachevé.

Mais dans cette traduction libre, je ne sais plus, si c’est d’un proverbe ou d’un vers japonais- Iwanu ga hana – ce ne sont pas les mots qui sont importants, c’est ce qui n’est pas dit. C’est le vide qui fait la valeur de la calebasse autant que son écorce. C’est notre ignorance qui nous permet d’apprendre. Les non dits que l’on choisit sont des fleurs splendides, pour sûr.

Loin du monde ?

Près des ducs, Lozère, décembre 2007
Près des ducs, Lozère, décembre 2007

Une reprise d’un de mes anciens blogs, pour le plaisir

Des fleurs partout, des odeurs et des parfums enivrants. Je suis partie au bout du monde, exil volontaire gagné à coup d’avion, de bateau et de moto. Quarante huit heures de voyage pour me déprendre de Paris. Me déprendre d’un temps devenu fou, d’un horizon étréci à l’extrême, d’un air saturé de carbone où ne filtrent plus que l’odeur des pétards du quatorze juillet. Je suis où nul ne saura me trouver, plongée au coeur des origines. Au creux de mon bras un tatouage discret témoigne de ma filiation. Je suis fille d’homme oiseau, pêcheur d’oeuf lointain. Objet rond de toutes mes sollicitudes, concentration, quintessence de terre. Je tiens au creux de mon bras, comme un enfant sauvage, mon tatouage polynésien.

Ancre jetée à travers le temps et l’espace qui me rappelle qui je suis, d’où je viens. Ancre tatouée à mon premier retour d’exil. C’est un ami qui me l’a dessiné, des heures durant avec ses doigts, avec ses cheveux, sa langue, ses outils d’homme. Et quand il a été certain que le dessin ne faisait plus qu’un avec ma peau, plus qu’un avec moi, il lui a donné ses couleurs d’encre de Chine. Lui portait un magnifique collier tatoué qui resplendissait sur sa peau cuivré à la lumière tombante. Il m’a enseigné le chemin des sens. Il m’a appris à regarder avec mes yeux, à gouter avec ma peau et ma bouche, à sentir avec mon nez, écouter avec mes oreilles. Lapalissade ? Non ! Essayez d’écouter les oiseaux sans les chercher des yeux, de humer un fruit sans imaginer son odeur en le voyant, de regarder la mer sans écouter le mugissement des vagues. Apprendre chaque instrument patiemment, des heures durant, avec l’esprit du débutant. Et c’est seulement quand j’ai commence à être à l’aise avec chacun, alors seulement il m’a autorisé à les mélanger. Non pas pour les mélanger comme dans un ragout, non, les mélanger comme en cuisine japonaise, pour que chaque ingrédient apporte sa saveur.

Ici mes sens retrouvent peu à peu leurs finesse. Ma tête s’éteint doucement pour laisser monter le chant des fleurs, le chant des couleurs, le chant des parfums, le chant de la mer, douce mélopée hypnotique qui dispense un peu d’humidité au creux de la peau. Le chant des saveurs qui explosent en bouche, morceaux de fruits mordus, tranches de poisson crus déchiquetés, gorgées de bière fraiche – toujours fraiche – qui répandent un peu de frais au dedans de moi. Le chant de la peau quand le soleil la chauffe, quand le vent se glisse sous mon paréo et fait fi de toute intimité. Les pieds nus, je m’imprègne de l’énergie de mes ancêtres. Je me sens liée, liée et partie prenante de cette terre desséchée, de cette ile perdue à des milliers de kilomètres d’un continent.

Ici je dors peu, je retisse ma trame, je répare mes accrocs. Je m’allège des scories dont bêtement je me suis alourdie. Je redonne à mon tissu de vie souplesse et solidité. Je l’imprègne des fragrances de fleurs qui ne poussent qu’ici et qui font palpiter mon nez. Ici je reconnais les gens à leur démarche, à l’odeur qu’ils portent. Mes yeux ne servent qu’à guider mes pas et saisir les mouvements.  Ici les gens ont une peau gouteuse, subtilement salée par les corps à corps, par les baisers profonds.

Quand esprit et intention chevauchent le coeur, les gestes redeviennent simples – apanage d’une vie fruste – beaux parce qu’ils allient intention et attention. Beaux parce qu’ils n’ont rien à cacher, rien à maquiller. J’aime le dépouillement de cette île incroyable, il m’apaise, me dépouille, me dénude. Je me sens profondément vivante dans cet exil, dans ce retrait du monde urbain. Et quand mon portable vibre, porteur d’un message civilisé, je ne peux m’empêcher de sourire et de saluer les liens qui se tissent de par le monde, qui vivent et qui s’expriment. Ils me tiennent chaud au coeur.

Encore un

Encore un de Lozère
Encore un de Lozère

Pour lui, je reconnais, Anne ma sœur Anne, je ne vois rien venir, j’ai corné toutes les pages de mon livre et je n’ai pas trouvé. Un oiseau de massif granitique, mille mètres d’altitude en bordure de petit massif forestier où framboises, fraises des bois et myrtilles abondaient. Les geais aussi, mais à couvert seulement.