La chasse au trésor

9782265093973

Je ne sais pas si tu connais Andrea Camilleri. Un vieux monsieur d’origine sicilienne qui a inventé sa langue à lui en écrivant et rend la traduction de ses livres éminemment difficile. Il s’est mis à écrire sur le tard, mais prolifiquement, une série policière avec le célèbre Salvio Montalbano dont je suis une aficionado, et d’autres romans plus ou moins historiques, disons plutôt basés sur des archives historiques que je goûte moins sauf l’incroyable Betty.

Quand j’achète un Camilleri en librairie c’est un peu comme quand j’achète une bonne bouteille de vin ou une boite de chocolats que j’aime, je commence à me réjouir au moment même où je touche le livre. Et je me réjouis de ce moment délicieux que je vais passer en compagnie de Camilleri et Montalbano. Il m’arrive de finir tard dans la nuit, fatiguée et contente.

Cette fois j’avais 2h47 de TGV pour 260 pages donc largement le temps. C’est le 12e de la série, il vient d’en publier un nouveau pour fêter ses 91 ans. Il écrit principalement sur des faits sociaux italiens, parfois sur l’actualité douloureuse comme les migrants qui échouent à Lampedusa.

Je l’ai lu très vite, j’ai beaucoup ri de la langue, des tournures de phrase mais j’étais effondrée du roman. Droit sorti d’une session de creative writing. Toutes ses techniques habituelles sont là, plus nombre de maladresse et d’invraisemblances, là où d’habitude ce sont des rebondissements, un peu hasardeux parfois, mais qui « tiennent ». Dans La chasse au trésor, c’est bourré de bonnes idées et de moments capilo tractae mais c’est assez peu travaillé. Même le dénouement n’est pas le savoureux coup de théâtre habituel, on le sent venir depuis un moment. Bref un bon premier jet en quelque sorte, mais pas un livre abouti. Il lui manque l’essentiel, une âme. Ce quelque chose qui fait que tu rentres en résonance avec tel ou tel personnage ou telle ou telle histoire racontée. Non là Camilleri est sordide voire gore juste pour le plaisir, enfin le sien, pas le mien, et avec une bonne dose de cruauté. Heureusement les paysages vus du TGV étaient sublimes.

Il est déjà adapté par la RAI et si tu veux voir le téléfilm en VO c’est là : http://www.dailymotion.com/video/x416m4k

Publicités

Jubilatoire

En 1976 Jean-Patrick Manchette publie « Que d’os » chez Gallimard en série noire. Clin d’oeil sans doute à son procédé stylistique, dépouillé jusqu’à l’os.

C’est l’une des histoires du gendarme Tarpon devenu détective privé qui vivote en cherchant à trouver qui pique dans la caisse de son seul client pharmacien. Quand surgit une vieille dame insignifiante, envoyée par un inspecteur de police en ripouxification avancée qui lui demande de retrouver sa fille aveugle disparue depuis un mois.

Tout est jubilatoire dans ce roman. L’intrigue, les péripéties, les dialogue, la langue et le style de Manchette. Il s’amuse comme un petit fou avec les canons de l’écriture noire « classique », tantôt l’écriture « béhavioriste » au plus près du réel. S’en suivent des descriptions rapides, concises, sans pathos extrêmement efficace pour engager le lecteur à former ses propres images. Il mélange allégrement roman noir, roman policier et roman à énigme. Il s’offre même le luxe de donner le dénouement en 4 lignes, puis de le reprendre en deux chapitres complets. Et cela marche !

Les dialogues sont truculents, des jeux de mots à foison, des contrepèteries parfois,  sans être dans une langue particulièrement fleurie et attendue. Et quand son héros, les deux bras cassés se trouve drogué par ses tortionnaires pour alléger sa douleur (!!!), cela donne cette langue incroyable là :

Je suis revenu à moi et j’ai rigolé. Mes sensations vaguaient. J’étais aboulique. J’avais la langue saburrale comme une wassingue sale et le front halitueux. Mes perceptions étaient laciniées et il me semblait que je baignais dans du galipot. J’étais vachement labile et quand Charlotte m’a eu fait lever, ce n’était ni le pied ni les oaristys, de sorte que j’ai méchamment jaboté et même crié raca sur elle, en titubant comme un ophite. Bref, vous voyez le tableau, et que j’étais camé comme un bœuf.

