Le salon des berces

« Il ne suffit pas d’avoir une adresse, encore faut-il savoir où l’on habite »; Gilles Clément

Nil éditions a eu une une idée originale et délicieuse, demander à des auteurs d’écrire un livre à propos d’une maison importante pour eux. J’ai déjà eu l’occasion d’écrire sur « la maison du retour » de Jean-Paul Kauffmann qui est un livre très singulier. Cette fois j’aimerai parler du salon des berces de Gilles Clément.

D’abord parce que Gilles Clément est un « jardinier » extraordinaire qui travaille avec la nature et pas contre. Ensuite parce que c’est un  homme de conviction et qu’il refuse toute commande publique actuelle parce qu’il refuse de travailler pour l’ultra libéral Nicolas Sarkozy, tout président qu’il soit. Enfin parce qu’il prend le temps de partager ses passions.

Dans La maison du retour JP Kauffmann racontait le choix de cette maison et sa reconstruction lente en même temps que lui à la suite de sa longue captivité. Dans Le salon des berces, Gilles Clément raconte la construction d’une maison, sa maison, pierre après pierre, un bardeau de châtaignier après l’autre, travail patient étalé sur une dizaine d’années. il raconte son installation parmi les animaux : « J’ai conscience de m’installer chez les animaux. Je les entends, je les vois. » Ils vont désormais tous  co-habiter le vallon.

Sa maison est aussi une formidable aventure humaine de co construction avec une grosse poignée d’auteurs compositeurs comme il le dit si joliment. Parce que l’important c’était de la faire cette maison.

Ce faisant il raconte aussi les tracasseries absurdes de ‘l’administration française en matière de permis de construire ou d’installation électrique, les tracasseries des gendarmes lancés par les notables locaux qui ne comprennent pas sa démarche et règlent leur compte, il parle aussi de sa tactique simple et terriblement efficace pour retourner les rumeurs, il parle de la disparition dans la campagne française des paysans qui entretenaient les chemins, relevaient les murs et meurent les uns après les autres sans successeurs. IL parle de ces gens de peu de mots, loin de la société du consommation. Et puis, bien sûr il parle aussi de toutes les questions qui le traversent : comment construire, quoi ? où ? avec quel matériau ? quel technique ?

J’ai beaucoup ri et terriblement eu envie d’aller en Creuse découvrir les berces de son coin de verdure sauvage dont une partie qui se déplace au gré du vent et des oiseaux, pour aller célébrer « l’ordinaire extravagance de la nature, l’ordinaire fantaisie de nos esprits sans cesse combattue par les règles de conformité ».

Parce que construire soi-même sa maison, cela me semble une aventure extraordinaire, un projet presque fou et pourtant si largement partagé chez les animaux. Nous sommes parmi les rares animaux à si peu souvent réaliser cela nous même, notre nid. Bizarre.