Secret stories

Une licorne s’ébroue dans le couchant. Elle est sortie de la forêt avec la fraicheur  montante. Elle sent là bas un regard posé. Mi homme mi animal,une étrange créature masculine la regarde. Elle sait très bien qu’il ne lui fera pas peur. Elle le connait ce génie de la nature. Les pieds enracinés au sol, il est solidement assis sur un arbre. C’est le tronc du chêne couché par la dernière tempête. Sous l’écorce couverte de mousse verte, il perçoit des vies qui palpitent, des griffures qui courent. Il sourit et se tourne vers la licorne et le lac, il regarde comment ils s’harmonisent. Blanc crème sur fond orange et bleu nimbé de mauve.

Elle contourne le ponton et le coffre serti, posé là pour aller boire délicatement les paroles du lac paisible. La peau du lac est à peine froissée par les lapements, à peine froissée par la quille du voilier. Ce voilier de Bretagne parfaitement silencieux qui hante les eaux du lac. Le voilier qui rêvait de voir la mer… Il glisse imperturbable à la barbe du vent, à la barbe de Vulcain absorbé par les rougeoiements du métal, écho au rougeoiement pastel du ciel. Chez Vulcain le tatoué, immergé dans les profondeurs de la forge des transformations, des alchimies subtiles, c’est l »heure de la métamorphose. Le loup devient homme, et la femme devient saxophone. Une même sensualité, une même animalité. L’homme et la femme  s’entraperçoivent et se retrouveront à la rupture de l’aube. Ils s’effleurent sans jamais pouvoir s’étreindre dans le cycle des jours.

Sur le billard électrique des dieux taquins, le nombre de billes est aléatoire. A chacun de doser impulsion et élan pour remplir sa mission.  Les flippers du jour sont jeu, spontanéité, paix et relaxation. Les cibles et les passages à emprunter pour grandir sont à découvrir en soi. Seul invariant du jeu,  les bumpers qui signalent nos peurs les plus profondes.

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La vie est rhizomes

 » Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rendez vous » disait Eluard.

Pour Dominique, l’homme au bois dormant, notre culture est structurée comme un rhizome. Pour moi c’est la vie même avec ses extrêmes interdépendances, cachées, souterraines et souvent extraordinairement gouteuses et créatives. Je viens d’en expérimenter une nouvelle portion, une nouvelle interconnexion.

Résumé : je blogue, tu blogues, elle commente, toi aussi, je demande, tu acceptes, nous co-créons, puis nous brisons l’écran. Quelques temps plus tard, nous blablatons de ci de là, elle me parle de lui, tu me parles d’un autre, et puis voilà que tu publies un billet sur lui, tu aimes susciter, provoquer, des rencontres un pas plus loin … je lui écris, et au détour d’une métaphore existentielle, il surgit. Notre rencontre était bien prévue ; quant à sa date, elle a eu lieu quand c’était juste, et pas programmé. Liberté j’écris ton nom. Nouvel écran brisé. Et voilà que je viens suivre un atelier de lui dont je ne sais rien de dicible.

S’il n’avait pas fait si froid à l’hiver 2006, si je n’avais pas glissé sur un lac gelé, si je ne m’étais pas cassé le poignet, si je n’étais pas restée 8 semaines chez moi, je n’aurais peut être jamais ouvert de blog et me serait privées de rencontres toutes délicieuses et bousculantes surgies au détour d’un retour à l’écriture régulière. Et je n’aurai peut être pas suivi cet atelier « du sens aux solutions créatives » aujourd’hui.

Alors qu’est-ce qui m’a poussé là, au fond, à explorer les sens aux quatre vents ? La curiosité, la confiance et la vie. La curiosité d’explorer un archipel mal connu, de jouer le long des diagonales des fous, la confiance dans ce que mes amis me disaient au delà des mots, la confiance dans la vérité du corps, la vie qui m’a fait son lot de facéties et de contrariétés comme pour tester la solidité de mon élan premier, et de mon envie d’essentiel.

Je me suis retrouvée ce matin dans cette salle bordée de fenêtres doubles, au parquet gris clair, le dos appuyé sur un coussin vert anis, à partager avec cinq autres personnes mon interrogation du moment. Interrogation qui s’était invitée en toute simplicité à mon petit déjeuner de lundi. Étonnement de l’écho en moi de chacune des interrogations partagées, équilibres dynamiques, conciliations multiples, conjonction des opposés, aimer, perdre, grandir.

Et voilà que le rhizome s’invite pour la journée pour nous rappeler les ramifications complexes de nos interrogations. Et voilà qu’il danse avec nos métaphores. Et comme l’écrivait délicieusement Eva récemment, sur le fil de nos métaphores,  l’ombre ne peut plus se poser à terre, elle s’étire à l’horizon. Et tombent les scories, les questions inutiles, les faux jeux et passe-temps pour brider la vie. Parce que sur le fil de la métaphore je deviens une funambule attentive à l’essentiel : équilibre, grâce et légèreté, sous le regard bienveillant d’un ange gardien qui sait adoucir les chutes. Que faire alors sinon oser poser un pied après l’autre sur le fil, et éprouver en soi la leçon de chaque pas ?

Parfums de ville

Douceur de l’air ce matin, les rues désertes, l’eau qui coule dans les caniveaux comme une petite rivière de campagne qui sautille par dessus les obstacles. Posés sur les pagés gris assemblés de guingois une nuée de moineaux, garçons et filles qui piaillent. Un pigeon passe, gêné dans sa marche par un autocollant malencontreux qui s’est invité sur une de ses pattes et ne se laisse pas déloger. Les arbres, les parterres d’herbes et de Fleurs exhalent une douce odeur verte et terreuse. Si je fermais les yeux j’oublierais que je suis à Paris.

Sur le trottoir d’en face, le crane d’un client du café luit comme un gros oeuf de Pâques aux rayons du soleil matinal. Il est juste dans la trouée, autour de lui, l’ombre lui fait un écrin, une marie-louise subtile. Il est trop loin pour que je sente son café fumant.

La boulangerie est également plongée dans une lumière fade et tristoune. Qu’importe, le nez suffit pour choisir avec quoi je vais commencer ma journée. Cela aiguise l’appétit, euh non, la gourmandise plutôt.

Sur la table du petit déjeuner, ma fille apporte une théière dodue et bien remplie de d’un breuvage lointain, thé des légendes… je voyage….