Comment je sais

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Je sais que je suis à Prague parce que la lumière tombe plus vite et qu’à quatre heures, il fait presque nuit…

Je sais que je suis à Prague parce que les concerts sont à 19h30 et que tu rentres chez toi à une heure décente.

Je sais que je suis à Prague parce que les hommes et les femmes sont très habillés pour aller au concert ; il ne viendrait à l’idée de personne d’y aller en jeans. Les femmes peuvent porter du très court ou du très long, et toujours des talons d’une infinie finesse.

Je sais que je suis à Prague parce que les femmes se déchaussent au vestiaire après le concert pour mettre des chaussures de marche et rentrer chez elles.

Je sais que je suis à Prague parce que je me déchausse quand je suis invitée, et que toutes les femmes ont dans leur sac à main une paire de chaussettes à enfiler pour ne pas filer leurs collants.

Je sais que je suis à Prague parce que je me sens terriblement naine dans le foyer à l’entracte.

Je sais que je suis à Prague parce que dehors des masses de petits hommes décorent de branches de sapin et de boules dorées la moindre devanture de boutique.

Je sais que je suis à Prague parce que j’entends claquer sur le pavé les fers si spéciaux des chevaux attelés.

Je sais que je suis à Prague parce que je dois penser à demander un expresso et pas un café, sinon je me retrouve avec un crème.

Je sais que je suis à Prague parce que je me sens dans un magazine de voitures de luxe quand je marche dans les rues du quartier historique.

Je sais que je suis à Prague parce que pour déjeuner je regarde toujours le denní menu qui pour 150 CK  (6 à 7 euros) me permet de très bien déjeuner.

Je sais que je suis à Prague parce que si je cherche un tube d’homéopathie, il se pourrait que je fasse toutes les pharmacies de Prague sans trouver le produit cherché.

Je sais que je suis à Prague parce que, quand je cherche un mot, il me vient en allemand.

Je sais que je suis à Prague parce que je vois des crayons de couleur Koh I Noor  partout.

Je sais que je suis à Prague parce que même si les Pragois ont la réputation d’être des gens pressés, pour des Parisiens ils sont assez lents.

Je sais que je suis à Prague parce que j’ai sous les yeux des immeubles Art Nouveau tous plus beaux les uns que les autres.

Je sais que je suis à Prague parce que je peux acheter un cahier de coloriage, juste de dessins Art Nouveau.

Je sais que je suis à Prague, parce que quand vient l’heure pile, je ne peux plus traverser la place où se tient l’horloge astronomique tant la foule des touristes est dense.

Je sais que je suis à Prague parce que je peux boire une bière différente par jour sans épuiser les possibilités de découverte.

Je sais que je suis à Prague parce que je peux aller écouter un concert différent par soir, et avoir encore un  peu de mal à choisir.

Je sais que je suis à Prague parce que les plafonds sont très hauts et les lustres somptueux.

Les tables à jeu de Libor Fára

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Libor Fára est un artiste surréaliste tchèque, peintre, graphiste, né en septembre 1925 à Prague et mort en 1988. Il a beaucoup travaillé en collage, assemblages en bois ou en métal, et réalisé un travail singulier incorporant des photos d’objet ou de personnes. Dans les années 6O il a beaucoup travaillé pour le Divadlo Na Zábradlí  (Théâtre sur la Balustrade) pour lequel il a créé des affiches, des costumes et des décors de scène. C’est le théâtre dans lequel Vaclav (cela se prononce Vatslav) Havel – dont il était ami – a créé ses premières pièces.

L’exposition Rythme qui se tient jusqu’au 7 février 2016 pour commémorer les 90 ans de sa naissance au musée Kampa de Prague présente une partie de son travail et quelques œuvres qui m’ont beaucoup touchée, notamment les hraci stoli (tables à jeux).

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Au premier coup d’œil tu sais que ce sont des fragments de table à jeu et en même temps tu as l’impression d’avoir une table à jeu complète, une table à jeu avec l’esprit du jeu. Chaque œuvre entre en résonance avec une évocation de jeux anciens jeu en bois (flippers anciens, jeux de quilles, jeux de palets, jeux d’adresse….). Avec un art maitrisé du collage, des formes, de la composition très épurée.