J’ai ri encore et encore, tout du long, même si pour les besoins du suspense et relancer l’histoire, Manchette trucide régulièrement un bonhomme. Un roman noir savoureusement savoureux.

Les Architectes

La libraire avec laquelle j’aime bavarder aime les livres bien fait. Ceux de Gallmeister et ceux de Zulma. Elle m’a donné -entre autres – envie de lire chez Zulma un roman allemand de Stefan Heym intitulé Les Architectes.

L’histoire
Julia est toute petite lorsque ses parents, architectes communistes, sont embarqués et déportés en Sibérie. Leur crime ? Haute trahison disent les autorités, mais en fait aucun réellement, ils sont l’une des innombrables erreurs judiciaires du système soviétiques. Avant d’être arrêtés, ils ont confié leur fille à Arnold Sundstrom architecte réputé lui aussi et pilier du parti en RDA. Il sort Julia de l’orphelinat où elle est enfermée, fuit le nazisme en union soviétique, emportant Julia avec lui, l’élève en tissant autour d’elle un cocon pour lui cacher la vérité et la protéger de « l’effondrement intérieur ». Il lui apprend le métier d’architecte, l’épouse rentre en Allemagne et lui fait un enfant.
En 1956, trois ans après la mort de Staline, alors même qu’il est au faite de la gloire, revient Tieck un ancien déporté, ancien ami des parents et d’Arnold. Et c’est au tour d’Arnold de craindre les paroles de Tieck et l’effondrement de son monde.

Ce qui m’a plu
L’auteur est un marxiste convaincu et engagé contre le nazisme. Stefan Heym est le pseudo de Helmut Flieg qui a écrit ce roman en 1966. Comme il était impossible de le publier en RDA parce que bien trop critique, il a essayé en vain de le faire publier en Angleterre. Il ne sortira finalement qu’en 1974 en Allemagne de l’Ouest. En 1999, il le réécrit en allemand pour le publier, enfin.
Il décrit extrêmement bien les menaces souterraines et voilées, les contrôles que les uns exercent subtilement les uns sur les autres, les subtiles (ou pas !) jeux de pouvoirs et leurs retournements brutaux.
C’est également extrêmement poignant quand Julia décille les yeux sur le socialisme, coupable du meurtre de ses parents, sur Arnold dont les masques tombent les uns après les autres.
Julia doit affronter ses fantômes, ôter les voiles dont sa vie est recouverte. Choisir ce qu’elle veut, des décisions difficiles qui la font vaciller et cheminer vers plus de puissance.

Voiler, dévoiler, dévoilement,  intimité, encore et toujours. L’intimité avec soi-même comme un chemin broussailleux.

Nous étions des êtres vivants.

Ce roman de Nathalie Kuperman est présenté comme un roman social, et comme une fiction contre le libéralisme. Gallimard a même adjoint une banderole rouge sur la jaquette pour attirer l’oeil « le travail, c’est la santé ». Je l’ai lu avec la même curiosité que Les nettoyeurs de Vincent Petitet, et la même déception. La matière n’est pas assez dense ; et danse entre récit, documentaire, fiction, synopsis. Il y a de bonnes idées [le personnage du choeur qui exprime un collectif mou et moutonnant], de bonnes pages [l’éventration des cartons du déménagement], de bonnes trouvailles [la construction polyphonique  – mais malheureusement, cela ne tient pas ses promesses, c’est un moteur diésel lent à chauffer]. Mais cela ne fait pas un roman qu’on lit avec délectation de bout en bout et qu’on relit avec plaisir. Mais diable, diable pourquoi les éditions Gallimard ont-elles choisi ce livre pour la rentrée dans leur si fameuse et merveilleuse collection blanche. Je ne comprends pas.

