Qu’est-ce qui fait qu’un lieu devient une maison ? Quels sont les liens subtils qui se tissent entre soi et un lieu pour s’y sentir justement chez soi. Qu’est-ce qui fait que dans certains maisons visitées il est juste impossible d’envisager y vivre, à peine y séjourner, alors que d’autres sont familières. Pourquoi certaines ont une âme et d’autres pas ?

Et soi, et l’autre. Certains maisons ont le même écho pour les deux, d’autres non. De quoi cela nous parle ? de quel intime s’agit-il ? qu’est-ce que le lieu, le choix du lieu dit de nous, de notre relation, de notre couple.

Oui il y a l’esprit du lieu, sa fonction singulière, l’imaginaire qu’il ouvre, les souvenirs qu’il ramène à la surface, les envies qu’il réveille. Mais de quoi d’autres est faite cette certitude d’avoir trouvé un lieu, le lieu des années à venir.

Deux fois dans ma vie il m’est arrivé de poser un pied au sol et de ressentir que j’étais chez moi, c’était ma terre, celle dont j’avais besoin, celle avec laquelle je pouvais respirer pleinement.

La première fois c’était à Brassaliere en Margeride en Lozère. 1291m d’altitude, dans un cirque. Une ferme en granit perdue au bord de la D48, tout près d’un beau lieu de brame de cerfs. Un endroit rude, magique et sauvage.

La deuxième fois c’était en mai dernier quelque part dans la vallée de la Drôme. Une ferme en calcaire perdue sur son promontoire (pour la beauté je dirai 391m), en bord de forêt, fréquentée par les oiseaux, les sangliers et les chevreuils. Primevères auricules, coucous et orchidées sauvages y poussent à foison m’a-t-on dit. Elle porte aujourd’hui un nom qui ne figure pas au cadastre. Un mystère. Avant c’était une ferme et une grange, et puis dans les années 90 c’est devenu une résidence secondaire, la maison ancienne et la grange sont devenues une. Mais il y a encore des albums photos d’avant, du temps où la ferme était ferme minuscule, ferme de la sœur, le frère lui était plus près de la « route principale ». Elle embrasse des terres à clairette et à picodons… à l’ombre tutélaire du synclinal de Saoû. Beau programme de saveurs et de terroir.

 

 «La mort est grande nous lui appartenons, bouche riante.
Lorsqu’au cœur de la vie nous nous croyons
elle ose tout à coup pleurer en nous». Rilke
IMG_20160623_155546
Grigou est mort ce matin, dans les bras, dans les mains, de celui et de celle qu’il avait choisis comme famille d’accueil et qui l’ont accompagné jusqu’à son dernier souffle. Un tout jeune chat mystérieux qui pesait sur la vie comme un souffle léger. Grigou était un chat incroyablement silencieux, c’est le frottement de sa queue contre le bras ou le mollet qui permettait de savoir qu’il était là. Il apparaissait et disparaissait furtivement de son territoire dans un silence parfait. Dans un silence soyeux et doux.
Dans une lettre à son traducteur polonais Witold von Hulewicz, RM Rilke écrit : « nous sommes les abeilles de l’Invisible. Nous butinons éperdument le miel du Visible, pour l’accumuler dans la grande ruche d’or de l’Invisible. » Je crois que Grigou était de ces êtres singuliers là qui vous entraînent sur le seuil entre visible et invisible, qui vous rappellent à chaque instant que la vie, c’est la partie que nous éclairons et que l’autre est toujours là en tapinois, derrière, à côté. L’autre partie c’est celle qui ne se partage pas et qui n’a pas de mémoire.
Grigou était un chat de l’instant présent, de seconde en seconde, de l’intense présent. Sa présence était un cadeau, il le savait et n’en jouait pas. Il vivait sa vie résolument. Et peu lui importait de savoir si elle serait courte ou longue. Cela ne changeait rien à la chasse des merles juvéniles, à la traque des lézards ensoleillés, aux mordillements du bâton de jeu, au moelleux du tissu sur lequel dormir.
Grigou est parti, il ne dormira plus dans sa cabane à bois, il n’ira plus saluer son amie chat voisine, il n’exhibera plus son bidou tout doux au soleil, il ne viendra plus se cacher sous ma jupe. Et tout léger fût-il, son absence est un grand trou dans le tissu de la vie. Repose en paix gros chatchat.

