Maitre Goupil

Crédit photo : Roeselien Raimond

Cela faisait trois jours qu’il laissait des cadeaux odorants en des endroits stratégiques : à l’angle de la maison est, puis ouest, à l’angle du chemin d’accès. Je me demandais qui il était pour avoir autant de noyaux de cerises dans ses selles, autant de vers, et surtout autant de graines de … je me demande d »ailleurs encore bien des graines de quoi. J’avais bien pensé au renard mais depuis un an, il était parfaitement invisible à la différence de nombre d’autres habitants sauvages de ce coin de terre. Ce ne pouvait être le beau chat haret roux, pas les lérots non plus, ni les chevreuils, pas un chien errant, pas un blaireau, pas un humain. Et puis un beau matin, j’ai levé le nez et je l’ai vu par pur hasard à la lisère de la forêt. J’ai même d’abord cru à un loup tant je le trouvais grand et pas très roux. J’ai filé chercher mes jumelles à oiseaux, je me suis calée à l’abri et je l’ai suivi du regard tout le long de son inspection matinale. Il vérifiait de ci de là quelques odeurs, mais surtout il relevait le museau fréquemment histoire de contrôler visuellement les informations du radar olfactif. Je n’avais jamais vu si gros renard, avec une tête massive. Je me suis dit que c’était sans doute un mâle. Il s’est arrêté plusieurs fois pour se gratter avec les pattes arrières, la tête toujours en alerte. A l’angle de la prairie, il s’est assis un instant, embrassant son territoire du regard puis il a repris sa déambulation au pas jusqu’au chemin d’accès. Je m’étais accroupie là, à trente mètres, à couvert des arbres en espérant bien qu’il passe dans la zone dégagée. Le vent soufflait de lui vers moi me protégeant un peu. Il s’est arrêté au bout du chemin, s’est assis, puis nos regards se sont croisés. Intimidant. Je m’attendais à ce qu’il détale, mais non. Il est resté là tranquillement sans me quitter des yeux, puis il est reparti paisiblement en trottinant, droit sur la forêt. Il est revenu le lendemain vers la même heure, mais cette fois il est venu dans le jardin, il s’est assis dans l’herbe à l’aplomb de la fenêtre où la pic épeiche s’est assommée quelques jours plus tard. J’imagine qu’il a laissé dans les hautes herbes de cette zone un autre cadeau parfumé de sa composition. Je l’ai revu une troisième fois en fin de journée, juste après la chute du soleil, à nouveau dans le champ en direction de la forêt. Quelques minutes plus tard, un brocard et une chevrette se sont présentés en lisière de forêt, quasiment au même endroit que lui, là où je l’avais aperçu la première fois. Ils ne sont pas restés longtemps. C’était jour de fête. La nuit qui suivit fut moins festive, mais c’est une autre histoire.

Maudites fenêtres

 

Crédit photo : Noushka (http://1000-pattes.blogspot.fr)