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Et quand tu regardes son travail de collage « papier » ou de peinture tu retrouves le même jeu libre de composition, la structuration autour d’un rectangle, l’assemblage de formes simples, cette liberté prise avec le cadre quand nécessaire.

 

Une galerie en ligne de son travail

Un très joli mini film de la TV tchèque qui donne un avant goût et un extrait d’Ubu roi avec des décors de Libor Fára.

Une longue émission consacrée à Libor Fára (non sous titrée :)) à la Bibliothèque Vaclav Havel avec des témoignages de sa fille, de Vaclav Havel et nombre de ses amis.

 

Les Kočky d’en face

Quand tes plus proches voisins sont des chats tchèques, de surcroit, c’est impératif de leur trouver des noms tchèques pour pouvoir parler d’eux, à défaut de pouvoir les interviewer, eux ou leurs co-locataires humains. Il parait que les moutons prennent l’accent des congénères avec lesquels ils vivent, j’imagine que les chats aussi. malheureusement je n’ai pas entendu de chats tchèques, alors je ne sais pas quelle voix ils ont ! Bon revenons au sujet, Kočka c’est le nom générique pour désigner un chat (la chatte en fait), kocour le matou et Kotě le chaton et Koťata les chatons. Comment trouver des noms alors ? Eurêka vive Internet, sur FB j’ai trouvé un refuge au joli nom « Neuf vies » (Devět životů).

Alors par ordre d’entrée en scène si toi aussi tu cherches des noms. Pour les garçons : Porfix, Povaleč, Leháro, Merlot, Ear, Fešák Hubert, John, George, Paul (oui c’est pas très tchèque mais une bouille de chanteur), Ringo, Klásek, Vendelín, Bobeš, Tláča, Pružinka, Perníček, Vánočka, Apollón (oui il mérite bien son nom), Lump, Birdy, Sáva, Bělina, Moe Moe, Modrák, Valentýn, Ouško, Guliver, Grumbir, Čertík ; et les filles : Flákač, Lenora, Feline Mop, Antonínka, Trhavka (facile à prononcer hein !), Majrovka, Pustinka, Václavka, Bressonek, Holubová, Pálava, Šamotka, Hanzelková, Zikmundová, Smaženka, Uzenka, Amber (va voir ses yeux…), Březňák, Rohlíček, Koule, Žížala, Konvička, Lebeda, Trója, Vichy, Danae, Seraphine, Andělka, Poldinka, Motyčka, Merlík, Mína.

La jeune et espiègle trois couleurs je l’ai baptisée Šamotka, le noiraud solitaire de la fenêtre de droite Birdy, le felix à poils longs Trhavka, le felix à menton moucheté Flákač, le felix authentique Félix, l’autre noir Gulliver, et le fantomatique tigré Kamínků. A l’heure où j’ai commencé ce billet il n’y avait que Birdy à son poste.

Šamotka

Šamotka est une très belle chatte arlequin trois couleurs genre maine coon, une cousine de celle-là quoi, mais avec beaucoup plus de blanc sur le corps. Elle a un fichu caractère et distribue volontiers des coups de pattes aux alentours, ou déloge qui oserait se coucher à sa fenêtre préférée. Elle vient assez rarement à la fenêtre en fait, essaie souvent de l’ouvrir plus grand et a visiblement une folle envie de jouer

 

Trhavka

Le beau chat bicolore « tuxedo » que j’ai baptisé Trhavka est plus calme et tout aussi majestueux. Il est souvent installé à la fenetre et passe de très longs moments à faire sa toilette. Je l’imagine tiré à quatre épingles et très très zen.

 

Félix

Le Félix authentique, il apparait souvent mais repart aussi vite. Il fait vaguement la toilette des autres. Il joue un chien de berger qui vérifie si son troupeau est bien là au complet.

 

Flákač

Le félix à menton rigolo (là c’est le célébrissime Socks de Bill Clinton), Flákač. Il fait des apparitions éclair et plaque son nez à le fenêtre. Il réagit quand je joue au sémaphore de l’autre côté de la rue en scrutant encore plus attentivement.

