Seul ou en groupe ?

Ziebelen me pose une question difficile à propos de la MBSR (Mindfulness Based Stress Reduction), mais cela vaut pour beaucoup d’autres pratiques. Est-ce aussi efficace de les faire seul en suivant des instructions (livre, internet, etc) ou aller à des cours ? J’ai cette expérience-là en MBSR, en peinture, en yoga, en Tai Ji, en jeu de go…

Il me semble qu’il y a plusieurs niveaux de réponse.

Premier ingrédient : soi-même. Lorsqu’on travaille seul, on travaille à son rythme, en fonction de ce que l’on comprend des instructions. On est soi même son maitre et son élève. On peut établir son programme tranquillement , se réjouir, mesure ses progrès, se réjouir. Personnellement cela ne me convient pas comme mode d’apprentissage, j’ai besoin des autres, de savoir pourquoi ils sont là, ce qu’ils attendent,  d’imiter, de questionner, de me tromper, de me faire expliquer, de reformuler…. Je suis visuelle et kinesthésique alors écouter seulement une voix enregistrée est la meilleure manière pour que je m’endorme. Cela s’est pour la partie modalité d’apprentissage. Si vous ne connaissez pas votre profil apprentissage je vous invite à le clarifier, à le découvrir, vous gagnerez un temps précieux et choisirez mieux ce dont vous avez besoin. Vous pouvez aller flâner sur le site apprendre à apprendre, c’est bourré d’informations. Quand j’enseignais, c’était le sujet de mon premier cours avec les étudiants. Ils étaient surpris au démarrage mais comprenaient vite l’intérêt. Si vous voulez aller plus loin vous pouvez aussi aller fouiner du coté de la gestion mentale c’est également bourré de trouvailles précieuses (lire par exemple L’enfant doué, l’intelligence réconciliée de Hélène Catroux  et Arielle Adda, Odile Jacob – 2003).

Deuxième ingrédient : pour apprendre – cela m’est personnel même si nous sommes nombreux dans ce cas-là –  j’ai besoin d’un professeur auquel me frotter. J’ai honni mon premier prof de Tai Ji qui ne décrochait pas un mot pendant les cours, maintenant je peux apprendre ainsi, j’ai grandi ! Non pas tant parce qu’il sait mais parce qu’il est capable d’expliquer de plusieurs manières différentes, de s’adapter à ses élèves. Si ce n’est pas le cas, passez votre chemin, ce n’est pas un enseignant, qui pourra vous accompagner, c’est un savant (au mieux).

Troisième ingrédient : le groupe. J’ai mis plus de 40 ans à comprendre l’intérêt du groupe. Il m’a fallu une séance de codéveloppement en avril 2007. J’ai littéralement été percutée par l’intelligence collective d’un groupe et j’ai changé mon regard sur les groupes. De mal nécessaire, il est devenu le 3e ingrédient magique d’un apprentissage équilibré (pour moi). En matière MBSR le groupe apporte du réconfort, du soutien, un espace d’accueil de parole et de silence ; le découragement ne guette jamais tous les membres du groupe en même temps, c’est juste délicieux d’en faire l’expérience. Le groupe est incomparable pour faire l’expérience d’une journée de silence. Partager à 10, 12, 20 un espace, des mouvements, une pratique, sans croiser un seul regard, sans prononcer un seul mot. Etre là présent à soi même et aux autres juste par le corps. C’est impossible à expérimenter tout seul.

Tous les groupes ne se « valent » pas, tous les facilitateurs non plus. J’ai fait l’expérience d’un groupe non régulé, où les curiosités l’emportaient sur le soutien et le respect, c’était terrible et insécure. Cela renvoie sur le choix de l’enseignant. Celui qui choisit de  faire travailler en groupe doit savoir comment fonctionne un groupe, comment aider sa construction, comment le réguler, etc.  Il ne suffit pas de maitriser une technique (la mbsr par exemple) pour savoir travailler avec un groupe. C’est donc aussi un point à vérifier en entretien avec l’enseignant. Et faire confiance à son ressenti profond. En MBSR le groupe est un groupe de parole, ce n’est pas à confier à un apprenti sorcier

En résume cher(e) Ziebelen,vous pouvez apprendre seul(e), en cours particulier ou en groupe. cela dépend de ce que vous aimez, de ce qui vous met le plus et le mieux en confiance. Pour ce qui est de la MBSR, rencontrez l’enseignant et questionnez-le sur sa pratique, et mieux encore allez à un cours d’essai. Vous verrez tout de suite si l’enseignant est intrusif ou non, sait accompagner chacun ou reste au niveau global, sait réguler le groupe ou fait fonctionner le groupe à son profit. C’est votre corps qui vous le dira  autant que votre tête. Mieux vaut apprendre seul que mal accompagné je crois, le programme en 8 semaines détaillé dans le livre est très bien si vous avez un peu l’habitude du tête à tête avec vous-même.