Frayeur du jour. J’étais en train de travailler près de la fenêtre quand j’entends un grand bing. Je me dis oh non un oiseau vient de cogner dans une vitre très très très fort. Bruit d’enfance qui remonte brutalement. Ces grives qui venaient s’assommer dans les baies vitrées. Je sors de suite, une écharpe à la main, je regarde à droite à l’aplomb des fenêtres. Rien. Je regarde à gauche et là, je le vois là, couché au sol l’œil à demi fermé dans le tapis d’herbe. Un pic épeiche. Je m’approche très doucement, il ne me quitte pas des yeux mais il ne bouge pas, sinon son bec grand ouvert comme s’il haletait. Mauvais signe. Je pose doucement l’écharpe sur lui. Pas de mouvement. Je le soulève doucement, il se met à battre des ailes. Zut je ne l’ai pas bien attrapé mais au moins il n’a pas la colonne vertébrale brisée. Je le repose au sol. Il tombe sur le côté et se remet debout, les pattes tordues sous lui. Je le recouvre de l’écharpe et je vais chercher une boite pour le mettre à l’abri en hauteur, sur le rebord de fenêtre, près de là où il s’est cogné. Je ne trouve pas de boite. J’attrape un plateau, je mets du sopalin dedans et je retourne dehors. Je resserre doucement mes mains autour de lui. Je lui explique ce que je vais faire. Je glisse bien mes doigts sous son poitrail et je tire doucement. Ses pattes sont emmêlées dans les herbes. Je tire très très doucement et le dégage des végétaux. Je le pose très doucement sur le plateau, il ne proteste pas, les ailes restent fixes. Je mets le plateau en hauteur, à l’ombre et à l’abri du vent et de la pluie.Je cale le plateau à peu près droit pour ne pas que l’oiseau risque de culbuter sous son poids et je le dégage très doucement de l’écharpe. Je le laisse posé dessus ; tout son corps est dégagé. Pas de tache nucale rouge, c’est une dame. Son œil est toujours à demi ouvert et elle halète toujours autant, des gouttes de liquide perlent de son bec, goutte à goutte sur le sopalin. Je reste avec elle. Dehors les merles font le tapage. Une buse en chasse miaule tant et plus. Zut, zut, zut. C’est le soleil couchant dans les fenestrons qui l’a trompée. Je voulais acheter des autocollants à la LPO et je ne l’ai pas encore fait. Urgent, à rajouter sur la to do list. Je lui parle, lui parle tout proche sans la toucher. Je lui présente mes excuses et je lui promets de rester avec elle. Je me sens partagée entre la partie de moi qui n’aspire qu’à la voir reprendre son envol, et la partie de moi qui doute en la voyant plonger de plus en plus la tête. Elle est maintenant en appui sur l’une des pointes de son bec. Je m’attends à la voir basculer sur le côté à tout moment. Il pleut dehors à petites gouttes à présent, son bec ne coule plus, et je suis bien contente de l’avoir mise à l’abri. Elle a l’œil complétement fermé maintenant, le bec presque aussi. Elle est agitée de spasmes, de tremblements, puis se remet à haleter. Et puis un drôle de calme s’installe qui dure longtemps, comme un avant-gout d’éternité. Seuls les muscles de ses ailes semblent encore vivants. Un pic voisin se met à marteler le vieux noyer encore plus fort. Un son qu’elle connait mieux que nul autre. Mes larmes coulent. Rien, pas de réaction. Son corps s’immobilise mais elle tient toujours en équilibre. Cela fait une heure que nous sommes dehors ensemble, les yeux dans les yeux. Je n’y crois plus. Mes mains brûlent, mes pieds brûlent, mes yeux brûlent. J’ai l’impression que je vais rentrer sous terre. Elle ouvre un œil. Quelle intensité. Elle me regarde. Je pleure pour de bon cette fois. Elle s’accroche au bord du volet un peu paniquée et d’un grand battement d’ailes, elle s’envole. Je suis sa course des yeux. Elle ne fléchit pas, son vol est impeccable. Relâchement pour moi, joie et gratitude. Merci la vie d’avoir continué ton cours malgré ces maudites fenêtres.