 

Birdy

et les deux noirs puristes, Birdy aux yeux verts, avec une petite étoile. Souvent je sais qu’il n’est là que parce que je vois un fugitif rayon vert. Il passe ses journées couché sur le rebord de la fenêtre de droite, et jamais, jamais aucune autre chat près de lui. le voir l’autre jour sur la fenêtre avec les autres m’a fait un grand choc, genre ai-je consommé des substances hallucinogènes ?

 

Gulliver

et Gulliver aux yeux dorés d’un noir immaculé pour autant que je vois quelque chose à 30 mètres ! C’est un adepte de la position couchée aussi. Il n’aime pas du tout Šamotka et s’en va dès qu’elle arrive. En revanche il a l’air de bien s’entendre avec Flákač

 

Kamínků

Et Kamínků le timidissime tigré vu une seule fois, tout à fait à droite de la fenêtre là où se tient en principe Gulliver, je ne sais que dire, sinon que j’ai une tigrée du même genre timide en apparence mais en fait très indépendante et qui sait se rendre parfaitement invisible. Une belle famille de chats, non ?

 

 

Les voisins d’en face

Hier je t’ai parlé de la rue, du ballet des voitures, des piétons. Tiens à propos les touristes attaquent le pavé vers 7h30. La majorité d’entre eux portent des sandales de marche. Certains avec soquettes blanches (et pas que les allemands) et d’autres nu pieds (dedans les chaussures hein pas à se brûler les coussinets sur les pavés). Un peu plus tard ce sont les business woman du quartier qui portent robe très courte et talons très hauts. Cela fait des silhouettes originales et exige un entrainement précis pour se percher sur les tabourets de bar. Oui les bars et coffee shop de Prague adooooooooooooooorent les tabourets de bar.

L’immeuble d’en face a été refait depuis pas si longtemps mais le ravalement n’est visiblement pas de qualité. La façade arbore des peintures de guerre plus ici et là, surtout près des balcons. Problème étanchéité a dit le hamster dans ma tête. Certainement. Sinon le bâtiment n’a rien de très exceptionnel, il ne me parait pas typiquement art nouveau à la différence de nombreux autres du quartier. Tout a été démoli ou presque et reconstruit entre 1896 et 1910. Prague comporte 2108 bâtiments classés qui datent de cette période, impressionnant, non ? L’immeuble d’en face est sobre, et j’adore sa porte en fer forgé. Six fenêtres en façades, 4 étages et un grenier.

Bon mais cela fait combien de voisins cela ? Et bien cela dépend. Première analyse tu regardes les fenêtres pour te dire qui va avec qui. Selon les étages c’est plus ou moins facile de les apparier (par deux).  Après tu passes aux rideaux, là c’est évident à certains endroits, souvent les mêmes que les fenêtres en fait. Le soir tu attends le coucher de soleil (20.30 en ce moment) et tu attends les lumières. Et là pas de bol, personne n’allume ou alors personne ne vit de ce côté ci ! Surtout tu fais cela en semaine, hein, parce que le weekend, le Pragois qui vit à Josefov, et bien il prend sa voiture et va se mettre au frais, cueillir des champignons, camper, se baigner itou itou (révise mes billets de l’an dernier si tu as tout oublié). Et le centre de Prague est vide de ses habitants, ou presque. Alors tu peux toujours attendre pour savoir combien de fenêtres appartiennent au même appartement.

Cette semaine j’ai fait une étude serrée, et hier soir, coup de théâtre, mes hypothèses sont tombées à l’eau, les lumières ont démenti en bloc. Cela m’a permis de contempler un joli lustre avec tout plein de pampilles. Non tu ne verras pas de photo c’est trop loin et je n’ai pas le câble pour transférer les fichiers images sur l’ordi. Pendant un temps j’espérais voir les voisins ouvrir ou fermer leur fenêtres, contempler la rue, fumer. Rien de tout cela. A croire que l’immeuble n’est pas habité, sauf quelques rares occupants dont je vais te parler.

