Le jardin des surprises

JardinSurpriseswebPali Malom reprend du service…. et expose quelques oeuvres (techniques mixtes) grâce à la complicité bienveillante de la Vie. Toutes les belles choses qui réussissent résultent souvent de rencontres aussi inattendues que fécondes. Cette fois encore. Merci la Vie !

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Trois secondes*

(c) Pali Malom, Acrylique, 50 x 65 cm, 2011

A l’angle de la rue : un motard, un piéton, et une tâche d’huile qui se transforme incroyablement vite en mare de sang gluante. La moto a glissé pour aller s’encastrer sous une voiture. Le choc du métal broyé me vrille les tympans. Je regarde ce sang qui coule ; de moi, de lui, je ne sais pas, lui non plus qui garde les yeux clos. Moi aussi j’essaie de les fermer mais un passant me parle.

Je sens tout autour de nous une foule qui se presse sur l’étal ordinaire du boucher de la chaussée. Des doigts inconnus et altruistes tapent trois chiffres sur le clavier du mobile 1-1-8. Je voudrais dormir, la douleur me déchire en morceaux, je ne sais plus où commence, où s’arrête mon corps. D’ailleurs je ne sais plus très bien à quoi je suis encore reliée. Qu’est-ce qui vit encore et pour combien de temps ?Je suis momifiée par une couverture d’effroi et de supplice qui me secoue par vagues irrégulières. J’entends l’inconnu qui me parle dans un murmure de plus en plus lointain. Je vois bien qu’il est terrifié par ce qu’il voit. Cela doit être très moche. Avec un peu de chance il va se taire, la voix anesthésiée par l’horreur croissante, je vais pouvoir m’endormir. Je n’ai plus envie de lui serrer la main, cela m’épuise. Plus envie de battre des paupières pour confirmer que j’entends bien, je ne comprends plus rien, plus envie de dessiner des mots qu’il n’entendra jamais avec mes lèvres, je les garde pour un ultime baiser. Pourrais- je le reconnaître cet homme demain qui me veille en attendant d’hypothétiques secours ?

Son murmure est soudain déchiqueté par la sirène des pompiers. J’ai envie d’implorer du calme. Pourquoi tant de bruit, et tant de lumière aveuglante. On n’est pas dans une salle de naissance quoi ! Laissez-moi glisser dans le noir et le silence. Je veux bien des lampes chauffantes quand même.Quelques hurlements plus tard, je n’ai pas réussi à compter combien, je sens que je suis bougée et je m’enfonce dans un cotonneux brancard. Au dessus de moi, le brancardier a glissé ses deux yeux profondément dans les miens Il a ouvert un passage indicible. Il ne me lâche pas des yeux, et par sa main posée sur mon épaule, j’entends ce qu’il me dit. Je le sens m’envelopper d’une bienveillance tendre et attentionnée. C’est un tel contraste avec la douleur qui me mord de partout que j’ai envie de pleurer. Alors je lui réponds en silence moi aussi, concentrée que je suis sur la pression de ses doigts. Ce n’est pas un jeu, ce sont des pulsions de vie. C’est la seule partie vivante qui me parle encore. L’artère est jugulée me dit-il dans un sourire, avant de glisser une aiguille dans mon bras. Je ne la sens pas, je le vois juste, lui, se lever et accrocher la poche de sang avec une ébauche de portemanteau au-dessus de nous. Il a gardé tout ce temps la main posée sur moi. Ne pas rompre ce contact essentiel qui me donne vie autant que le sang qui s’infiltre par ce nouveau cordon de vie. Je suis touchée et reconnaissante ; par ses gestes, je sais que je suis plus qu’un corps accidenté à soigner, je suis une personne entière.

Dans la veine bleutée de mon bras coule à présent un sang rouge vif. La poche suspendue me délivre son précieux liquide nourricier au goutte-à-goutte comme un sein fidèle et fatigué. Le pompier m’a enveloppée dans une poche de kangourou argentée pour garder la chaleur au plus près de mon corps, de mon souffle. Pour que j’aie la force de garder les yeux ouverts sur lui.

