Couleurs

Il est cinq heures, Paris s’endort. La pluie n’a cessé de laver le ciel, les toits, les rues pour célébrer la nouvelle année. La couche de nuages se déchire comme un vieil habit usagé et laisse filtrer le soleil. Les rayons d’or scintillent sur les milliers de gouttes d’eau au sol, sur les murs, les vitres. Paris est redevenue ville lumière, étincelante sous son immense boule à facettes de gouttelettes.

Le soleil poursuit lentement sa course vers l’Australie. Il garde les couleurs vives pour les loriquets et autres oiseaux multicolores. Il nous offre ses derniers pastels frais. Layette. Le ciel est un zèbre d’enfance rose et bleu qui broute les nuages floconneux. Et les arbres dessinent au fusain de leurs branches d’incroyables perspectives.

Crédit photo Alain Delavie

 

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Méditer avec Rosita

Ce soir je suis rentrée d’une journée de travail, le cerveau d’un côté qui bouillait à petit feu, et moi de l’autre qui essayais de rester avec lui. Pas toujours facile. Ni le thé thaï, ni les attentions délicates de ma fille ne m’ont permis de vraiment remettre tout le monde ensemble au même rythme. J’avais besoin d’air. Un impérieux besoin de sentir de l’air frais sur ma tête. Alors je suis sortie sur le balcon, la porte ouverte pour continuer à babiller joyeusement avec ma fille.
Rosita a aussitôt pensé que je venais remplir sa gamelle, et elle s’est posée, est allée voir la gamelle vide, s’est rapprochée de moi et m’a regardée de toutes les façons possibles. Joli cœur est arrivé dans son frou frou habituel, à savante distance de moi. Ils ne comprenaient visiblement pas de ne pas me voir à la hauteur habituelle, et de dos de surcroît. J’avais brutalement rapetissé. Etait-ce un piège pour eux ou un terrible sortilège pour moi ? Rosita marchait d’un côté à l’autre du balcon en évitant quand même de me frôler, elle s’envolait pour se poser vingt centimètres plus loin. J’ai regretté de ne pas être allée m’asseoir avec mon appareil photo, j’aurais pu faire de portraits plus intéressants des deux tourtereaux. Joli cœur avait visiblement décidé de jouer les hardis et de marcher de bout en bout sans passer par la case envol, et puis au dernier moment, l’instinct de survie a pris le dessus et il a imité Rosita. Sauf que lui s’est lassé et est parti se promener. Elle non. Elle essayait de m’hypnotiser par l’arrière. Alors moi aussi j’ai craqué, lasse de me tordre le cou pour suivre ses allées et venues. J’ai changé la chaise de place et me suis assise face à elle.
Intense face à face, œil à œil. Elle naviguait de la gamelle à mon aplomb, de mon aplomb à la jardinière d’où elle matait la gamelle pleine des mésanges. Je me suis demandée longtemps si elle allait oser descendre au sol pour jouer les aspirateurs, moi sur le balcon. Elle aussi visiblement vu le nombre de fois où elle a étudié les trajectoires possibles, s’est tordu le cou comme un périscope savant. Elle a renoncé, oui mais pas à me faire passer le message. Elle est allée picorer les fleurs. Je picore une fleur, je te regarde, je picore une fleur, je te regarde. Et là j’ai pris la parole. Chère Rosita, j’ai bien compris le message mais ce n’est pas une raison pour saccager mes plantations. Elle a arrêté. S’est tassée sur sa jambe valide et est passé sur le mode séduction. Pigeon qui fait la roue comme un paon. Elle fait cela très bien. Je l’admire, je la félicite. Elle doit bien sentir l’énergie de joie. J’ai eu le droit à trois pigeons-paon en peu de temps. Sublime ! alors évidemment j’ai craqué et je suis allée chercher des graines. Joli cœur a surgi de nulle part comme par enchantement. Fin du spectacle.
Je n’ai pas quitté ma chaise et je les ai regardés manger de très très près, 60 à 80 cm. Rosita près d moi, Joli cœur un peu plus loin. Elle n’était pas trop rassurée. Je mange un grain. Je lève la tête, pendant ce temps-là Joli cœur jouait au pic vert, il mitraillait la gamelle de ses coups de bec. Elle finit par se rasséréner et s’est mise à manger avec moins de suspicion. Puis vient le moment de la gamelle vide. Joli cœur a fait volte face, flexion de jambes et hop envol. Mais pas Rosita. Retour de Joli cœur, même posture, même flexion et un coup d’œil pour regarder Rosita qui n’avait d’yeux que pour moi. Joli cœur marche d’un pas décidé vers Rosita qui le regarde, genre, tu veux quoi, et hop il s’envole. Elle s’en fiche comme d’une guigne. Il revient, me regarde, la regarde, va vérifier le contenu de la gamelle, retourne la voir, tente un bécot et renonce. Il plie ses petites pattes et hop bye bye, vos histoires de fille je n’y comprends rien.
Nous sommes restées là un moment, silencieuses, immobiles, à nous zyeuter, à chercher des réponses à nos questions muettes, et puis nous nous sommes apaisées, détendues ; elle s’est gonflée comme une poule qui couve, s’est tassée sur elle-même et a commencé à somnoler. Je suis rentrée quand le soleil a décidé d’arrêter de chauffer la scène. Elle s’est envolée.