Ils ont des maisons sans fenêtre, sans porte ni toit

Des maisons d’eau, de boue, de honte et de peur

Les longs voyages en mer les cristallisent de sel

En de longues nuits ils éprouvent la vie nue

Nuit pesante, nuit épaisse et poisseuse

Ils étreignent l’obscurité de leurs bras émaciés

Ils psalmodient en silence leurs chants et leurs cris

Et pour certains muets et sourds l’aube ne parait jamais

On ne le sait pas, on ne retrouve pas tous les corps

La mer nous apporte les murmures de leurs rêves morts

 

 

La vie s’étire au rythme des marées

Aux lumières du présent nous accueillons certains

Une bouteille d’élixir de vie à la main,

Une combinaison de fantôme dans l’autre

Se dévêtir pour se laver du cauchemar du voyage

Compter les siens et les aurores, nourrir son corps et l’espoir

Le sommeil reprend ses droits, la vie reprend son cours

Les mots si longtemps retenus se tissent pour partager l’histoire

Et nous, que faisons-nous de ces livres de chair que nous feuilletons ?

12 juillet

 

 

COUV-Osons-la-fraternite-wJe me souviens de ma sidération le lendemain matin en découvrant les attentats de la nuit, de ma colère à l’annonce de la proclamation de l’état d’urgence, de ma colère lors de sa prolongation, de mon sentiment d’impuissance, de mon refus de céder à la peur. Les mots de Hölderlin m’ont souvent traversée, comment habiter poétiquement le monde ? J’ai lu beaucoup de poésie après les attentats de novembre. Il n’y a que dans cette lecture-là que je trouvais de la consistance, de la densité et du vivant.

Alors lorsque Christine Marsan nous a écrit début décembre pour nous proposer de rédiger un Manifeste qui démontre notre résistance à un État sécuritaire et qui se fasse l’écho de nos initiatives, c’est avec un poème que j’ai eu envie de contribuer, de faire ma part. Écrire pour ne pas devenir folle. Les premiers mots sont venus rapidement : Sont-ce tes pas dans l’effroi de ma nuit noire ? Sont-ce tes armes dans l’inacceptable des jours ? Est-ce ton ombre sur mes épaules éprouvées ? Est-ce ton feu dévorant la lumière des visages ? Et puis d’autres ont suivi, doucement, ils ont fait leur chemin en moi.

Ensuite il y a eu la découverte des textes des autres, la relecture, le travail pour ciseler les textes, la construction d’une cohérence entre des textes avec des focales très différentes, le choix de l’ordre, le choix du titre, de l’image de couverture, la confection des mini bios avec les auteurs. Des moments intenses. La folle excitation du manuscrit terminé et envoyé à l’éditeur ; la découverte puis la relecture de l’épreuve. Le fou rire des coquilles oubliées que le correcteur a impitoyablement traquées (mais il en reste quelques unes ô rage ô désespoir). La longue attente silencieuse et confiante. L’émerveillement ensuite de tenir l’objet dans les mains. Devoir tenir le secret encore un peu jusqu’au moment de sa sortie d’abord au forum Terre du ciel (oser la fraternité) puis en juin en librairie. Lorsque le livre parait et sa vie ne nous appartient plus :

Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à elle-même,
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne vous appartiennent pas.
Khalil Gibran, extrait du recueil Le Prophète

Il en est d’un livre comme de toute œuvre de création, c’est un incroyable travail d’équipe qui associe une somme impressionnante d’acteurs : les initiateurs, les auteurs, la famille des auteurs parfois, leurs assistant.e.s, les coordinatrices, les relecteurs, l’éditeur, son assistante, le graphiste, le correcteur, l’illustrateur, le monteur de la couverture, le marchand de papier, d’encre, l’imprimeur, le façonneur, l’équipe de l’imprimerie, l’attachée de presse, le diffuseur, les libraires, les journalistes, les blogueurs, Internet… et les lecteurs. Tu te rends compte de cette incroyable assemblée nécessaire pour faire un livre ! de tout le temps qu’il faut ! Et cette joie d’avoir été l’un des maillons qui ont transformé une idée en un livre.