Méditer avec Rosita

Ce soir je suis rentrée d’une journée de travail, le cerveau d’un côté qui bouillait à petit feu, et moi de l’autre qui essayais de rester avec lui. Pas toujours facile. Ni le thé thaï, ni les attentions délicates de ma fille ne m’ont permis de vraiment remettre tout le monde ensemble au même rythme. J’avais besoin d’air. Un impérieux besoin de sentir de l’air frais sur ma tête. Alors je suis sortie sur le balcon, la porte ouverte pour continuer à babiller joyeusement avec ma fille.
Rosita a aussitôt pensé que je venais remplir sa gamelle, et elle s’est posée, est allée voir la gamelle vide, s’est rapprochée de moi et m’a regardée de toutes les façons possibles. Joli cœur est arrivé dans son frou frou habituel, à savante distance de moi. Ils ne comprenaient visiblement pas de ne pas me voir à la hauteur habituelle, et de dos de surcroît. J’avais brutalement rapetissé. Etait-ce un piège pour eux ou un terrible sortilège pour moi ? Rosita marchait d’un côté à l’autre du balcon en évitant quand même de me frôler, elle s’envolait pour se poser vingt centimètres plus loin. J’ai regretté de ne pas être allée m’asseoir avec mon appareil photo, j’aurais pu faire de portraits plus intéressants des deux tourtereaux. Joli cœur avait visiblement décidé de jouer les hardis et de marcher de bout en bout sans passer par la case envol, et puis au dernier moment, l’instinct de survie a pris le dessus et il a imité Rosita. Sauf que lui s’est lassé et est parti se promener. Elle non. Elle essayait de m’hypnotiser par l’arrière. Alors moi aussi j’ai craqué, lasse de me tordre le cou pour suivre ses allées et venues. J’ai changé la chaise de place et me suis assise face à elle.
Intense face à face, œil à œil. Elle naviguait de la gamelle à mon aplomb, de mon aplomb à la jardinière d’où elle matait la gamelle pleine des mésanges. Je me suis demandée longtemps si elle allait oser descendre au sol pour jouer les aspirateurs, moi sur le balcon. Elle aussi visiblement vu le nombre de fois où elle a étudié les trajectoires possibles, s’est tordu le cou comme un périscope savant. Elle a renoncé, oui mais pas à me faire passer le message. Elle est allée picorer les fleurs. Je picore une fleur, je te regarde, je picore une fleur, je te regarde. Et là j’ai pris la parole. Chère Rosita, j’ai bien compris le message mais ce n’est pas une raison pour saccager mes plantations. Elle a arrêté. S’est tassée sur sa jambe valide et est passé sur le mode séduction. Pigeon qui fait la roue comme un paon. Elle fait cela très bien. Je l’admire, je la félicite. Elle doit bien sentir l’énergie de joie. J’ai eu le droit à trois pigeons-paon en peu de temps. Sublime ! alors évidemment j’ai craqué et je suis allée chercher des graines. Joli cœur a surgi de nulle part comme par enchantement. Fin du spectacle.
Je n’ai pas quitté ma chaise et je les ai regardés manger de très très près, 60 à 80 cm. Rosita près d moi, Joli cœur un peu plus loin. Elle n’était pas trop rassurée. Je mange un grain. Je lève la tête, pendant ce temps-là Joli cœur jouait au pic vert, il mitraillait la gamelle de ses coups de bec. Elle finit par se rasséréner et s’est mise à manger avec moins de suspicion. Puis vient le moment de la gamelle vide. Joli cœur a fait volte face, flexion de jambes et hop envol. Mais pas Rosita. Retour de Joli cœur, même posture, même flexion et un coup d’œil pour regarder Rosita qui n’avait d’yeux que pour moi. Joli cœur marche d’un pas décidé vers Rosita qui le regarde, genre, tu veux quoi, et hop il s’envole. Elle s’en fiche comme d’une guigne. Il revient, me regarde, la regarde, va vérifier le contenu de la gamelle, retourne la voir, tente un bécot et renonce. Il plie ses petites pattes et hop bye bye, vos histoires de fille je n’y comprends rien.
Nous sommes restées là un moment, silencieuses, immobiles, à nous zyeuter, à chercher des réponses à nos questions muettes, et puis nous nous sommes apaisées, détendues ; elle s’est gonflée comme une poule qui couve, s’est tassée sur elle-même et a commencé à somnoler. Je suis rentrée quand le soleil a décidé d’arrêter de chauffer la scène. Elle s’est envolée.

Fred Aster

Depuis quelques temps un pigeon qui ressemble comme deux gouttes d’eau au boy friend de Rosita fréquente le balcon. Il m’a déjà fait le coup de n’a-qu’une-patte aussi. Je me suis trompée et puis en regardant attentivement ses plumes arrière, non ce n’est pas l’amoureux. Il a un signe distinctif très particulier, il ne marche pas, il danse. Et les bruit de ses griffes sur la couvertine ressemble à des claquettes assourdies. D’où le nom dont je l’ai affublé. Mais à l’arrêt je ne le distingue pas d’un autre pigeon.
Il est parfaitement effronté, ne s’envole pas quand je me rapproche, il se déplace en dansant et serait capable je crois de rentrer dans le salon. Je ne croyais pas si bien dire… Tu vois pendant que j’écris un pigeon a passé la tête par la fenêtre, c’est Rosita en fait, mais je ne l’ai pas reconnue tout de suite. Elle venait demander où donc avait disparu sa gamelle. Je vais bientôt me retrouver avec des fientes dedans si je ne fais pas attention….
Revenons à Fred Astaire. j’ai remarqué qu’il venait souvent juste après que Rosita se soit envolée. il a du repérer que c’était le bon moment pour ne pas se faire chasser et pour récupérer les graines éparpillées autour de la gamelle. Oui mais un pigeon de plus sur le balcon c’est trop. Nettoyer les fientes de pigeon n’est pas mon activité préférée loin de là ! Donc nous jouons à cache cache, il s’accroche au balcon comme si sa survie en dépendait. Il simule la chute fatale du balcon. Il glisse, essaie de se rattraper et finit par tomber, mais à la différence de feu la chatoune, lui a des ailes. N’empêche, il doit aimer les sensations fortes, une vocation contrariée de cascadeur.
Ce matin je me retrouve oeil à oeil avec son oeil orange. Oui figure toi qu’il a presque le même oeil que Rosita pour me confusionner un peu plus. Je lui rappelle qu’il n’est pas le bienvenu là, il se tasse un peu et arrive un gros pigeon roucoulant. Mes yeux vont de l’un à l’autre. Oui le gros pigeon est bien en train de faire la cour à Fred Astaire qui lui fait les yeux doux, et qui s’envole d’un coté et de l’autre du moteur à roucoulements. Je chasse donc les deux pigeons. Fred Astaire s’envole au tout dernier moment pour se reposer quelques centimètres plus loin. Cinq fois je l’ai chassée avant qu’elle ne capitule. Me voilà bien embêtée, je l’appelle comment maintenant que je sais que c’est une fille ?