Fred Aster

Depuis quelques temps un pigeon qui ressemble comme deux gouttes d’eau au boy friend de Rosita fréquente le balcon. Il m’a déjà fait le coup de n’a-qu’une-patte aussi. Je me suis trompée et puis en regardant attentivement ses plumes arrière, non ce n’est pas l’amoureux. Il a un signe distinctif très particulier, il ne marche pas, il danse. Et les bruit de ses griffes sur la couvertine ressemble à des claquettes assourdies. D’où le nom dont je l’ai affublé. Mais à l’arrêt je ne le distingue pas d’un autre pigeon.
Il est parfaitement effronté, ne s’envole pas quand je me rapproche, il se déplace en dansant et serait capable je crois de rentrer dans le salon. Je ne croyais pas si bien dire… Tu vois pendant que j’écris un pigeon a passé la tête par la fenêtre, c’est Rosita en fait, mais je ne l’ai pas reconnue tout de suite. Elle venait demander où donc avait disparu sa gamelle. Je vais bientôt me retrouver avec des fientes dedans si je ne fais pas attention….
Revenons à Fred Astaire. j’ai remarqué qu’il venait souvent juste après que Rosita se soit envolée. il a du repérer que c’était le bon moment pour ne pas se faire chasser et pour récupérer les graines éparpillées autour de la gamelle. Oui mais un pigeon de plus sur le balcon c’est trop. Nettoyer les fientes de pigeon n’est pas mon activité préférée loin de là ! Donc nous jouons à cache cache, il s’accroche au balcon comme si sa survie en dépendait. Il simule la chute fatale du balcon. Il glisse, essaie de se rattraper et finit par tomber, mais à la différence de feu la chatoune, lui a des ailes. N’empêche, il doit aimer les sensations fortes, une vocation contrariée de cascadeur.
Ce matin je me retrouve oeil à oeil avec son oeil orange. Oui figure toi qu’il a presque le même oeil que Rosita pour me confusionner un peu plus. Je lui rappelle qu’il n’est pas le bienvenu là, il se tasse un peu et arrive un gros pigeon roucoulant. Mes yeux vont de l’un à l’autre. Oui le gros pigeon est bien en train de faire la cour à Fred Astaire qui lui fait les yeux doux, et qui s’envole d’un coté et de l’autre du moteur à roucoulements. Je chasse donc les deux pigeons. Fred Astaire s’envole au tout dernier moment pour se reposer quelques centimètres plus loin. Cinq fois je l’ai chassée avant qu’elle ne capitule. Me voilà bien embêtée, je l’appelle comment maintenant que je sais que c’est une fille ?

Tanti Baci

Suis ton perçu
ton intuition, fais confiance à tes sensations
Laisse-toi porter par ton corps
C’est le fondement d’une réalisation de soi
Paix et lumière dans tes corps.

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Voilà, ce sont les derniers mots de toi vivant qui me restent. Tellement forts et tellement toi. Je garde aussi la bande sonore d’un long entretien que nous avons eu ensemble. Je venais t’interroger sur ce que ton métier t’avait appris sur toi, sur la sagesse que ton métier t’avait apporté (tes nombreux métiers comme je l’ai découvert).

En l’espace d’une entrevue nous sommes passés de complets inconnus à complices, disciples du vivant. Les masques sont tombés très vite, nous avons reconnus l’un chez l’autre quelque chose qui ne se dit pas mais s’éprouve. Nous sommes faits de la même terre et du même souffle vital.

Je suis venue travailler avec toi des territoires inconnus, et apprendre en chemin à mieux te connaitre, à mieux me connaitre. Nous avons fait un très beau voyage avec les autres élèves du groupe, singulière expérience d’être un ensemble et d’être un(e) séparé(e), singulier(e).

Tu étais un témoin vibrant de la vie dans son opulence, sa générosité, son humilité et tu savais la faire goûter jusqu’au tréfonds de nos cellules. Tu étais un témoin éclatant de l’importance du travail sur soi, de la responsabilité que nous avons vis à vis de nos vies, de notre évolution, et de ceux et celles qui nous accompagnent, notamment les animaux.

Tu avais à cœur de nous apprendre à explorer, ressentir, développer et cristalliser la conscience de notre Être profond dans toutes nos dimensions :  connaissance directe, spirituelle, mentale, émotionnelle, énergétique et physique.

Tu étais comme les cuisiniers zen à mettre un soin amoureux dans ce que tu faisais, la manière dont tu cuisinais (tu aimais la cuisine sensorielle : alchimie des plantes sauvages et du jardin), la manière dont tu nous accueillais, dont tu enseignais avec humilité ; tu savais nous rendre chacun et chacune unique et précieux.

Paix, joie et lumière à toi précieux compagnon !