Alors maintenant le temps des lecteurs et des lectrices est venu. Ce sont eux qui vont par leur lecture recréer les œuvres, se laisser déplacer par les textes et laisser germer en eux peut être quelque chose de neuf. C’est quand tu arrives au bout de la lecture que le livre peut poursuivre son travail au noir dans la lenteur et le silence. Autant de lecteurs, autant de lectures, autant de fruits inconnus.

L’urgence c’est de continuer de tisser et retisser ensemble un peu de ce lien si essentiel qui nous garde humains et qui se nomme fraternité, cette amitié fraternelle dont je parlais dans le précédent billet

Samedi matin dans le bus. Derrière moi deux jeunes discutent âprement. Ils sont frère et sœur, ils reviennent de la place de la République où ils ont passé la nuit debout avant de se faire expulser. Ils parlent fort, ils parlent de ce qui leur tient à cœur et ne sont pas d’accord. Elle comprend les casseurs, comprend qu’à force de se faire taper dessus, ils répondent, elle comprend que la colère monte face aux CRS qui disent « je fais seulement mon boulot ». Elle connait des casseurs, elle ne les condamne pas. Elle cite Hannah Arendt. Elle dit qu’à un certain point il ne reste plus que cela pour être écouté et peut être entendu. Pour elle la violence est inévitable, peut-être même nécessaire.

Son frère tempête. La violence est inacceptable. Les casseurs pourrissent la Nuit Debout selon lui, la mette en danger, la rende inaudible auprès des médias, alimentent la recherche de sensationnel des médias. Les casseurs, il ne les comprend pas, ne les approuve pas, les condamne. Sa sœur est gênée par la montée du son, l’espace que son frère prend dans le bus samedi matin. Nous passons devant le palais de Justice. Clin d’œil. Le ton monte encore devant le Panthéon.

Je me rapproche d’eux pour leur dire combien je trouve leur débat intéressant, essentiel et nourrissant. Ils sourient ; mes cheveux blancs y sont sans doute pour quelque chose.  Je leur partage ce que je comprends de leur différend. Ils sont intelligents et j’ai envie de les aider à dépasser leur combat de j’ai raison, tu as tort, et leur permettre de profiter de leurs divergences de points de vue pour oser penser autrement puisqu’ils ont la chance d’être frère et sœur, qu’ils semblent prêts à aller ensemble loin dans le débat.

En les écoutant j’entendais des positions idéologiques, je suis pour, tu es contre, comme s’il ne s’agissait que de la question du moyen. J’ai partagé mon ressenti avec eux, la différence entre conflictualité et violence, et le fait que pour moi la violence entretenait le système alors que, me semblait-il, ce qui nous importe c’est que le système change. Et donc que notre responsabilité c’est d’arrêter de le nourrir parce qu’alors sans doute il pourrait s’affaiblir puis s’effondrer tout seul et nous laisser le temps de construire le monde d’après.

Je leur ai dit combien la situation chaotique actuelle me faisait penser au processus de création artistique. On commence tout feu tout flamme et puis on traverse un plateau éprouvant de désert, le sentiment de ne pas avancer, de stagner sans réussir la trouée décisive. Et parfois on rencontre aussi le chaos, le boueux, le lourd, le désespérant. On se met à douter. Je n’y arriverai jamais, c’est moche, c’est nul, cela ne vaut rien, cela n’en vaut pas la peine, plus la peine. C’est dans ce chaos là que c’est important de se souvenir pourquoi on est là, et de faire confiance au travail pas après pas. Ne pas lâcher oui s’il s’agit du travail de transformation. Non s’il s’agit des idéologies. Les idéologies nous empêchent de penser, parce qu’elles excluent, elles nous donnent certes l’élan premier mais nous laissent seuls ensuite avec nos mains, nos cœur, nos têtes et nos semblables pour penser et construire ensemble le monde d’après.