Rosita

Début février, il faisait froid et la pitance était maigre. Un beau matin, je vois un merle posé sur le balcon. La première fois depuis que je vis là. Autant dire la crue du siècle. Joie immense, j’adore les merles. Il attaquait la gaulthérie couchée qui a de jolies baies rouges. Cela ne lui a pas trop plu finalement. Alors je lui ai mis des trognons de pommes, de poires… Ce n’est pas lui qui les a mangés, mais un matin j’ai vu une merlette dans l’assiette. Les mésanges lui ont emboîté l’aile et sont venues inspecter le balcon. J’ai dégainé mes graines de tournesol. Et hop elles se sont empiffrées. Mode mésange hein ! dix graines et elles sont repues. Alors sont arrivés les pigeons, nos éboueurs urbains que j’ai chassés parce qu’ils ont déjà tenté de nidifier dans les pots vides de fleurs. Et qu’un nid de pigeons c’est un cauchemar. Le merle n’est pas revenu pendant deux mois, il s’est pointé il y a quelques jours, suivi de moineaux qui passaient eux aussi pour la première fois. J’habite au 5 étage, cela explique sans doute. L’an dernier une dame pinson était venue mourir sur la chaise où je lis. Etrange découverte.

Entre temps, j’ai installé une planche en bois sur la rambarde (une couvertine ne zinc pour être précise), tu sais une planche de caisse à vin toute pourrie, et en dessous sur le porte-jardinière, j’ai installé de l’eau avec un peu d’alcool cet hiver pour ne pas que cela gèle. Pas mal d’oiseaux sont venus boire.

Les mésanges sont venues, les pigeons aussi. Boire et manger. Et les pigeons sont des éboueurs aspirateurs. Cela ne pouvait pas durer. J’ai donc installé la mangeoire à mésanges dans un château fort uniquement accessible aux mésanges, avec de grandes herses pour les pigeons qui se sont battus quatre jours jusqu’à ce que mon installation soit robuste. Et puis ils ont capitulé. Tous sauf une. Rosita. Elle se perchait droit devant moi sur la planche et me regardait de côté. Quand je la regardais, elle sautait au sol pour récupérer les restes des mésanges en me fixant de son oeil orangé. Elle m’a fait son cirque plusieurs fois. J’ai craqué, je suis allée acheter des graines à pigeons et je lui en ai donné. Et je lui en ai donné à peu près deux fois par jour.

Un jour débarque un autre pigeon que je chasse, il revient, je le chasse, il revient, je le chasse, il revient, me regarde et se met à marcher sur une seule patte. Comique. Je le chasse encore en le traitant d’affabulateur. Je t’explique : Rosita est handicapée, elle a une patte normale et un moignon de patte (il lui manque tous les doigts). Et lui ce pigeon culotté tentait de se faire passer pour Rosita, mais ils n’ont pas du tout la même couleur. Je ne suis pas spécialiste es pigeons mais elle est assez spéciale, tandis que lui ressemble vraiment à un pigeon standard.

Un fois l’intrus chassé, arrive Rosita à qui je donne des graines, et qui je vois arriver ? Le comique de service qui joue deux pattes, une patte. Et Rosita le laisse manger dans la gamelle alors qu’elle chasse toutes les autres pigeons. Ah, l’affaire se corse, Rosita a un boy friend, mon stock de graines va descendre deux fois plus vite. Pour bien faire passer le message, sitôt les graines avalées, Rosita entreprend de bécoter copieusement son amoureux. Ok, ok, message reçu, c’est ton copain et je ne dois pas le chasser. Oui mais comment le reconnaître lui, lui ai-je demandé à Rosita.

