La blessure

Je suis plongée dans les recueils de nouvelles. Pas un genre très développé et pourtant plein de ressources. Écrites dans les années 1990 et réunies en un volume en 1999, ces dix nouvelles ont pour point commun l’ambiguïté des relations familiales et la fragilité mentale de tout être humain nous dit la 4e de couverture.  La folie rôde elle aussi, jamais très loin, à fleur de mors, de geste ; la violence aussi, celle qui sourd des quotidiens blêmes. Une violence du Nord, ordinaire, connue de tous mais vigoureusement tue, proche de celle dont parle Indridason dans son dernier roman Les rivières noires.

Et ces nouvelles  ont toutes en commun une blessure, titre d’une des nouvelles et titre du recueil d’Anna Enquist.

J’ai été bouleversée par « Où un seigneur se lave les mains » qui raconte la quête d’une femme hantée par un tableau disparu de Vermeer qu’elle a pu contempler un soir et disparu à jamais.  Elle est prête à tout pour le retrouver. Jusqu’au moment où elle prend conscience que ce tableau, elle le porte en elle, ‘elle se souvient de tout, absolument tout.

« Depuis je vois le tableau. Il est à moi, je peux venir le voir quand je veux. je pense aux femmes qu’il a peintes, ce défunt habitant de Delft. la femme silencieuse qui regarde par la fenêtre, qui touche un collier de perles, qui plaque en hésitant un accord de septième au clavecin. Je connais l’homme qu’elle attend. Je peux dessiner son visage, je reconnais partout la couleur de sa veste. »

Pourquoi chercher au dehors de soi, les trésors qui nous sont accessibles du dedans ? Pourquoi ?

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