Un éclair jaune dans la rue

Hier matin, je tirais mon caddie tranquillement vers le marché, de ce pas campagnard qui ne me prend que le samedi matin. Lent, comme un pas de randonnée. Absorbée dans mes pensées.  Et soudain je vois passer un éclair jaune dans la rue. Je relève la tête un peu surprise. Devant moi une petite fille haute comme trois pommes tire joyeusement la main de son papa en courant. Elle fait presque du sur place la fraction de seconde que met son père à démarrer.

Et les voilà partis à courir sur le trottoir, d’un pas très léger, très aérien, très élastique, comme au ralenti. Le petite fille essaie d’entrainer son colosse de père dans une allure plus rapide mais non. Sa foulée est aussi régulière qu’une portée musicale. Chaque pied retombe en mesure très lente. La fillette ralentit pour se synchroniser sur son père. Et les voilà tous les deux, en rythme, reliés par un bras et une mains. Ils rigolent beaucoup en s’éloignant, puis cent mètres plus loin, ils s’arrêtent avec la même douceur qu’ils ont commencé leur course. Le papa se penche et embrasse sa fille radieuse, le visage coupé en deux par un immense sourire. Il tourne son visage vers moi en se relevant et nous échangeons des sourires.

Le ciré jaune de la petite fille brille comme un morceau de soleil tombé sur terre.

Déconnectée

Toujours plus haut vers le ciel, Aube, octobre 2008
Toujours plus haut vers le ciel, Aube, octobre 2008

Quelques jours sans connexion Internet, histoire de retrouver le goût d’avant, l’écran qui reste noir. L’envie de se recentrer sur l’essentiel. Envie de direct plus que de la médiation des mots, envie d’être en prise avec la vie comme ma nièce sur son mur d’escalade. Chercher ses prises, s’appuyer sur les jambes, les meilleures racines vers le ciel, pour ne pas s’épuiser à tirer sur les bras, à s’époumoner, s’étouffer. Faire confiance à ses pieds, le chemin est toujours sous nos pieds même quand la tête regarde le ciel infini pour respirer le soleil.

« Le poème est ascension furieuse ; la poésie, le jeu des berges arides »  in Feuillets d’Hypnos de René Char

Briser la glace

Près du Louvre, Paris, 28 décembre 2008

«La société occidentale nous oblige à entrer dans la spirale de l’esprit de compétition, avec toutes ses conséquences. Elle ignore trop souvent les valeurs du cœur et de l’âme, c’est pourquoi la solitude est devenue le mal du siècle. C’est aussi pour cette raison que les relations avec les autres sont difficiles et parfois même conflictuelles.»
Susan Jeffers

Episser ?

Nouer ou  dénouer, épisser les morceaux de vie
Nouer ou dénouer

Le bonheur, me dit un ami, ce midi à déjeuner, ce n’est pas le but, c’est le chemin. Oui, le chemin de soi, rester au plus près de soi même. Ne pas s’écarter pour ne pas se perdre, pour ne pas perdre la flamme. Oui peut être, rester debout sur le chemin quand tout s’effondre. A bien réfléchir, en fait ce n’est jamais le réel qui s’effondre, ce sont les chimères construites inlassablement et qui cachent le chemin. Autant les laisser s’effondrer plutôt que de continuer à gaspiller l’énergie à effectuer de vaines réparations sur des murs sans fondation.

Oui, à chaque instant se pose la question de savoir ce qui lie et délie nos morceaux de vie, et si nous pouvons les nouer ou les denouer. Oui c’est rassurant d’épisser les torons disparates de nos vies, de chercher à donner un semblant de cohérence. Mais au fond, au nom de quoi ? Je ne sais pas bien répondre à la question. Il me semble que ce sont les projets de vie qui donnent la structure, qui canalisent l’énergie et permettent d’avancer sur le chemin. Quand l’habitude l’emporte sur le projet, cela ramollit, c’est la marée des « à quoi bon » qui monte. Marée de grande équinoxe ou simple clapot sur la plage écrue.

Il faut beaucoup de courage pour abandonner ses habitudes et renoncer. La sagesse serait sans doute de ne pas renoncer mais de chercher plutôt le chemin pour s’en détacher, chemin encore plus caillouteux !

Les amitiés et les présences douces sont très précieuses sur le chemin, quand on n’est pas sage… et quand on l’est aussi !

Une journée particulière

un cadeau de la vie
un cadeau de la vie

Aujourd’hui c’est un peu spécial, la princesse – toute mouillée – a quatorze ans. Vous souvenez vous de ce que vous faisiez vous, il y a quatorze ans ?

Elle arrivait sur cette planète avec trois semaines d’avance (cela lui est resté d’être en avance sur les plannings…), juste à l’heure de l’apéro, le jour du Beaujolais nouveau..! J’ai dû attendre une  semaine pour y goûter cette année-là, ceti pas malheureux ! Sitôt née, presque sitôt confisquée par les infirmières, les nurses, bref la grande médicalisation. Son père a quand même eu le droit de l’hhabiller. C’est bien connu les bébés cela préfère le bain immédiat et les habits aux calins, dixit les infirmières. Je suis restée dans le potage une journée avant de retrouver mes fondamentaux. Pas touche à ma fille, non ! Elle ne dormira pas à la nursery au milieu des hurlements des autres. Non, non, non. Elle dort avec moi. Et oui, elle dort comme un ange de minuit à six heures. Pourquoi se plaindre ?

J’avais prévu d’acheter les draps popur son lit le jou où elle est née. Dommage !!! Je devais passez deux jours plus tard une radio parce que le gynéco pensait qu’elle ne passerait pas « par les voies naturelles ». Il avait tort, tant mieux, et j’ai pris un plaisir jubilatoire à annuler ce rendez-vous inutile.

Donc elle a signalé son arrivée imminente à l’heure du réveil – normal – a pris son temps pour arriver – histoire que son papa aille un peu travailler – puis elle est née. Grosse émotion, je me sentais très intimidée devant ce petit bout d’humain. Quatorze ans plus tard, je crois que nous avons assez bien réussi notre apprivoisement (j’écris sous son regard alors faut que je fasse attention…) et quand je vois le nombre de personnes qui lui ont fêté son anniversaire aujourd’hui, même en chanson en plein cours, je ne suis pas inquiète pour elle. Elle croque la vie avec le même bonheur qu’elle plonge dans l’eau fraiche du lac du moulinet, c’est tout dire…

Quelle est la cible ?

Grand week-end familial en forêt d’Orient et quelques jeux pour le plaisir de se dépenser autrement que par les mots. Le temps était très clément, je me suis levée bien trop tard pour aller faire de la photo d’oiseaux en forêt, mais bien assez tôt pour aller admirer une partie des archers de tous âges. J’aime l’intense concentration des visages. Et vous ?

PS vous pouvez agrandir les photos en cliquant dessus.