 

La danse du lion

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Pas question de commencer l’année sans avoir la danse du lion devant sa boutique et les guirlandes de pétards pour chasser les mauvais esprits.  Belleville bruisse de tambours, de poudre et d’oeils enfantins. Oui, oui on s’arrête à tout âge pour regarder cette parade festive et les sourires qui fleurissent un peu partout. Jour de fête assurément.

Little paradis

Hier soir c’était le lancement de Little paradis, parcours féérique dans les rues du 10e arrondissement. Animation garantie de 17 à 23 heures. Noël avant Noël. Et cela se poursuit jusqu’à dimanche de 14 à 19 heures.

Sitôt la réunion de bureau de l’assoc  finie, je file ligne 2, descente à Barbès et marche revigorante jusqu’à la rue Hauteville, moi grippée et déguisée en oignon, la tête sous un bonnet gris des moins gracieux, mon amie dans sa doudoune noire très classe en duvet, les cheveux aux vents. Pas besoin de lire les noms des rues, il suffisait d’y aller à l’oreille. La fanfare s’entend d’assez loin, et les percussionnistes s’en donnent à cœur joie sur leurs tambours. Ils se réchauffent à leur manière… Et hop nous voilà arrivées. La porte poussée je fonds comme un loukoum. L’atelier de MeCR est chauffé, ô miracle, et surtout cela déborde de chaleur humaine et d’étoiles dans les yeux. Et zou bonnet, manteaux, pulls valsent et atterrissent sur la banquette. Direction les deux salles microscopiques, l’une pour une exposition des œuvres de MeCr et Vifke, l’autre abrite une performance en cours. Une performance en-thou-si- smante autour de la Féérie du lien et de la rencontre entre le peintre, l’acquéreur et l’œuvre.

Dans la salle,  des séries sont installées : Pierre dorée, Impermanance, Vulcano, Identités plurielles, Papier cadeau-papier froissé, Carrés magiques, Graffitude. Ce sont des séries composées de 12 à 16 peintures qui attendent leur public. Pour participer, quelques règles du jeu simplissimes :

1. Découvrir les séries (un grand moment de bonheur)

2. Avoir – éventuellement – un coup de cœur pour une ou plusieurs pièces (et franchement c’est plutôt choisir qui est difficile !)

3. Prendre le risque de l’acquérir sans connaître d’avance son prix exact. Fourchette 1, 5, 10 ou 20 euros selon la série (en fait cela met même du sel !)

4. Accepter d’être photographié(e) avec l’œuvre (même de dos si on ne veut pas montrer sa trombine). Et c’est votre photo avec l’oeuvre qui sera accrochée sur le mur en lieu et place de l’œuvre choisie.

5. Appartenir désormais à une communauté, celle de l’œuvre complète (et éventuellement rencontrer sur place d’autres membres de la communauté. Après tout si nous avons choisi les pièces d’une même série, nous avons sans doute des choses à nous dire).

6. Revenir en mai 2013 pour la prochaine édition de Little paradis,  avec une photo de l’oeuvre achetée en situation ! et pouvoir découvrir ainsi la prochaine performance !

Les photos sont publiés (presque) au fur et à mesure sur la page facebook de MeCR et sur le mur de l’atelier, c’est jubilatoire. Une fois l’oeuvre choisie, on découvre son prix (tiens c’est quoi au fait la valeur d’une œuvre d’art ? cela se calcule comment ?), on prend ou pas une Marie-Louise pour l’encadrer, on répond à un petit questionnaire astucieux qui fait réfléchir (un peu) sur sa relation à l’art, et on discute, on discute, avec les deux artistes, avec les gens qui rentrent, qui sortent, avec la fanfare (mais comment ont-ils réussi à tous rentrer ???) avec les comédiens troubadours. Et on fait des rencontres improbables :  son voisin qu’on ne voit jamais, un ancien prof, un élève de peinture du même atelier que soi, d’autres artistes, d’autres duos d’artistes, des rêveurs, des promeneurs… Et on repart, l’oeuvre signée sous le bras, son certificat d’authenticité avec, bien à l’abri dans un joli kraft brun, vers une autre destination « art », « design », ou « fashion » au gré de l’envie. Des étoiles plein les yeux, le cœur en fête.

Oui c’est la féérie des communautés !

Contrepoint : rouge

Chez le fleuriste, point de bouquet rouge un peu éteint comme j’aurais aimé. Alors j’ai pris deux couleurs en contraste pour fêter l’automne. Et je suis allée déjeuner chez cette amie, dans cette pièce blanche, ensoleillée, ponctuée de rouge. Le rouge des livres, le rouge des jacquettes des éditeurs, le rouge du fond des étagères et quelques gouttes de rouge ici ou là, disséminées sur des tableaux, des coussins. Et même autour de son cou, juste avant de sortir, elle a noué autour de son cou son nouveau foulard qui lui aussi faisait les yeux doux au rouge

Et quand je suis rentrée à pied chez moi, j’ai bien constaté que ce rouge brique me suit et me fait moultes clins d’oeil, d’une ville à l’autre… de Barcelone à Paris