A l’étage du lustre à pampilles une toute jeune fille que je n’ai jamais vue ailleurs, alors je ne t’en dirai pas plus. Parents invisibles. Au deuxième étage droite, Papi et Mami. Ils sont courbés, les cheveux tout blanc et se déplacent avec une extrême lenteur comme les Aï. Les regarder me rend très zen. Ils se lèvent vers 7h, vont arroser les plantes sur le balcon, c’est plutôt le travail de Monsieur, en peignoir tiré à quatre épingles. Et ensuite il laisse la porte fenêtre ouverte derrière lui ; les jours de vent, le voilage danse sa joie. Au premier étage, les deux fenêtres de gauche facile, elles ne sont ouvertes qu’en journée, tu vois deux bureaux et un gros capharnaüm dessus, et des hommes habillés décontractés. A droite quatre fenêtres différentes. La première est à demi obscurcie par un rideau écossais rouge et noir (le même depuis un an), enfin c’était vrai jusque ce matin et zou il a disparu. L’autre côté est protégé par un voilage à motif. Chaque fenêtre suivante a son voilage, un motif différent par voilage, alors comment savoir ?

Les fenêtres des vieux immeubles ont une particularité, ce sont des double fenêtres, c’est-à-dire deux fenêtres l’une derrière l’autre, séparées d’une distance en général entre 10 et 20 cm. Tu as en fait une fenêtre intérieure et une fenêtre extérieure. Parfois (c’est le cas chez moi) les deux ouvrent vers l’intérieur, parfois l’extérieur ouvre vers le dehors et l’intérieure vers le dedans. En principe cela isole bien phoniquement et moins bien thermiquement. Je trouve cela peu efficace dans les deux cas ;). Si tu laisses la fenêtre intérieure ouverte (pas grave hein quand c’est au nord), et bien cela fait un très joli plat pour que les chats viennent se coucher et regardent la rue. D’ailleurs c’est eux que je devrais interviewer, ils en savent bien plus que moi sur la vie de la rue. Donc en face il y a des chats. Dernière fenêtre à droite jamais. Avant dernière fenêtre à droite, un chat noir à poil court, seul, depuis un an le même. Les deux fenêtres du centre, un chat noir à poil court, un chat noir et blanc à poils longs, un chat noir et blanc à poil court avec une vraie tête de Félix. Cela c’était le connu et l’actualité en mai. Cet été apparition de deux nouveaux poilus. Un blanc roux et noir (une fille, jeune, un peu dominante vu ses manières) à poils longs et un blanc et noir à poils longs tout mouchetés sur le museau comme s’il avait été éclaboussé de peinture blanche. A croire que c’est appartement d’une famille d’accueil. Et je me disais quand même le pauvre noiraud tout seul, sait-il que l’appart’ d’à côté il a tout plein de congénères. ?

Et bien oui, il le sait, parce que j’ai vu le nouveau noir et blanc au museau moucheté avec lui hier soir. Le scoop qui permet d’affirmer que ces quatre fenêtres forment un seul appartement ! Il aura fallu un an pour en acquérir la certitude. Dingue….

De l’autre côté de la rue

Le matin commence tôt ici. A partir de 6h30 débute le ballet des voitures utilitaires, boulangers et traiteurs en tout genre d’abord puis camions poubelles spécialisés : cartons, papier et poubelles classiques ; le week-end à cette heure là c’est le ballet des taxis qui font le tour du pâté de maison. Là, j’avoue que je ne comprends pas bien. Bref. 6h30 c’est l’heure de la gastronomie ambulante 7 jours sur 7. Tu vois aussi déjà beaucoup de passants dans la rue. Des femmes et des ouvriers principalement. Les voitures sont encore rares, les chevaux dorment encore, comme les touristes.

Depuis au moins un an le restaurant d’en face « Švejk  » est fermé. Les critiques de Trip Advisor disaient qu’il était absolument horrible… Ce sont des restaurants franchisés, il y en a un peu partout. Le Brave Soldat Chveïk fait partie du patrimoine littéraire tchèque (livre culte de Jaroslav Hašek ). Comme nous Causette ou d’Artagnan.

A Noël des affiches ont surgi sur les fenêtres annonçant des travaux et l’ouverture « soon » de quelque chose. Est-ce que le restaurant va rouvrir ou est-ce que ce sera autre chose mystère et boule de gommes, cela ne va pas vite… Les vitres ont été remplacées par des panneaux de bois et des travaux ont commencé.