* en clin d’œil à l’album éponyme de Marc Antoine Mathieu

Quelques mots d’un voyage essentiel

Le café Livre, rue Saint Martin, est un endroit que j’adore & où il m’arrive des trucs magiques, où je trouve chaque fois un caillou blanc & précieux. Le dernier de ces cailloux, c’est l’invitation d’un passeur de lumière à vagabonder sur le projet qu’il venait de me raconter. Je lui ai proposé quelques Vagabondages en écho à ses mots. Il a choisi celui là :

Explorer les liens à soi-même ou aux autres, s’accorder à plus vaste que soi.
Toucher et se laisser toucher. Traverser ses nuits noires, plonger dans les profondeurs intérieures.
Laisser glisser les mots, les questions et les doutes et les confier à l’océan tout proche.
Se libérer du connu qui plombe, plonger dans l’inattendu qui émerveille.

(…)

pour lire la suite, laissez vous emporter vers un voyage intérieur en cliquant sur le lien :

Voyage Essentiel

Vous découvrirez le fascinant séminaire de développement-ressourcement que Boris organise en mai prochain à la Réunion. La version très  enrichie de l’atelier « du sens aux solutions créatives » dont j’ai déjà parlé…

Les installations d’Elsa Tomkowiak

Les vents chassent en vain les chagrins de l’azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu’une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d’après la pluie
Le verre n’est jamais si bleu qu’à sa brisure
Aragon, in Les yeux d’Elsa.

Les installations d’Elsa Tomkowiak sont une merveille, ici des bandes colorées de 8 m de long qui se déploient comme une charpente décalée dans l’espace de la chapelle.

Quelques bandes font écho aux tons doux et féminins des vitraux de la chapelle. Une répétition d’aplats de couleurs qui découpent l’espace et invitent le spectateur à la déambulation, pour devenir lui même acteur de cet incroyable kaléidoscope fragile et ephémère, pour dialoguer avec ces ébauches de forme et chercher dans l’espace les points où l’oeil tantôt chavire, tant s’exstasie de ce qu’il peut embrasser.

Photo de Elsa Tomkowiak à La Chapelle du Genêteil à Chateau Gontier

Pour en voir plus sur son travail à Château Gontier ou son installation à Soteville les Rouen ou découvrir tout son travail en images

Patouillade et prise de risques sont les deux mamelles de la peinture

Quand je me lance avec mes pinceaux, couteaux et peintures, parfois j’ai une intention claire, parfois non. Et cela ne change pas forcément grand chose au résultat, ne serait-ce que parce que je ne peins pas forcément finalement ce que je croyais vouloir peindre. Aujourd’hui j’ai peint, c’est sûr, sous l’influence des couleurs, des formes, des rythmes, des peintures de Rabindranath Tagore. C’est en train de sécher à l’atelier des pavés disjoints. J’enrage d’avoir découvert son travail de peintre si tard… Et l’expo deux jours avant sa fermeture. Peu importe, les autorisations qu’il se donne de représenter ce qui peuple son imaginaire, animaux, végétaux ou humains font écho en moi. Ce qui est une évidence en écriture ne l’est pas en peinture. Au nom d’un souci de vraisemblance dont je me demande bien d’où il vient. J’accueille bien plus facilement ce qui glisse de la plume que des pinceaux et des couteaux. Cela ne me plait pas forcément mais je laisse advenir.

Matisse aimait travailler et retravailler une même forme. C’est le thème de l’expo de Beaubourg autour de paires et de séries. Il disait que dans sa peinture de jeunesse il trouvait déjà des formes qui allaient le suivre tout au long de son travail. D’où viennent-elles ? De quel imaginaire individuel ou collectif sont -elles le héraut ? Certaines formes s’invitent dans le travail sans y avoir été explicitement conviée. C’est très étrange. Et j’ai beau les éviter, ou plutôt refuser d’essayer de les peindre,  elles reviennent au détour d’un coup de pinceau, de couteau, comme une invitation au voyage intérieur, le leur, intime et impénétrable, le voyage au coeur même de la forme. A force d’exploration peut être saisirai-je leur essence, et je pourrai alors partir vers d’autres vagabondages, d’autres formes. Pourtant l’instant je tâtonne, je patouille, je patauge, je barbote dans un corps à corps étrange entre la peinture et moi.