Et puis je leur ai parlé de la différence entre eux et les CRS quand ils s’affrontent, de la protection des CRS par leur rôle, de l’impossibilité quasi de les toucher en tant que personnes, et qu’il me semblait que justement la non-violence était un moyen plus sûr pour les rejoindre dans leur humanité, que je faisais l’hypothèse que pour eux devoir cerner une place occupée pacifiquement par des non violents pouvait engendrer des doutes, pas la violence.

J’ai senti que quelque chose en eux se déplaçait, ils se sont mis à parler de manière beaucoup plus apaisée, ils n’avaient jamais pensé à cela de cette façon m’ont-ils dit.

J’ai interrompu notre échange parce qu’en j’étais arrivée à destination, nous nous sommes dits au revoir et à bientôt sur la place ! Et je suis entrée dans un café en me disant que les nuiteurs allaient traverser un désert aride et que s’il n’existait pas des lieux non pas tant pour penser le monde, que pour penser le mouvement et par quoi les uns et les autres sont agis, la tâche allait être rudement difficile. Et je me suis demandé comment aider cela ? Comment aider à cette prise de recul et comment soutenir le processus de pensée ?

201603_LaMénagere.jpg

Adam Kahane est passé par Paris et par chance j’ai pu aller l’écouter. J’avais hâte de le rencontrer en vrai depuis que je l’avais découvert et depuis que j’avais regardé des vidéos  de lui. Je pressentais bien quelque chose d’unique à venir.

C’est qui lui ? Ah oui. Faisons les présentations. Je lui donne la parole, un courriel (mailing list hein je te rassure) reçu ce matin :
 » When I joined Shell in 1988, at 27 years old, the thing I enjoyed most was the debating. The company’s renowned scenario planning department was staffed with smart people recruited from across the company and from external think tanks. Our job was to challenge Shell executives to pay attention to changes in the world that could present new business risks and opportunities. We did this by constructing scenarios of possible futures, through reading and talking with actors and observers from around the world and then arguing amongst ourselves—for months and months—about what we were seeing and what it meant.  »
Je trouve que c’est un beau travail cela de penser les possibles pour éclairer l’avenir. Bon et quand Nelson Mandela est sorti de prison, son équipe a contacté l’équipe des scénaristes du futur de Shell pour leur demander un coup de main pour travailler sur la sortie de l’apartheid. Adam Kahane est parti là bas, il est tombé en amour (il est Canadien c’est correct) avec une jolie (forcément) Sud africaine. il a quitté Shell, fondé sa boite de conseil (Reos) et a commencé à arpenter le monde pour aider des groupes de gens un peu fous à réfléchir ensemble à des scénarios du futur pour accompagner des transformations sociales, politiques complexes, pas se mettre d’accord hein, non penser ensemble. Et cela c’est très très très fort.

 

Et comme ce gars là il fait super bien deux choses : penser et tisser du lien entre des propos échangés, et bien il écrit des livres pour partager ses expériences, ses doutes, ses échecs, ses succès. Là il est en train d’écrire sur la collaboration avec ses ennemis. Si tu veux l’aider à penser, tu vas sur son blog et tu échanges avec lui et les autres contributeurs  : http://reospartners.com/chapter-3-not-one-right-answer-preview/. Bref il illustre très bien le précepte de « Show, don’t tell ! »
Je reviens à Power and Love, livre qu’il a écrit il y a longtemps maintenant mais qui vient seulement d’être traduit en français. Voilà ce qu’en dit son éditeur : « Martin Luther King disait que : Sans l’amour, la puissance est imprudente et abusive ; et sans la puissance, l’amour est affectif et anémique. Mais comment combiner ces deux énergies ? C’est ce que nous révèle Adam Kahane dans Power & Love. Power and Love est une véritable leçon de sagesse pour mieux négocier notre chemin à travers les défis que les équipes, les groupes, les communautés et la société en général ont à relever pour faire face à la complexité et aux enjeux d’une vie durable et pour mettre en œuvre des transformations profondes. »