En plein centre historique, à 20 mètres d’une des rues les plus touristiques de Prague, à deux pas de la boutique Nes***** de Prague, c’est dire s’il y a du monde (pas les queues de folie de Paris quand même, heureusement). Bon les travaux sont assurés par Doležel. C’est écrit sur la porte, sur les fourgonnettes, et même sur une voiture « sport » de luxe qui vient de temps en temps. Et eux ils embauchent à 7h00 pour un démarrage à 7h30 à peu près, cela dépend quand même des jours. Ils sont une armée de garçons. Certains ont les clés, d’autres non. Certains arrivent en tenue de travail, d’autres non, se changent en arrivant et vont mettre leurs beaux habits à l’abri dans leur véhicule. Certains attaquent à 7h à la bière, d’autres à la clope, d’autres à l’eau. Ce matin un petit groupe est allé prendre un café pas loin. Hier Big boss est passé dans sa voiture de luxe. L’archi sans doute. Lundi certains ont découpé des mètres et des mètres de fils différents, d’autres faisaient du ciment, d’autres encore cachés à l’intérieur faisaient je ne sais quoi. Sachant que la température est à 28 dès 9h le matin et monte jusque 32/35 tous les jours, ils doivent avoir sacrément chaud même si l’immeuble est plein nord. Je n’ai pas réussi à trouver à quelle heure ils font la pause le midi, ni à quelle heure ils débauchent. Quand j’y pense, il n’y a déjà plus personne.

A côté la pizzeria Modrá Zahrada est fermée aussi. Elle a ré-ouvert à Národní třída donc impossible de deviner qui va s’installer là. Aucun signe de travaux pour l’instant.

Un peu avant sept heures, juste avant les premiers ouvriers, la jeune fille de l’immeuble d’à coté (le jaune sur la photo parce que c’était avant le ravalement) sort son chien minuscule, un chihuahua plein de vie. Elle ressort quelques instants plus tard sur son vélo. Chemisier blanc, jupe droite noire, queue de cheval bien lissée et accrochée haut, chaussures noires. Ce matin elle est sortie en tongues noires. Chapeau, faire du vélo en tongues c’est chaud (oui j’en connais qui font de la moto…). Les chaussures sont sans doute dans le sac qu’elle porte…

C’est pareil je ne la vois jamais rentrer. Elle sort par la jolie porte en fer forgé là, à droite du micro bureau de change et de l’ATM. Et tu vois ce n’est plus jaune, c’est terre de sienne clair. Plus classe.

Bon tu vois il y a aussi une cave à cigares et spiritueux (House of Churchill). Luxueuse. Grande comme une cuisine parisienne. Je ne vois jamais personne dedans. Lundi soir, ils (c’était une majorité de garçons) ont décidé de faire la fête. A 20 heures, musique à fond, ils étaient 8 ou 10 à danser avec joie sur cette piste improvisée. Bon cela rentrait et cela sortait assez vite prendre le frais aussi. Ils ont chanté, bu, dansé, chanté, dansé, bu, dansé. Et hop d’une coup de baguette magique tout s’est arrêté.

Et au dessus de cette cave à cigare, il se passe des trucs étonnants, des habitants avec des habitudes rigolotes et une sacrée colonie de moustachus. Mais mais ce sera pour un prochain billet.

Une assiette, c’est plus qu’une assiette

Samedi soir, petite expérience culinaire. J’ai repéré un micro restaurant vietnamien dans mon quartier Praguois. Un nouveau restaurant. Et un confectionneur de chemises sur mesure aussi un peu plus loin. A Prague tu ne sais jamais combien de temps les boutiques vont tenir, alors autant essayer tout de suite. L’année dernière cela avait été la divine surprise de “K” THE TWO BROTHERS, un délicieux restaurant indien aux saveurs de là-bas.
Cette fois il s’agit de banh-mi-ba. 18 places assises, 9 plats possibles : 4 en assiette 5 en sandwich. A mi chemin entre street food et cantine dans un décor épuré hyper travaillé.
Le mobilier ressemble au mobilier du fabricant TON. Bois blond, lignes arrondies, vernis mat, toucher doux. Tabourets de bar et mange-debout rectangulaires. Bref deux grandes « tables » et deux « comptoirs ».
La vaisselle, c’est elle qui m’avait tapé dans l’œil quand j’étais passée devant. Du grès coloré, loin des habituelles assiettes blanches en mélamine. Samedi matin au marché à Náplavka, je vois la même. je sursaute, m’arrête et craque…Bon le travail de Cyril Hančl se reconnaît tout de suite. C’est juste fait pour venir se lover dans ta main.