Pour la pratique ensuite c’est pareil ! Évidement c’est plus facile quand on maitrise la technique de travailler seul. Mais qui a dit que le sujet c’était maitriser une pratique. N’est-ce pas plutôt expérimenter une autre manière d’être au monde, plus dans le ressenti, moins dans le mental.

Tenez nous au courant de votre choix !

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Mbsr : quelques ressources audio

Bon, j’ai franchi le pas, je me suis lancée dans le programme en 8 semaines de méditation de Jon Kabat-zinn. Quelques surprises périphériques.

En France ce programme côte 400 euros, en Belgique 200 euros, aux US 450$. J’avoue qu’un tel écart de prix me liasse très perplexe. Et je regrette de n’être pas belge pour une fois. Je ne suis pas allée voir les tarifs allemands, suisse et anglais mais je vais aller voir. Au Canada, le programme est dispensé gratuitement ou à un coût nominal au Centre de santé communautaire du Centre-ville à Ottawa, à l’Hôpital de Toronto et dans plusieurs autres localités en Ontario et au Québec.

Deuxième surprise : les médiations guidées sont vendues sur CD aux USA. En France il semble que cela fasse partie du prix de la session. Avec de ce fait des modulations dans l’accompagnement, et une méditation peut finalement s’avérer très différente selon la manière dont elle est guidée.

Comme le CD de mon enseignante ne me convainc pas pour plusieurs raisons, je suis allée surfer sur le net pour chercher des alternatives. Alors autant vous en faire profiter.

en français

* site francophone  sur la pleine conscience avec des enregistrements de  Pierre Philippot,Beatrice Weber Rouget, Guido Bondolfi, Luccio Bizzini, Lusmila Myers Arrazola

* site de Anne Soulet, praticienne nîmoise où vous trouverez  le body scan de 45 minutes, la méditation assise et le yoga.

en anglais

* par Jon Kabat-zinn lui même (le site est un peu étrange, il pousse à acheter un téléchargement en mode rapide et accéléré mais en choisissant le mode « free user » étant patient au bout d’une ou deux minutes, chaque ficher est téléchargeable gratuitement, la méditation du lac et le body scan sont OK)

* le site de l’UC de San Diego est très complet, toutes les longueurs de méditation et de  taille des fichiers sont annoncées.

* idem pour le Student health center, deux voix : un homme, une femme

* le site très complet aussi du Mindfulness  Practice center avec toutes les méditations guidées, et d’autres hors mbsr

* le site de l’association canadienne pour la santé mentale

* le site de l’Insight meditation center

* les versions payantes

* les enregistrements de Myra Weiss, trois en tout., mais c’est payant

* la méditation mindfulness sur Google par Jon Kabat Zin lui même

Et pour les adeptes des méditations silencieuses, un minuteur avec cloches bien précieux :

en mp3 de 5 minutes à 60 minutes

ou en ligne en choisissant son carillon

et pour une chouette bibliographie et webrol

* le site de l’hôpital Thomas Jefferson

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Show me your mind !

Oui, cela ressemble à un koan. Moins dérangeant peut être que le fameux « quel est le bruit d’une seule main qui applaudit ? ». Mais assez perturbant quand même.  Le cerveau, c’est clair, je sais où il est, mais l’esprit ?

Ce matin j’ai regardé  une conférence et une méditation guidée de Jon Kabat-Zin sur you tube. Bien faite, simple, accessible et plaisante, mais évidemment en anglais. Je vous la recommande pour une brève introduction à la méditation. Ce médecin a une particularité importante, il fait partie de ceux qui ont introduit aux Etats-unis la méditation dans les programmes de soins aux malades sévères. Il a beaucoup travaillé sur les interactions corps-esprit dans les processus de guérison, avec des applications cliniques différentes de la méditation de pleine conscience pour des personnes atteintes de maladies chroniques ou avec des désordres issus d’un stress excessif.

A quand les méditations en entreprise pour augmenter le système immunitaire et la pleine conscience ? Augmenter l’écoute et la qualité des échanges ?  Ce serait sans doute au moins aussi efficace (et plus gratifiant à long terme) que de respecter la distance de sécurité de 2 mètres avec ses collègues (chouette on va supprimer les réunions), de ne plus leur faire la bise, d’aller se laver les mains dès qu’on a été en contact avec un « danger » quelconque… pour ne pas attraper la grippe !

Jon Kabat-Zin termine son intervention par un très beau poème Love after love de Derek Walcott :

The time will come
when, with elation
you will greet yourself arriving
at your own door, in your own mirror
and each will smile at the other’s welcome,

and say, sit here. Eat.
You will love again the stranger who was your self.
Give wine. Give bread. Give back your heart
to itself, to the stranger who has loved you

all your life, whom you ignored
for another, who knows you by heart.
Take down the love letters from the bookshelf,

the photographs, the desperate notes,
peel your own image from the mirror.
Sit. Feast on your life.

Bon dimanche !