L’histoire se déroule en trois actes : menace, dérèglement et trahison. Et une poignée de personnages : Paul Cathéter – repreneur- Muriel, Agnès, Agathe, Dominique, Patrick, Farouk et un choeur, avatar du choeur de la tragédie grecque. Un groupe de presse cherche à vendre une de ses sociétés, et peine à trouver un repreneur. Quand enfin il est trouvé, les salariés expriment, chacun à leur façon, leur ambivalence sur cette reprise pour leur futur. Avec cet entrepreneur c’est une nouvelle idéologie managériale qui déferle. Évidemment pour le pire puisque c’est un voyou déguisé en business man qui ne songe qu’à rationaliser les activités pour revendre et empocher le pactole au passage. Mais c’est tellement cousu du fil blanc que c’en est désolant. C’est quand les personnages commencent à échapper à l’auteur que cela devient bon, pour quelques pages.

Si vous trouvez que j’exagère, lisez le début du roman sur le site de Gallimard ou écoutez la lecture faite de quelques pages par l’auteure elle même ou ouvrez et lisez trois pages au hasard du livre. Il manque sans doute, peut être, à Nathalie Kuperman de n’avoir pas vécu de l’intérieur ce monde qu’elle décrit et qui, dans son roman, est bien trop lisse, bien en deçà de l’horreur quotidienne, bien en deçà des turpitudes. La peur est un animal sournois qui fait son office lentement, très lentement, qui délite les groupes à cette même vitesse infime. Et c’est sans doute extrêmement difficile à rendre par écrit. Possible qu’un tel sujet ne puisse être traité que sous la forme d’un roman noir, et non pas avec une écriture léchée, trop jolie pour toucher nos ombres.

Parce qu’au fond il me semble que c’est cela le sujet crucial, bien plus que la dénonciation du capitalisme sous sa forme libérale. Plongé dans l’horreur, est-ce que je la commets à mon tour ou bien je garde ma lucidité ? Pour sauver ma peau, que suis-je prêt à faire ? C’est tout le sujet de l’expérience de Milgram. Avec notre lot de fusion, rachats, revente, réorganisations, c’est le choix de centaines, de milliers de salariés, de décider, au quotidien  d’explorer leur ombre ou de rester dans la lumière.

J’aurais adoré lire un roman sur ce sujet par Thierry Jonquet. Il n’est plus. Parti trop vite l’an dernier. Mais ses oeuvres restent là, disponibles ! Et la nouvelle écrite sur deux DRH dans un train, est à lire et relire dans l’horreur qu’elle peint très bien.

Ecoute-moi

J’ai plongé en apnée dans ce livre fascinant, effrayant, bouleversant de Margareth Mazzantini.

Ecoute-moi (Ne bouge pas en VO) est la confession douloureuse et sans concessions qu’un père fait à sa fille ado alors qu’elle est entre la vie et la mort sur la table du neurochirurgien qui l’opère.  Il lui raconte les trois femmes de sa vie : elle, son épouse, sa maitresse.

Timoteo est un chirurgien connu établi et respecté, marié à une très jolie et brillante femme. Un jour il tombe en panne de voiture au milieu de nulle part. Désoeuvré, en état de choc, il viole la femme qui lui offre l’hospitalité pour téléphoner et prévenir sa famille. Et il recommence, encore et encore, jusqu’à se rendre compte qu’en fait cette femme si loin de lui, socialement, il l’aime. Il vit écartelé entre sa femme pour qui il n’éprouve plus grand chose et cette maitresse, Italia (fallait oser !).  Les deux femmes tombent enceintes, au même moment. L’un des embryons c’est Angela qui vient d’avoir un accident grave de scooter.

Ce livre est un coup de poing dans le ventre, il m’a laissée K.O. KO au démarrage tellement la montée dramatique est remarquablement écrite. Le coeur se serre, l’estomac aussi, on le sent bien que l’horreur est là toute proche, séparée de nous d’un mot ou deux, d’une épaisseur de papier à cigarettes. KO aussi parce que la passion pour Italia qui brûle Timoteo se mêle avec le dégoût qu’il éprouve aussi pour elle, elle que l’un de ses « amis » trouve laide et vulgaire. Il est d’une ambivalence stupéfiante à son égard, il veut et en même temps il ne veut pas, ambivalence qui le déchire et qui est retraduite dans le livre par des passages plus ou moins long en italique. Ce sont des discours intérieurs d’une violence inouïe, violence tournée vers lui ou vers Italia.