Ma première patouillade est une forme pourtant très, très familière 😉

acrylique sur papier, 50*70 cm

(tu peux agrandir chaque image en cliquant une fois, ou deux fois)

 

 

 

 

Mi ange mi bête

Ils sont là à danser sous mon pinceau, derrière le feu de camp. Lucarne de lumière qui tranche sur la nuit. Pourtant elle perce et transperce. Et s’invite sur la toile en de nombreuses macules bleues. L’homme et le le loup se font suite, le sage est devant, l’impudent derrière. C’est l’animal qui guide, de toutes ses oreilles, il capte les vibrations du vent sur son pelage, il scanne le chemin dans des frémissements de truffe. Il sent où il est, il connait la forêt qu’il habite, il situe les autres espèces présentes. L’homme tente vainement de regarder par dessus son épaule, mais les yeux sont inutiles sauf pour se faire peur avec des ombres inattendues. Entre les deux, un enfant, parfaitement silencieux, serein. Il apprend la forêt par ses sens, les bosselures du sol, les odeurs putréfiées de mousse et de feuilles, les effluves fauves du gibier, le murmure des ruisseaux, les rayons de lune qui écrivent sur les troncs. Tout près du feu et de la lumière, il étouffe un peu, il a bien trop chaud et il lui tarde de plonger dans la nuit et ses démons.

Alizarine et autres brèves

Et si d’un geste, là, maintenant, je sortais mon cœur de sa cage souple, de sa boite d’os déboitables, seriez-vous intrigué ? Oui le sang giclerait en un spectacle peu réjouissant peut-être, mais imaginez les splendides arabesques sur la toile blanche. Imaginez que ces arabesques enchâssent des gouttes d’un vert Véronèse parfait. Cela aurait de l’allure, non ? Et au milieu de ce coeur recouvert de laque de garance, un camaïeu d’automne, de roux, d’or, de feu, de bruns cramoisi. De couleurs si proches qu’il n’est plus possible de savoir où commence l’une ou finit l’autre.  Des couleurs qu’il devient impossible de reproduire à l’identique. Et si vous reculez d’un pas à présent et que vous embrassez du regard tout le tableau, voyez-vous toujours ce cœur sanglant ?

 

Chanteuse de Jazz

Plongée dans la nuit du silence, elle se concentre, elle se ramasse au plus profond d’elle même, à la source de tout, là où tout danse ensemble. Un froissement dans la salle, les chaises qui s’ajustent, le bruit mat d’un verre qu’on repose. Elle sait que c’est à elle. La musique reprend tranquillement d’abord puis enveloppante. La musique la déplie comme un serpent sans charmeur, vertèbre après vertèbre. Les spots l’effleurent, la caressent, dessinant d’elle un pointillé au rythme noir et lumineux. Et quand elle déroule l’ultime cervicale,  sa chevelure flamboyante, jusque là sagement retenue, tombe net comme un rideau de théâtre.

 

Plumes d’ange

Le ciel est blanc, lavé de toutes couleurs. Il attend tranquillement le réveil du soleil. Le ciel est blanc, blanc comme plumes, blanc comme une averse de neige. Le ciel est tout à son silence blanc sur la palette du peintre. Tout à coup, des plumes s’échappent d’un secret oreiller pour une promenade singulière. Elles descendent doucement, virevoltent au ralenti ; pas de course folle, pas de compétition. Juste la douceur de l’air. Certaines s’égrainent dans l’immense robe  du ciel,  d’autres viennent piqueter la crinière de nuages. Toutes finissent leur chemin telles des feuilles d’automne dans un moelleux abandon qui se colore de teintes tendres : abricot de lait, vert timide, rouge adolescent. Les tranches de ciel floconneux  s’assemblent à pans coupés pour devenir robe d’ange.