Quand il est tout seul, il tente le numéro de séduction sur une patte. A ce moment là, je le regarde attentivement pour voir si c’est vraiment lui (ben oui parce que je me suis fait flouer déjà une autre fois). Maintenant c’est devenu plus facile, je le reconnais, il a les plumes de queue très abîmées comme si elles avaient été collées et qu’il avait arraché ses plumes en force d’un truc collant (j’ai vu depuis que certaines personnes mettent des pièges à colle pour les pigeons, je ne serai pas étonnée que cela soit ce qui lui est arrivé, mais je ne connais pas le cycle de vie des rectrices donc je ne sais pas quand elles repousseront). Pour l’instant son bord de queue est et dentelé au lieu d’être parfaitement gris et arrondi, ce qui ne l’empêche pas de très bien voler.

Avec le temps Rosita s’est familiarisée, elle me reconnaît, et ne s’envole plus quand je sors sur le balcon lui verser des graines ou de l’eau. Le matin je n’ai pas le temps d’ouvrir la porte-fenêtre qu’elle est déjà posée, près de l’écuelle, prête à attaquer le petit déjeuner. Depuis début avril j’ai décidé de réduire les portions et de ne lui donner que le matin, les premiers jours elle a fait la comédie des miettes de mésange, et puis maintenant elle s’est résignée. Elle passe dans l’après midi, se pose sur le balcon fasse à moi, me fixe et sonde ma résolution. Elle a une manière unique de tourner et bouger la tête pour tenter de lire dans mes pensées ou dans mes gestes ! Après un moment elle repart. Mais si j’ouvre la porte-fenêtre, elle arrive dans un froufrou de plumes en moins de cinq minutes. Quant à son pigeon préféré, c’est beaucoup plus aléatoire, il s’envole, il a bien compris que je ne le distinguais pas bien et qu’il n’était que toléré.  S’il arrive avant Rosita, il se poste entre mon balcon et celui du voisin et attend. Visiblement c’est elle qui mène la danse…

 

Caprices félins

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Alors voilà, ce matin je dit à mamie chatounette qu’elle se néglige un peu, qu’elle ne sent pas le chat hypra fraichement pouponné et qu’elle a un peu le poil en berne. Bon d’accord, elle n’a plus d’orge pour se purger, la sécheresse l’a grillée sur bac. J’en ai replanté avec les premières gouttes mais il va bien falloir attendre deux semaines avant de pouvoir grignoter ces jolies feuilles vertes… Je lui ai promis de goûter la prochaine récolte.

Négligée moi ? Elle me regarde un peu contrariée, je voudrais bien t’y voir toi avec une anémie comme la mienne, tu ferais moins ta fièrotte ! Je lui propose de la brosser, histoire d’enlever les poils en excès (pas beaucoup) et d’aller grattouiller la peau qui à mon avis n’est plus trop stimulée et de relancer quelques endorphines au passage. Elle se laisse faire bon gré malgré en marchant jusqu’aux gamelles qui apparemment ne contiennent pas ce dont elle rêve. Trois gamelles pour trois options de repas. Ben non. Elle est dans une crise a/d, elle veut du a/d, rien que du a/d (c’est un aliment de prise en charge nutritionnelle de chats en phase de convalescence). Cela prouve au moins qu’elle a faim mais pas assez pour manger vraiment, ni goûter aux extras proposés. Poulet ? Non ! Sardine ? une bouchée et puis non ! Thon : trois bouchées et puis non ! Steak haché ? Oui oui oui et elle vomit tout dans l’heure qui suit. Crevette ? oui une demie bouchée. Jambon ? Pouah tu veux m’intoxiquer aux sels de nitrite ! Foie de volaille ? Que nenni ! Pourtant le a/d en est truffé… Va pour un peu de a/d sur des bouchées au poulet qu’elle va lécher consciencieusement, tellement bien qu’elle arrive à les déshydrater !

Je lui ai promis de ne plus jamais la forcer à manger. Je l’ai nourrie à la cuiller et à la seringue quelques jours cet été. Elle m’a bien fait comprendre un matin que c’était fini. Si je continuais, c’était la guerre entre nous (comprendre tu n’auras aucune chance de m’attraper). Alors j’ai cessé. J’ai versé le contenu de son repas dans la gamelle qu’elle boudait depuis des jours. Et je suis partie. Une demi heure après l’assette était proprement léchée. OK, message reçu des deux côtés.