Le roman décrit très bien la tension qui envahit Timoteo qui oscille et vacille dans sa propre vie. La rencontre avec Italia scelle la rencontre avec son passé. Un passé très modeste caché par sa mère qui refuse sa misère et lui refuse tout contact avec les enfants vivats et sales qui jouent dehors. Italia c’est la somme de tous ces enfants qui le fascinaient et avec lesquels il n’a jamais eu le droit de vivre. Italia c’est l’irruption du vivant dans un monde lisse, routinier, écrit et aseptisé. Italia c’est une invitation à réconcilier en lui les deux mondes dans lesquels il a vécu et qui se sont toujours tenus à distance l’un de l’autre.

Réussira-t-il ?

Lisez le livre ou allez voir l’adaptation du roman au cinéma, réalisée par le mari de la romancière, Sergio Castellitto. Cela s’appelle A corps perdus et c’est avec Pénélope Cruz… et prévoyez au moins un paquet de mouchoirs…

Extraits

« Tu ne veux pas d’enfant parce que le monde est violent, pollué, vulgaire ? Reviens ici. Redescends vers moi. Je suis nu sur le lit à t’attendre. Donne-moi une meilleure réponse. »

« Le sang qui me faisait peur était le sien, comme son amour m’avait fait peur. Elle était déjà là. La personne qu’on aime est toujours déjà là. Elle est là avant qu’on la connaisse, elle est là avant nous. »

Editions Robert Laffont, repris en collection 10/18, 2001 (2004 en français)

De quoi sont faites les relations ?

Il en est des relations comme des recettes de cuisine, elles sont faites d’ingrédients particuliers, différents, ce qui donnent des saveurs spécifiques, avec des tours de main (et certainement pas juste en un tournemain !) qui nous sont propres. Avec le temps, plus on se rapproche de soi-même plus on peut oser des ingrédients plus complexes. Nourrir une relation avec un autre, c’est aussi nourrir une relation nouvelle avec soi même.

Dans Volkswagen blues, Jacques Poulin raconte l’’histoire de Jack, écrivain silencieux, qui décide, après quinze ans de silence, de rechercher son frère Théo. Ce dernier lui avait envoyé une énigmatique carte postale de Gaspé. En route, il rencontre une jeune femme métisse Pitsémine, alias Grande sauterelle, qui s’avère un copilote efficace et un mécanicien émérite pour s’occuper du vieux minibus Volks avec lequel il sillonne les routes. Ensemble ils partent de Gaspé pour remonter la trace de Théo, ce qui les conduit sur la piste de l’Orégon, dans les traces des hommes et des femmes partis à la conquête de l’Ouest. Et jusqu’à San Fransisco. En chemin, ils apprennent à se connaitre, à trouver un rythme ensemble dans le huis clos du minibus.

Ce qui m’a plu
C’est un road movie comme Poulin sait si bien les faire. Il met ensemble deux personnages, qui se rencontrent par hasard, et il les regarde vivre en essayant d’intervenir le moins possible dans le bout de chemin qu’ils décident de faire ensemble. C’est subtil, plein de pudeur, de délicatesse, de respect, de liberté. Les étapes du chemin sont autant de prétexte pour explorer les musées, l’histoire du Canada, de ses « héros », des pionniers d’Amérique, des indiens des plaines et de leur extermination. C’est terriblement et délicieusement québécois.

Extraits
« Dans les librairies, elle volait les livres sans aucun scrupule , car elle trouvait que la plupart des libraires aimait plus l’argent que les livres ; dans les bibliothèques, cependant, elle les empruntait, c’est-à-dire qu’elle les glissait sous ses vêtements ou dans son sac et les retournait par le poste après les avoir lus. »

« – Je n’aime pas la morale, dit-il. Vous êtes libre et vous n’êtes pas à moi. Et je commence à m’endormir. Je n’ai pas dormi assez.
Elle mit un bras autour de sa taille.
– Ce que j’aime le plus en vous, dit-elle, c’est votre douceur et votre respect pour les gens.
– Mais je ne suis pas un vrai doux, dit-il avec impatience. Maintenant il faut m’excuser. Je ne vais pas bien du tout depuis deux jours et il faut que je dorme.»