Bref nous commandons nos plats, moi un bun bo nam bo et l’homme un mien ga tom. L’accueil est sympathique, anglo-tchèque. Les plats sont faits sur place et au fur et à mesure. Donc extra frais, extra parfumé, un peu long éventuellement mais cela en vaut la peine ! C’est tout petit et déjà pas mal fréquenté ; la bageterie vend aussi à emporter donc pas mal de passage. Pas l’endroit parfait pour un diner en amoureux, mais parfait pour un diner dans un lieu minimaliste où le plaisir des yeux et des papilles est grand, et le prix tout doux, tout doux.
Mon bun bo est arrivé non assemblé, comme une grande assiette végétarienne (bon d’accord il y a du bœuf), à moi de remuer cette vaste salade avant de la goûter, O divine surprise, et de la déguster. Le chef est passé apporter son assiette à une cliente (elle avait pris un bun bo aussi :)) alors j’en ai profité pour mobiliser mon peu de tchèque gourmand et le remercier de sa bonne cuisine.

J’ai savouré jusqu’à la dernière miette et mon plat et la vaisselle, et attrapé patiemment aux baguettes tous les éclats de cacahuètes  🙂

Jiřák à Prague : marché fermier de la St Sylvestre

Tout en haut de la colline, au métro Jiřího z Poděbrad, tu peux trouver certains jours un des deux marchés fermiers réputés de Prague. Je suis montée mercredi pour la Saint Sylvestre, intriguée par la pub de la Boulangerie Petite France pour ses huîtres. Bon il faisait moins 3 ou 4, pas un temps à mettre un légume dehors… 20141225_121453 Tu vois la grande antenne radio à gauche sur la photo, c’est la tour de la télévision (216m), et juste en dessous un énorme église qui parait microscopique (Eglise du Très Sacré Coeur de Notre Seigneur avec une tour qui s’élève à 42 m au dessus de la Nef) ? Oui de l’autre côté de la Vltava, là j’ai pris la photo de la terrasse du château ! Bon le marché il se plante là, au sommet dégarni battu par le vent. Tout un programme.

J’ai pris le métro pour monter là-bas, pas de tram direct. Le métro est creusé profondément dans le ventre chaud de la colline, donc tu te prends un escalator interminable pour sortir… Tu as le temps d’apprendre toutes les pubs à force.

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Métro

20141231_113940 Tu arrives enfin et tu débouches dans l’air glacé. Tu remets de suite tes gants et ton bonnet et tu reprends l’ascension vers le marché miraculeux. En chemin tu rencontres un papa qui a pris une autre option d’activité, les chiens aussi, et tu vois le brasero du marché flamboyer un peu (tout dépend du nombre de personnes devant en fait…)

Le plus dur est fait. Là tu te réjouis, tu penses à ton frigidaire vide et tu te dis que cela va être chouette de le remplir de bonnes victuailles. Tu penses d’abord à Tifenn dans son ria et à ses huitres, là tu vas voir les huitres pour voir à quoi elles ressemblent… Ah oui ! presque 2 € l’huitre quand même !

Bon mais c’est bien joli, je ne mange plus d’huitres moi. Donc je plonge dans le marché… Il est onze heures, les gamelles de soupe fument, les ragouts aussi. Déjeuner Cela donne faim ! Je m’arrête là acheter des klobasa pour ma soupe slovaque à la choucroute. Devant moi des français d’Angers qui viennent d’arriver et qui s’achètent leur dîner de réveillon ;). Et je continue ma route pour revenir totalement bredouille. Je n’ai pas envie de leurs délicieux gâteaux, ni de burek aux épinards, ni de graisse d’oie, ou de beurre, ou de chou fermenté….

Cela me déprime de rentrer bredouille, non pardon, juste mes deux klobasa, et du pain aux noix… fin !