Je m’installe pour le déjeuner, elle me tourne dans les jambes et puis s’installe en face de moi, dans un endroit en hauteur d’où je peux très bien la voir. Elle se couche, se relève, se recouche, se relève. A croire qu’elle est assise sur des charbons ardents. Elle ne trouve pas de position confortable. Puis elle s’assied et commence sa toilette. Version intégrale de démonstration avec contorsions en tout genre, lissage soigneux des flancs, grignotage de la queue, affutage des griffes, astiquage soigneux des oreilles, dépoussiérage des vibrisses, et démaquillage des yeux et de la bouche. Posément. Le tout en poussant moultes soupirs et grondements sourds pour que je pense bien à regarder. Cela dure un bon quart d’heure. Sitôt fini, elle descend majestueusement (elle n’était pas montée là depuis le mois de juin !) sur le canapé en face de moi, et s’installe. Ben oui, c’est l’heure de la sieste maintenant. Bien calée entre les différents coussins, elle pousse un gros soupir. Détente profonde, et maintenant je vois ses flancs se soulever délicatement à chaque inspir, hypnotique, jusqu’au prochain bruit bizarre qui la fera sortir de son apparente torpeur.

Beautés naturelles

L’association Tendua (léopard en sanscrit) présente jusqu’au 21 novembre une exposition photo intitulée Beautés naturelles à la mairie du 6e arrondissement. Plaisir des yeux le temps d’une immersion flash en différents lieux de notre planète. Témoignage de biodiversité menacée et collecte de fonds pour soutenir les programmes par la vente des photos exposées, tirées en nombre limité.

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Cette expo tisse plusieurs fils qui permettent à un public nombreux d’apprécier tout ou partie du travail exposé. Un fil animaux qui montre girafes, onyx, lion, éléphants, diables des mers, moineaux friquets… parmi elle une photo touchante Christian Baillet, une éléphante et son petit sous une pluie torrentielle. Impuissance des ces grands mammifères face aux éléments. Jolie parabole. Un fil végétal, un fil paysages, un fil matière (eau, terre, air) avec un très bel éléphant ocre La Matriarche de Myriam Dupuis

tenua_elephantUn fil couleur aussi – avec une belle exploration des ocres rouges, et enfin un fil graphisme qui m’a particulièrement touchée dans trois œuvres très différentes. Graphisme et matière, graphisme et couleur.

Farandole diablesque (eau…)

Sur un fond bleu de Prusse un peu évanescent, cinq raies (diables des mers) des Açores posées là comme des hiéroglyphes secrets. A leurs cotés, de ci de là quelques poissons bancs, quelques poissons noirs qui ponctuent l’espace, et puis une écharpe vaporeuse de poissons zèbres. En reculant de quelques pas je réalise tout à coup que les diables des mers sont insérées dans une gloire renversée, une corolle de pétales de lumière d’une douceur hypnotique. Et les raies tout à coup se font pistils d’une éphémère fleur des profondeurs (pardon au photographe que je ne peux citer, je ne relis pas mes notes…)

Le royaume du Lion (terre)

Un lion embrasse du regard son territoire kenyan : une splendide savane mordorée qui donne à voir un camaïeu très restreint de couleurs. Un impressionniste patient a posé là une couleur après l’autre avec son pinceau feint. Et son tissage singulier de couleurs dessine des vagues d’herbe qui vibrent d’une tonalité singulière. On voudrait caresser cette herbe étrange et on se prend à rêver d’être un lion minuscule arpentant ce royaume majuscule.

Morani de Tony Crocetta
Morani de Tony Crocetta

Six moineaux friquets (air)

Nouveau peintre, chinois cette fois, maitrisant la peinture XieYi à la perfection. Un ciel des Vosges immense, aussi grand que la savane kényane, un ciel tendre de petit matin frais tout en doux tons gris perle, bleu et rose layette. Des bulles de brouillard qui éclatent au soleil levant. Et quelques fines branches d’arbre, nues, rougies par le froid de la nuit. Dessus un bouquet de moineaux friquets dont l’encre sèche au soleil. Minimaliste. Beauté naturelle et graphite. Infinie poésie de la vie. Joie pure de cet instant de grâce offert là en partage.

Moineaux friquets de Vincent Munier
Moineaux friquets de Vincent Munier