« Il y a des gens qui disent que l’écriture est une façon de vivre. Moi je pense que c’est aussi une façon de ne pas vivre. Je veux dire : vous vous enfermez dans une histoire et vous ne faites pas très attention à ce qui se passe autour de vous. »

« Il ne faut pas juger les livres un par un. Je veux dire : il ne faut pas les voir comme des choses indépendantes. Un livre n’est jamais complet en lui même ; si on veut le comprendre, il faut le mettre en rapport avec d’autres livres. Non seulement avec les livres du même auteur, mais aussi avec des livres écrits par d’autres personnes. »

« Le complexe du scaphandrier, dit-il, c’est… un état pathologique dans lequel on se renferme quand on est en présence de difficultés qui paraissent insurmontables. Mais en réalité, on ne sait pas trop ce qui se passe, on agit de manière… instinctive. On sent qu’il est absolument nécessaire de se protéger, alors on s’enferme dans le scaphandre (…). Finalement on arrive au fond de l’eau : c’est le calme et on est très bien. Il y a un tout petit peu de lumière. On n’a presque pas envie de bouger. On est dans un nouveau monde. On est vraiment très bien. On voudrait rester là toujours…»

Léméac – Babel Actes Sud, 1988.

Shim Chong, fille vendue

Je n’ai pas beaucoup de romans coréens dans ma bibliothèque ni dans mes souvenirs. J’ai eu envie de lire celui-ci après avoir lu un billet sur un blog (mais je ne sais plus lequel…), parce que la couverture m’a plu (marron, orange, jaune avec des formes rondes et la texture du papier aussi et enfin parce que je ne connaissais pas l’éditeur Zulma.

La couverture n’est pas pelliculée et glacée, elle est rugueuse comme le coude d’un enfant, chaude au toucher et souple. Le livre est souple, c’est un très beau brochage. Bravo à l’imprimerie Floch à Mayenne pour ce bel objet.

Ce roman est une adaptation « libre » de la légende de Shim Chong, figure de l’imaginaire coréen nous dit l’éditeur. C’est le roman d’apprentissage d’une jeune fille devenue prostituée. Shim Chong est élevée par son vieux père, seul et aveugle, sa mère est morte en couches. Lorsqu’elle eut dix ans, une marâtre vint s’installer avec son père et la vendit à un marchand de Nankin pour qu’elle épouse le grand pays de la Chine. Jadis cela voulait dire être sacrifiée au dieu de la mer, à présent cela veut seulement dire être mariée à un riche chinois.  Un vieux de chinois de plus de soixante-dix ans pour elle. C’est le début pour elle d’un long voyage au pays du corps, des relations hommes-femmes, de la sexualités, des maisons de plaisir de petite ou grande tenue, de la guerre de l’opium, de la pauvreté, de la Chine et du Japon. De la fin du XIXe siècle au début du XXe siècle puisque Chong vivra plus de soixante dix ans.

Plusieurs morales un peu simplistes à l’histoire :
– le respect de l’étiquette, des règles et des usages est une planche de salut
– savoir s’adapter au monde dans lequel on est projeté brutalement est un gage de survie et de santé mentale
– ne jamais oublier ses rêves pour avoir une étoile qui brille dans les heures les plus sombres
– bien choisir les personnes à qui on fait confiance.

Une lecture plaisante et dépaysante, des scènes de sexe – nombreuses- plutôt élégamment décrites, une fresque historique intéressante, la bouffe très présente comme dans beaucoup de romans asiatiques, très mauvais en période de régime ! Un bon documentaire sur le négoce sexuel de l’époque mais un roman écrit dans une langue (d’accord c’est traduit) pas très riche. Cela « tient » par l’histoire, pas par le style et la composition. C’est un peu dommage.