Les merveilles du téléphone

La rue Rambuteau ressemble à une rue du tiers monde : trottoirs défoncés, chaussée pleine de nids de poules, barrières de protection dessinant un labyrinthe subtil. On s’attend à voir surgir une vache famélique, une moto surchargée. Ne manquent que les odeurs et le bruit de cette vie foisonnante. Cela reste lisse et propret.

Au milieu de ce capharnaüm inhabituel, deux hommes assis et parfaitement concentrés. Ils me bougonnent un oui quand je leur demande si je peux prendre une photo tant leur travail est beau et minutieux. Aucune idée de quoi il s’agit. Ils font un diadème de perles rouges pour une fée invisible.

2014 rue Rambuteau

Un ami m’expliquera plus tard qu’ils relient fil à fil des câbles du téléphone…. Voilà par quoi passe notre voix !

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Trouver sa place et donner du sens à sa vie

Les premières fois ont un parfum de découverte et d’émerveillement. Et la sagesse c’est de trouver un chemin pour garder intacte cette capacité là, jour après jour.

Mardi soir. Il est plus de 23 heures, l’air est frais dans la rue Montmartre. Je sors brassée et joyeuse en même temps, l’essoreuse de la vie a encore tourné à vive allure. Je sors de mon premier atelier de sophro, discipline obscure dont je ne connaissais que le nom et le concepteur au nom exotique. Dans une affreuse approximation, je mettais sophro et relaxation dans le même panier de courses. J’avais choisi pour explorer cette discipline inconnue un beau thème d’actualité « Trouver sa place et donner du sens à sa vie« . Pas moins.

Je sortais donc d’un atelier qui s’est déroulé magistralement en trois actes :

acte 1 : la boule de flipper n’est pas en métal massif, elle est bien plus complexe et étonnamment sensible à son environnement

acte 2 : l’œuvre au noir, c’est parfait pour mettre de la clarté

acte 3 : et si je m’appuyais sur mes ancêtres connus et inconnus ?

Les titres témoignent de l’expérience que je fis, libre à chacun de nommer ou métaphorer son expérience concrète 🙂

Bref. Rue Rambuteau (ben oui j’ai avancé de quelques pas quand même il faisait nuit et froid !) , dans ma besace gibecière, j’emportais avec moi en vrac : quelques grands singes qui s’épouillent,  un personnage mystérieux sous son capuchon, un morceau d’écorce, une odeur tenace de lavande et de santal, un puits blanc presque abyssal et quelques autres pépites à explorer. Et tout cela en une soirée de bonne humeur contagieuse entre filles qui se découvraient elles aussi  pour la première fois.

Je ne connais pas tous les ingrédients de la potion magique, ni du cake délicieux dont chaque tranche était un merveilleux tableau abstrait. Ce que je sais c’est que Pilar, la sorcière qui officie a un vocabulaire chatoyant et rugueux qui maintient à distance faux semblant et nymphes effarouchées. Dans ce lieu incroyablement blanc, elle offre par ses mots et sa présence un espace de travail bien posé et bien tenu, ce qui est délicieusement confortable.

Et comme Pilar est une pro attentionnée, elle enregistre tous les exercices pour nous envoyer le fichier son et nous permettre de refaire les plongées intérieures autant de fois que souhaité, au chaud chez soi. Un vrai plus.

J’ai aimé, j’y retournerai. Et si cela te tente, elle lance en janvier les « yes groupe », c’est à dire des petits groupes de personnes qui travaillent d’arrache-pied à concrétiser leur projet tout en aidant à la réussite de celui des autres. L’intelligence collective en action. Tentant, non ?

Danse avec les mains

Une tranche de terre humide dans les mains. Je la malaxe, je la pétris, je la tasse, je la frappe, je la roule. Progressivement les gestes perdent leur timidité et s’affirment.L’argile s’assouplit et se réchauffe. Les doigts laissent une empreinte différente de la paume. Les sillons de ma peau se déposent en relief à sa surface. Elle s’anime. Lentement, patiemment j’essaie de donner à cette matière la forme d’un œuf. Comment c’est un œuf ? comment mes mains peuvent elles bien lui donner cette forme ? La forme du berceau qu’elles dessinent quand elles s’unissent du bout des doigts et des poignets.