Bref je me retrouve dans une salle au cœur de Paris à écouter gracieusement Adam Kahane parler dans un exquis français canadien aux accents hispanophones. Nous sommes deux douzaines peut être dans la salle. Inouï. En fait c’est une expérience sensorielle totale. Il parle, oui, mais surtout il est totalement présent. Et quand il parle, tu as l’impression qu’il te parle personnellement et que personne d’autre au monde n’existe. Il te parle et t’écoute avec tout son corps. Je n’ai jamais rencontré cette densité là. Je trouvais cette dimension perceptible en vidéo mais je voulais en avoir le cœur net. Ce gars-là tu es en connexion intégrale avec lui, si tu en as envie. Et du coup tu comprends tout même quand il se met à mélanger le français et l’anglais, même quand il se tait, tu ressens la valeur du silence, tu sens le trajet de l’information, le raffinage. Il ne réagit pas aux questions, il répond. Il marche sa parole. J’imagine combien un atelier animé par lui, pardon facilité par lui, doit être puissant.

J’ai bientôt fini Power and Love. J’y reviendrai mais si tu veux déjà tout savoir regarde le conférence Ted :

Et ensuite j’attaquerai le livre suivant sur les scénarios. D’autres billets à suivre. Questions et émerveillements je suis sure. J’adore la couverture de la version française. Bien vu !

xx2b04

dessin : Manu Boisteau

 

Contact, pourquoi nous avons perdu le monde et comment le retrouver.

Nous serions en train de vivre une crise de l’attention, notre activité mentale se balkanise….. et « nous commençons à nous demander si nous sommes capables de préserver un moi cohérent. Par moi cohérent j’entends une conscience individuelle capable d’agir conformément à des objectifs et des projets bien établis au lieu de papillonner au gré du moment. »

Crawford renvoie cette question à une plus essentielle : qu’est-ce qu’être humain ? Et pour cela il remonte le temps, et détricote « notre compréhension spécifique de notre rapport au monde, au-delà de nos représentations ». Il s’efforcera de donner une « image plus juste de notre rapport au réel et à autrui « , explique-t-il dans son avant propos.

Il commence son introduction par une anecdote qui lui est arrivée un jour à la caisse automatique où il payait avec sa CB. Expérience qui ne peut pas (encore) je crois nous arriver en France, c’est d’ailleurs vrai d’autres expériences qu’il raconte ensuite et qui n’ont pas encore traversé la mare au canard. Dieu merci. Cette anecdote montre l’intrusion des messages publicitaires dans tous les interstices de sa/nos vies : intercalation de pubs entre deux commandes de carte bleu, tablette d’avion recouverte d’une pub, rampe d’escalator recouverte d’une pub, clé magnétique d’hôtel vantant les mérites d’un restaurant, diffusion d’odeur de café dans u bus lorsqu’il passe à proximité du café d’une certaine marque, etc, etc. Le Massachusetts va jusqu’à vendre le verso des copies, des autorisations de sortie scolaire à des publicitaires….

Bref le capitalisme est devenu une économie de l’attention. Et la sujétion de notre attention à toutes sortes de sollicitations nous sur stimule et nous rend au final indifférent à ce qui nous arrive, nous rend inaptes à être pleinement présent dans l’instant, nous rend inapte au contentement et nous confronte à ce que Crawford appelle un vide éthique fondamental. D’où son projet d’écrire une éthique de l’attention « fondée sur une analyse réaliste de l’esprit et une approche critique de la culture contemporaine ».

Après cette longue introduction ans l’introduction, il plonge dans une sous chapitre : « de l’attention comme bien commun ». Bouleversant et réconfortant. Je comprends mieux pourquoi je n’arrive à rien en salle d’attente à l’aéroport. Je me sens comme dans une essoreuse à linge.