Voilà, l’œuf est là, l’intention de l’œuf plutôt. Le couper en deux, l’évider pour ne garder que son enveloppe, son écorce de terre. Jouer patiemment de la mirette pour creuser de manière uniforme. Ne garder que le demi centimètre sous peine de voir l’œuvre exploser à la morsure du feu et de la chaleur..Re-assembler les deux morceaux comme un œuf de pâques plein de promesses. lisser la jointure pour la faire disparaitre. Un œuf nouveau apparait alors. Plus léger. Sculpter la matière en appui sur le vide. Exposition directe à la fragilité de l’argile, à la nécessaire douceur des mains. Chercher le geste juste, l’impulsion juste qui s’imprime dans l’argile assez forte pour laisser une trace, assez légère pour ne pas la briser, Fermer les yeux, chercher sous le pousse un sillon, une promesse de vallée et la suivre.

A travers l’œuf apparait une forme, femme, conque, oiseau, monstre, gorge, ours chat. Qu’importe. C’est le début de la danse, la danse entre les mains, le corps et l’argile qui ensemble créent une pièce neuve, fraiche,qui n’existe pas encore. Une forme nouvelle née qui émerge et s’invite dans la danse. Je rêve de formes que mes mains ne savent pas encore trouver dans la terre. aujourd’hui elles ont trouvé une forme qui se love dans leur creux, une  forme qui se spirale, qui hésite entre horizontale et verticale. A force de caresses à l’éponge, à la cuiller, au couteau, la surface s’anime d’un grain différent. L’ébauchoir aide à l’ébauche, et ce sont les mains, les doigts ou d’autres outils qui viennent affiner, amplifier les formes et les mouvements qui ont surgi.

Pendant ce temps là, une partie du cerveau s’est mise au repos, le jugement progressivement s’est tu, la comparaison s’est évanouie, l’environnement s’invite avec moins de vigueur dans ma bulle créative, les émotions naviguent librement sans que rien ne les arrête. elles passent comme les feuilles dans le ruisseau. Et tout à coup le doute surgit, le mental se rebranche à la seconde avec son cortège de lourdeur et de sérieux. Redescend dans tes mains, m’invite patiemment celle qui sait le geste juste. Je redescend, sans combat, dans la sensation, là où les yeux n’ont plus prise, dans la sensation et le plaisir. Et la danse reprend.

Plus tard, la main suspend son travail. Reste le plaisir de faire tourner la pièce modelée dans les mains, en tout sens en haut, en bas, la regarder avec l’œil du débutant, la caresser une dernière fois. La signer et lui offrir le repos du séchage lent, avant de lui imprimer sa forme définitive par le feu. Prendre le risque qu’elle explose….

C’était hier à l’atelier  » le Cru et le Cuit  » avec le guidage doux, précis et chaleureux de Catherine Chavigny.

Lettre ouverte aux curieux et autres découvreurs d’eux-même

Bonjour,

Je prends la plume pour partager avec vous un atelier savoureux que j’ai suivi en avril dernier, que je trouve très bien et que j’ai plaisir à diffuser. La prochaine édition parisienne de cet atelier singulier se tiendra le 1er juin. C’est tout bientôt 😉

Cet atelier s’appelle « du sens aux solutions créatives« , l’objectif est d’explorer son interrogation professionnelle du moment en s’appuyant sur ses sens, sur la polysémie du mot sens, et sur l »écho du travail des autres participants.

L’atelier dure une journée et se déroule en petit groupe de 6 personnes au maximum ; les séquences font appel aux sens, à la sagesse du corps, à la métaphore… et autres ressources que nous mobilisons moins souvent.  Cela s’adresse plutôt des personnes qui ont l’habitude de travailler sur elles-même…. qui n’ont pas peur des autres et de l’inattendu 🙂

Ce que j’ai apprécié pendant cette journée dense de travail c’est le cadre, le rythme – on prend le temps de l’exploration, de poser son interrogation – l’originalité et la diversité des exercices proposés – la majorité se faisant à deux avec debrief en grand groupe.

J’ai aimé lâché prise sur le connu et le rationnel habituel pour aller m’aventurer sur des chemins moins familiers, moins confortables. Mon interrogation du moment s’est affinée, déplacée, précisée au fil de la journée et le travail m’a permis de contacter des ressources que je ne me (re)connaissais pas. Bref, c’est un investissement qui m’a été fécond.

Voilà comment l’animateur présente lui même son atelier :
« Éveillez vos sens, contactez votre 6e sens, retrouvez le sens … Prenez la diagonale du fou, sortez du cadre et faites place à l’inattendu lors de l’atelier « Du sens aux solutions créatives ». Venez explorer votre interrogation professionnelle du moment, à travers les différents sens du sens, par le biais d’expériences sensorielles. Et faites émerger vos solutions créatives et concrètes pour y répondre ».

Si vous voulez en savoir plus,  contactez directement l’animateur, il s’appelle Boris Benet, borisbenet(a)outlook.com

J’en ai déjà parlé dans mon billet « La vie est rhizomes«