« Certains ressources, comme l’air que nous respirons ou l’eau que nous buvons, sont des biens communs (…). De mon point de vue l’absence de bruit est aussi une ressource de ce type. Plus précisément le fait de ne pas être interpellé est un bien précieux nous semble aller de soi (…) le silence au sens large est ce qui nous permet de penser (…)Les bienfaits du silence sont difficiles à évaluer ; ils ne sont pas mesurables en termes économétriques (…) Si l’eau et l’air pur venaient à nous manquer, les conséquences économiques en seraient vraiment désastreuses (…) Lorsque les biens communs sont privatisés (ce qu’il appelle le transfert de ressources de l’espace public vers l’espace privé), ceux qui en ont les moyens peuvent abandonner l’espace public pour se retirer dans des clubs privés (…). Lorsque des êtres humains traitent le cerveau d’autres êtres humains comme une simple ressource, il ne s’agit plus de « création de richesse » mais de dépossession.

Comme Crawford, il me parait fondamental de pouvoir développer un droit à ne pas être interpellé.e, à ce que FB ne me mette pas 30% de pubs ciblées sur mes goûts sur mon mur de post, à ne pas avoir à subir des écrans télévisuels sur tous les murs des salles d’attente… Les électrosensibles militent pour la création de zones blanches d’onde, je pense qu’il est crucial de développer des zones blanches d’interpellation. Mon attention est limitée et intime, je trouve consternant d’en être dépossédée d’une partie à mon insu.

(à suivre)

 

 

 

 

 

Le thème de la nuit de idées organisée par le ministère des affaires étrangères et l’institut français cette année c’était : imaginer le monde de demain.

Cela s’est déroulé dans les locaux du Quai D’Orsay, principalement dans deux espaces : la Grande salle à Manger et le salon des Beauvais.

Les rushes de la nuit sont en ligne sur you tube : Dialogues dans la Grande Salle à Manger

C’est le ministre des affaires étrangères qui ouvre la nuit à 0:16:30.

Puis à 0:22:25 c’est au tour de « Dans quel monde vivrons nous ? » dialogue entre Bruno Latour et Rem Koolhas . Ce n’est pas facile à suivre mais cela contient des perles.

ensuite à 1:20:00 une conférence absolument remarquable :  » Quelles frontières ? »  dialogue entre deux historiens Patrick Boucheron et Achille Mbembe.

puis à 2:09:00 « Quelle citoyenneté » entre Pierre Rosanvallon et SaskiaSassen. Des échanges vifs, et des vraies questions de fond.

A 3:07:40 c’est au tour de Robert Badinter et Stephen Breyer juge à la cour suprême américaine pour « Quelle justice pour quel avenir ?,

puis à 4:24 « Quelles ressources ? » dialogue entre Valérie Masson-Delmotte et Laurence Tubiana,

puis à 5:14:00 un remarquable dialogue autour de « Quelle spiritualité ? » dialogue entre Olivier Roy et Souleymane Bachir Diagne.

Enfin pour les vrais noctambules, le dialogue final « Le Monde d’après-demain » dialogue entre Blaise Aguera y Arcas, architecte logiciel, et Audrey Tang, hackeuse.

 

Oui, nous avons besoin de grands prédateurs dans les chaînes alimentaires : lions, tigres, ours ou loups. Nous sommes des petits prédateurs herbivores🙂 Et il serait (grand) temps de retrouver le chemin du vivre ensemble avec les autres espèces… Merci pour ce coup de gueule Fabrice Nicolino : Le loup est l’avenir de l’homme.

 

Et ailleurs (là c’est au Zambie), ils réussissent à cohabiter avec les éléphants, alors même qu’ils ont construit un hôtel sur leur chemin de ravitaillement… Regarde les images elles sont inspirantes : Les éléphants à la réception.

 

La question de la cohabitation du sauvage avec les activités humaines est complexe, et je comprends les éleveurs désespérés quand ils retrouvent une partie de leur troupeau décimé,  comment inventer une tierce voie ?

 

Catégories

Archéologie

août 2016
L M M J V S D
« Juil    
1234567
891011121314
15161718192021
22232425262728
293031  

Enter your email address to follow this blog and receive notifications of new posts by email.

Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 30 autres abonnés